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état d incertitude pénible pour toutes les nations maritimes, quelles que soient les vues, les espér;inces, les mesures du j(ouvernement espagnol ; voilà le sens de la note qu'il adresse à tous ses alliés, le seul auquel nous nous attachions : c'est le désir de terminer les différends qui ont troublé les relations de l'Kspaji^ne et de l'Amérique, qui nous fait prendre part aux Conférences. Il est utile de prévoir d'avance toutes les dillicultés qui peuvent se présenter ; si elles sont insurmontables, nous pensons que cliacjue puissance restera libre de suivre la politique qui lui paraîtra la plus conforme à sa dignité et à ses intérêts. Les nôtres ne sont pas assez différents de ceux du gouvernement anglais pour qu'il puisse raisonnablement croire les siens compromis par la présence de son plénipotentiaire aux Conférences.
Il ne nous est pas plus possible qu'à lui de sacrifier notre industrie et notre commerce à des théories ; mais nous avons deux buts à atteindre vers lesquels il doit tendre aussi : celui de prévenir toute discussion dans l'alliance et celui de conserver le plus de relations possibles entre l'Europe et l'Amérique. L'Angleterre ne peut persister dans l'idée de se séparer de ses alliés sur une pareille question. Pourquoi refuserait-elle de s'entendre avec eux pour aider l'Espagne de ses conseils et de ses bons offices? Les Etats-Unis ont déjà pris leur parti, il serait inutile d'appeler leurs plénipotentiaires à ces conférences. Le cabinet de Londres peutil s'aveugler, d'ailleurs, sur la politique et les vœux de ce gouvernement, dont les intérêts le portent à travailler de tout son pouvoir à isoler l'Amérique de l'Europe ?
Refuser de prendre aucune part à des négociations qui sont si conformes aux principes de bienveillance mutuelle adoptés depuis la Restauration par les grandes puissances de l'Europe serait un parti violent ; j'aime à penser que le Ministre de Sa Majesté Britannique reculera devant une pareille détermination, et que M. Canning, en recevant la note du cabinet espagnol, y fera une réponse favorable. Cette note a été officiellement remise le 31 décembre à Sir William A'Court et au ministre de Prusse, parce que
Sa Majesté Chrétienne ^ n'a d'agents diplomatiques nia Londres, ni à Berlin.- C'est donc par Sir William A'Gourt et non par Sir Charles Stuart, qu'elle doit être transmise au Cabinet britannique. L'idée que vous me suggérez de la faire porter à Londres par le duc de San Carlos était inexécutable, cet ambassadeur n'est point autorisé par sa cour à faire une pareille démarche, et, en offrant ainsi des prétextes très plausibles de traîner une réponse en longueur, nous irons peut-être au-devant des vœux de M. Canning. D'ailleurs, nous ne pourrions consentir à voir reporter à Londres la négociation de cette grande affaire, et nous pouvons supposer que le ministre anglais avait quelque vue de ce genre quand il vous a laissé voir l'envie que le duc vînt à Londres chargé de cette mission. En effet, Sir William A'Court a parlé dans le même sens à M. de Talaru, en lui exprimant le déplaisir qu'il ressentait de ce que M. Paez était destiné à aller à Londres. 11 lui disait qu'il était désirable que cette mission fût confiée 'au duc de San Carlos, ne fût-ce qu'avec des pouvoirs momentanés et pour l'affaire seule de la médiation. 11 est d'autant plus important de ne laisser à la disposition de M. Canning aucun prétexte de refus, que le gouvernement espagnol a le malheur d'en fournir chaque jour. Vous verrez que, dans le même temps où la note était adressée à Sir William A'Court, le conseil des Indes faisait publier un décret qui semblerait calculé pour détruire l'effet de cette note, si l'on pouvait croire à quelque calcul de la part de ce gouvernement en désordre. Le marquis de Talaru s'est plaint de cette publication aux ministres, et il a su qu'ils n'y étaient pour rien et que le Conseil des Indes, en faisant insérer cette pièce dans les gazettes, avait usé d'un droit indiscutable. Le malheur est que les Conseils prennent à tâche de contrecarrer tous les projets du Ministère. C'est ce que vous devez expliquer à M. Canning, si ce décret lui fait l'impression que nous redoutons.