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A la suite de la révolution dont il sortait à peine

Vous ajouterez que nous ne mettons aucune importance à cette publication, ni aux intrigues qui s'agitent autour du trône d'Espagne ; que nous ne connaissons ni ne voulons connaître que la pièce officielle qui nous est présentée ; que d'ailleurs ce décret ne contient réellement que la réprobation de l'œuvre des Cortès. La grande affaire de la réconciliation de T Amérique et de l'Espagne ne sera pas entravée par les imprudentes démarches de conseils qui n'ont encore aucun système et qui agissent au hasard.

Le ministère anglais ne peut de bonne foi attacher à ces démarches plus d'importance que nous ; il ne peut croire non plus, comme l'a dit M. Canning, qu'il soit indifférent de donner des conseils isolés à l'Espagne ou de les donner en commun. Ia\ question est en ce moment de décider s'il est possible ou non de ménager une réconciliation entre elle et l'Amérique, et de faire cesser l'état de guerre et de révolutions continuelles aufjuel celleci est exposée au grand détriment des intérêts de l'Europe. Il est évident qu'il importe à l'Angleterre comme à la France de conserver le plus de liens possible entre l'Europe et l'Amérique, et de ne pas laisser cette dernière tout à fait sous l'empire de la politique et du système des Etats-Unis.

Il serait intéressant de savoir si, dans l'éloignement que M. Canning témoigne pour confier l'affaire de la médiation à Sir Charles, il entre quelque projet de le rappeler. On a dit que Lord Granville devait venir ici et être remplacé par M. Baggot.

Le duc de San Carlos m'adressera officiellement demain la demande en médiation ; il l'adressera de même à l'Ambassadeur de Russie, parce que le ministre d'Espagne n'est pas encore à Pétersbourg ; son projet est de la communiquer confidentiellement à Sir Charles .

Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.

Chateaubriand.

P. S. Sir Charles Stuart sort de chez moi, il a été chargé par M. Canning, à qui il avait rendu compte d'une phrase que je lui Correspondance de Chateaubriand, T. V. ^

avais dite sur la conformité des principes des Etats-Unis et de ceux du ministère anglais, de l'excuser de cette espèce de reproche, et de m'assurer que ses sentiments n'étaient pas tout à fait conformes à ceux de M. Monroë, principalement en ce qu'il n'avait pas encore jusqu'ici reconnu l'indépendance, et sur ce que le principe émis par le président sur la colonisation des Européens dans l'Amérique lui avait paru si extraordinaire qu'il en avait fait demander des explications. ^

iS5i 12 janvier 182L

Au comte de La Ferronays.

Paris, le 12 janvier 1824.

Pour vous seul.

Tout est arrangé et beaucoup mieux que je ne l'espérais. Le roi, blessé de la nomination du duc Mathieu, et Villèle, oublié dans la promotion, ont été au moment d'amener un grand orage. Nous nous serions brisés contre un ruban après avoir échappé à de si grands écueils : telle est la nature humaine. J'ai été obligé de parler, et on a bientôt reconnu qu'aller sans moi était impossible, et la tempête s'est apaisée. Il en résultera un bien, c'est qu'on sera convaincu qu'il faut rester unis si nous voulons achever l'ouvrage que nous avons si bien commencé. Voici l'état des choses.

Le Roi donne le cordon bleu à un prince de la famille impériale et au comte Nesselrode ; mais il arrive quelque chose de bizarre ; on ne sait pas si les trois Grands Ducs ne sont pas chevaliers des ordres du Roi, de sorte que dans le doute il a fallu faire quatre lettres du Roi à l'Empereur. Les trois premières porte-

1. Archives de Polignac. — Minute aux Affaires étrangères, Angleterre, 618, f°21.

ronl le nom de Constantin, de Nicolas et de Michel. Vous saurez à Pétersbourg" la vérité et, d'accord avec l'officier des ordres qui portera les lettres et les insignes, vous supprimerez deux de ces lettres et vous ne remettrez que celle qui contiendrait le nom du Grand Duc qui ne serait pas chevalier du Saint-Ksprit. Dans le cas où les trois Grands Ducs seraient chevaliers, on supprimera les trois lettres où se trouvent leurs noms, et Ton remettra la quatrième qui contient le nom du fils du Grand Duc Nicolas (Alexandre-Nicolaéwitch): nous ne savons si Constantin a des enfants de sa seconde femme, et si les enfants sont reconnus. Maintenant, voici ce qui est arrivé pour Pozzo : je lui ai proposé de lui faire donner la grande croix de la Légion d'Honneur avec la plaque en diamant, en échange de Tordre que vous avez reçu ; il m'a dit qu'il n'accepterait que le cordon bleu. Pour qu'il l'ait, il n'y a qu'une chose à faire ; c'est que vous demandiez à l'empereur en mon nom et pour m,' obliger, le cordon de Saint- André pour Villèle. Ne craignez pas : je ne serai pas blessé et c'est moi qui joue ici le beau rôle. C'est encore un succès que d'avoir eu le cordon bleu huit jours plus tard, et par la seule force de ma position ; il faut être juste d'ailleurs: Villèle, après le premier mouvement d'humeur, est revenu vite au sentiment de l'intérêt commun et de l'amitié. C'est en tout un homme d'un mérite supérieur et, comme désormais il faut bien qu'on m'abandonne entièrement la conduite de la politique étrangère, nous ne pourrons plus avoir de rivalité et notre union est indispensable au repos de la France. Je réponds du cordon bleu pour Pozzo.

Cette lettre est toute particulière pour vous. Elle ne doit être montrée à personne au monde. Vous mettrez comme de coutume mon autre lettre particulière sous les yeux de l'Empereur. Le petit mouvement d'humeur que le Roi avait eu contre vous est totalement dissipé.

Vous comprendrez que dans le cas où les trois Grands Ducs n'auraient pas le cordon bleu, il doit être donné dans l'ordre de

l'hérédité. Ainsi d'abord Constantin, ensuite Nicolas et puis Michel et entin le jeune prince fils du Grand Duc Nicolas.

Tout à vous, mon cher Comte.

Chateaubriand.

Bourgeot prétend qu'aucun Grand Duc n'a le cordon : ainsi la question se trouverait tranchée et il irait tout simplement à Constantin. — J'insiste pour que vous demandiez le cordon de Saint- André pour Villèle en mon nom et que l'Empereur daig-ne Taccorder sur ma propre demande. Vous voudrez bien me le dire formellement dans votre lettre officielle qui sera mise sous les yeux du Roi. Cela sera bon pour vous et pour moi, excellent enfin pour l'empereur. Qu'a-t-il voulu faire en me nommant seul? désigner Fhomme de sa confiance. Change-t-il d'avis en envoyant le cordon à mon collègue? Oui, si c'est de son propre mouvement, non si c'est sur ma demande : il me donne une nouvelle preuve de confiance et d'estime. Je lui demande un nouveau cordon pour le bien de l'union et de la paix ; il me raccorde — cela est conséquent à ce qu'il a déjà fait, en même temps qu'utile pour la France.

Chateaubriand. *

135S 12 janvier 1824.

A M. Schwebel.

Par courrier autrichien.

Paris, 12 janvier 1824.

Je profite. Monsieur, d'un courrier de M. de Vincent pour vous écrire.

Le gouvernement espagnol vient de faire la démarche convenue pour demander la médiation des cinq Cours alliées dans la

1. Congrès de Vérone. — Texte complété et daté d'après l'original des archives de la Ferronays.

question de ses colonies. M. le duc de San Carlos m'a remis à cet elTet la note dont je vous envoie la copie; demain il en remettra une semblable à M. le général Pozzo, et peut-être à Sir Charles Stuart (quoique Sir William A'Court Tait reçue directement) parce qu'il n'y a pas de ministre d'Espagne ni à Londres, ni à Pétersbourg. Ce courrier porte à l'Ambassadeur de cette Cour ' à Vienne la note qui doit être remise au cabinet autrichien. La note nous a paru conçue dans des termes très convenables. Nous pensons que ^L le prince de Metternich en concevra les mêmes idées.

Nous ne savons pas encore [précisément]'^ si l'Angleterre prendra part aux conférences qui s'ouvriront ici. Nous attendons à cet égard des réponses de M. de Polignac. Mais nous continuons de croire qu'elle ne s'exclura pas des conflits de l'Europe dans une circonstance où il s'agit pour elle de très grands intérêts, — qu'elle v assistera quand ce ne serait que pour savoir ce qui s'y fera. Nous comptons sur le concours de nos alliés et particulièrement de M. de Metternich pour la rapprocher sur ce point des idées communes si elle devait s'en écarter.

Vous verrez dans les gazettes que le gouvernement espagnol a publié une ordonnance sur le régime et l'administration de ses colonies au moment même où il consultait l'Alliance sur les moyens de fixer leur sort. Dieu veuille que cette mesure n'ait pas l'incohérence qu'on cherchera peut-être à lui trouver, ce dont on peut à Londres faire la matière de quelques objections. Le Conseil des Indes qui s'est occupé [ ] ^ aura cru

devoir faire [ ] ^ ce qui a été effectué dans la pénin-

sule pour détruire l'œuvre de la révolution ; il aura voulu les replacer de droit sous l'autorité légitime sans faire acception des laits. Ceux-ci sont trop notoires pour que l'on se méprenne sur le but de la mesure et pour qu'on lui donne plus d'importance

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