‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 6 sur 161 · Original autographe. — Collection Chéramy · texte numérisé non relu

Original autographe. — Collection Chéramy

4. Pailhès La duchesse de Duras, p. 244. — Collationné sur l'original autographe.

0264 14 septembre 1823.

A Hyde de Neuville.

14 septembre 1823.

Mon très honorable ami,

M. Roth vous remettra cette lettre qui vous explique la mission dont il est chargé ; demain, dans deux jours peut-être, nous apprendrons que Cadix s'est rendu ; mais vous approuverez sans doute qu'en fait de devoir, je ne sois jamais Thomme aux conjectures : pour bien servir, je crois qu'il faut marcher sans s'arrêter. Demain donc je vais travailler au sciage des rames et elles partiront au fur et à mesure pour Cadix. De vous à moi je crois avoir eu là une bonne idée, et vous verrez par la note du constructeur général de la marine que je n'agis point sans avoir consulté les hommes de l'art. /

Avec un vaisseau de 120 canons et autres bâtiments, nous étions maitres de Cadix. Le fort S. Pétri n'avait que vingt hommes quand nos bâtiments sont arrivés sur la côte, et rien n'explique comment le Trocadéro n'a pas été pris depuis plusieurs mois. Croyez bien que je vous parle d'après de sûres données ; ce que je puis vous dire aussi, c'est que nous sommes devant Cadix une véritable tour de Babel : le Génie accuse l'Artillerie, l'Artillerie la Marine. Le fait est que rien n'est de ce qui aurait du être à l'arrivée du Prince. . . Avec tout cela auronsnous Cadix ? Oui si Alava est porteur de propositions que nous puissions honorablement accepter. Eh bien ! (je vous dois toute ma pensée) j'en suis à craindre que l'état misérable où se trouve notre flotte, joint à l'impatience de certains hommes, ne nous rende larges et trop larges .

11 ne faut pas se le dissimuler, l'Angleterre qui voit presque en pitié ce que nous nommons notre blocus (car vous savez que Cadix s'approvisionne le mieux du monde à la vue de notre flotte), l'Angleterre dis-je, ne néglige rien, tout en paraissant y

attacher peu d'importance, pour qu'on accepte sa médiation. On a voulu toucher ici cette corde ; j'ai répondu avec la modération, mais aussi avec la dignité d'un ambassadeur de France... Depuis il n'a plus été question de moyens termes, et j'ai vu avec plaisir dans un long téte-à-tête avec le Roi, que Sa Majesté était persuadée qu'il ne fallait pas confier aux Anglais le soin de relever seuls les trônes légitimes. J'ai vu aussi que cet excellent Prince, car il m'a parlé en honnête homme, ne demandait pas mieux que de s'entendre avec nous et qu'il se verrait avec plaisir émancipe \ j'emploie ici l'expression de l'un de ses ministres.

Ces détails, je dois vous les confier ; usez-en pour vous, pour l'intérêt de la France, et aussi pour qu'on cesse de repousser, pour ainsi dire, un gouvernement qui voudrait marcher avec nous. Examinez avec cette sagesse que je vous connais la principale question que je vous soumets par ma dépêche. Si Cadix résiste, pourquoi ne pas accepter le service des Portugais ? Et s'il ne résiste pas, mais que l'Espagne continue à être agitée, pourquoi ne pas saisir cette occasion de nous lier étroitement avec le Portugal, de lui faire une armée royaliste, dans laquelle entreraient naturellement les amis du jeune prince, les compagnons de gloire d'Amarante, tous les militaires reformés par le maréchal Beresford, qui a été le Gouvion Saint-Gyr du Portugal ? Mais l'Angleterre, ni vous ni moi n'en sommes à croire qu'il faille toujours voir ce qu'elle veut, ce qu'elle désire ; je pense au contraire qu'il faut voir ce qu'elle veut pour s'en garantir.

Adieu, donnez-moi le pouvoir de répondre à ce gouvernement, et nous reprendrons le Portugal aux Anglais. ^

1. Mémoires et Souvenirs du Dnron Hyde de Neuville, t. III, p. 99.

^265 14 septembre 1S23.

Au marquis de Talaru.

14 septembre 1823.

Je vais parler pour qu'on accepte au moins les secours du Portugal par mer. Les Portugais ne sont pas dans hi position des Russes, des Autrichiens et des Prussiens ; ils ne passeront pas sur notre territoire, ils ne sont pas comme nous menacés par la Révolution espagnole, et comme nous ils ont le droit de prendre les armes contre elle.

S'ils déclaraient la guerre à l'Espagne, pourrions-nous les en empêcher ? Si on ne veut pas précisément dire qu'on accepte leurs propositions, ne peut-on faire comme on a fait pour le comte d'Amarante, les laisser agir en Espagne comme ils voudront ? S'ils veulent bloquer Badajoz et Giudad Rodrigo, bien libre à eux sans doute. Parlez à Mgr le Duc d'Angoulême, dans ce sens. Ne lui présentez pas la chose comme un parti pris ou à prendre, mais comme une idée qui mérite d'être pesée, surtout pour le service de la mer. Nous pouvons tirer un immense parti de la marine portugaise et du matériel qu'elle peut fournir. Si nous triomphons avec nos seuls moyens, c'est bien beau ; mais si nous ne triomphons pas ? Les faits dominent tout. Il faut avoir Ferdinand n^importe à quel prix, car il y va du salut ou de la perte de la France. Dites à Guilleminot mes idées sur tout cela. *

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