Affaires Étrangères, Prusse 265, f
d'Angleterre, et que nous verrons celle-ci s'emparer, sous nos yeux, des ('colonies espagnoles ; car déclarer leur indépendance ou les prendre, le résultat est le même ; et c'est là ce que nous aurions fait à Madrid! Gela n'est pas tolérable. La déclaration de l'indépendance du commerce sauve notre honneur, nous met dans une bonne position à la tribune, et obligerait l'Angleterre à se faire ouvertement le champion de l'insurrection, puisqu'elle ne pourrait plus argumenter de ses intérêts commerciaux. Attaquez le roi corps à corps, faites signer devant vous ; et si l'on exigeait pour ce décret quelque concession de votre part pour les troupes, les prisonniers, etc., nous tiendrons vos engagements.
Nous avons fait le décret de deux manières ; celui que nous aimerions le mieux et celui où il est question des consuls. Si l'Espagne entendait bien ses intérêts et la politique, elle l'adopterait. Par ce moyen elle culbuterait tout le système anglais ; car les Anglais ayant déjà envoyé des agents consulaires dans les colonies espagnoles, en autorisant la France et les alliés à y avoir aussi légitimement des consuls, ces derniers consuls combattraient les autres, et soutiendraient et étendraient les droits de la métropole. Mais M. Heredia, homme d'esprit, dit-on, sera-t-il de force à entendre cette politique ? Les conseils surtout l'entendront-ils? Il y a moyen, c'est de faire signer le roi sans en passer par les conseils. Et ne sortez du palais que le décret n^ 2 ne soit signé. Faites-vous, si vous voulez, accompagner de M. de Bourmont, qui déclarera qu'il attend ses ordres pour évacuer Madrid.
Chateaubriand. *