Congrès de Vérone
anglais à accorder à l'Espagne sa médiation. Cette mission m'a paru ne pouvoir pas avoir de résultat satisfaisant, et j'ai engagé le duc de San Carlos à attendre de nouveaux ordres de sa Cour. En etîet, c'est une pièce olïicielle et publique que nous demandons et qui peut seule remplir le but qu'on se propose. Cet ordre envoyé aux commandants espagnols en Amérique est déjà connu depuis longtemps du gouvernement anglais et n'a pas influé sur sa décision ; cette demande d'ailleurs paraît inconvenante pour la France. 11 est hors de doute que le gouvernement anglais cherche depuis quelque temps à regagner quelque influence à la cour de Madrid. J'ai appris qu'un Irlandais, nommé je crois Arjan, propose au gouvernement espagnol de traiter pour l'enrôlement d'un corps de 12 . 000 Irlandais pour la solde et l'entretien duquel il ne demande que cinq millions de francs. On ajoute, mais je n'ai aucune certitude sur ce point, que le gouvernement anglais fait espérer des arrangements à l'amiable pour le payement de cette faible somme. Nous savons que Sir William A'Courten a écrit à sa Cour. Il serait important de découvrir si la proposition ne viendrait pas de celle-ci et jusqu'à quel point le ministère anglais est mêlé dans cette afTaire. Un corps de 12.000 Irlandais, commandés par des ofïiciers choisis sous la direction du gouvernement anglais, peut devenir un moyen de donner à celui-ci une influence dans le pays. Ce projet doit donc attirer l'attention du gouvernement du Roi ; j'écris à M. de Talaru pour qu'il en fasse voir les inconvénients et qu'il en détourne les ministres espagnols. Je vous engage à me faire part de ce qui pourra venir à votre connaissance à ce sujet.
Vous savez, sans doute, que les réponses de M. Canning au chargé d'affaires d'xVutriche et à l'Ambassadeur de Russie ont été beaucoup moins précises que celles qu'il vous a faites. Sir William A'Court paraît s'applaudir de la manière dont le ministre d'Autriche à Madrid suit les nouvelles directions qu'il a reçues de sa Cour, et en vertu desquelles il n'agit plus de concert avec l'Ambassadeur anglais.
Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.
Chateaubriand. *
1S71 29 janvier 1824.
Au prince de Polignac.
Paris, le 29 janvier 1824.
Je vous ai écrit hier, Noble Prince, par un courrier de Rotchild pour vous donner un petit chang-ement à faire dans la rédaction de ma dépêche de lundi 26. A la Qn du 4™^ alinéa, après la citation de la note de Vérone, au lieu de ces mots : « Ce qui doit faire pour elle l'objet de ses futures concessions, il faut lire, l'objet de ses futures déterminations. » Je désire beaucoup que cette correction vous soit arrivée avant que vous ayez remis copie de la dépêche à M. Ganning. Elle est sans importance pour nous et pour l'Angleterre, mais elle est utile à faire pour l'oreille chatouilleuse des Puissances continentales qui se retranchent dans des principes rigoureux qu'il est plus aisé de professer que de rendre applicables.
Les nouvelles d'Espagne sont un peu meilleures^ du moins pour nous. Nous espérons la reconnaissance des 34 millions et par suite la signature du traité d'occupation. Alors, Talaru ne quitterait pas Madrid et Marcellus n'y resterait qu'un moment. Du reste, je n'ai rien de nouveau à vous mander. Corrigez la dépêche s'il est temps encore, et croyez à mon sincère attachement.
Chateaubriand.
Si M. Ganningvous parlait de nos armements, donnez-lui l'assurance la plus positive qu'il n'y a rien de vrai dans tout ce que
1. Archives de PoUgnac. — Minute aux Affaires étrangères : Correspondance politique, Angleterre, 618, f° 56.
disent les journaux de Londres et de Paris. Douze 'cents hommes vont relever et compléter nos garnisons de la Guadeloupe et de la Martinique, et voilà tout. Quant à nos flottes qui doivent rejoindre le vaisseau espagnol VAsia, ce sont de pures fables. Si M. Ganning, dès IWverture du Parlement, voulait quelque chose d'officiel sur ce point, je suis autorisé à lui faire la déclaration franche que je vous fais ici.
En général, dans ce siècle, les jeunes gens veulent aller trop
vite ; c'est un reste de cette impulsion révolutionnaire qu'il est
utile de modérer. Vos intérêts, Noble Prince, me sont plus chers
que les miens, ou plutôt, je n'ai d'intérêt que ceux de mes amis.
Tout à vous.
Ghateaubriand. *
i37S / 30 janvier 1824.
A M. de Rayneval.
Paris, ce 30 janvier 1824.
J'ai reçu votre lettre chiffrée. Monsieur. Tout ira bien, j'espère, pour ces petites difficultés d'amour-propre. Il n'y a rien par delà ce que je dis à votre voisin de Pétersbourg.
Ainsi sans vous ennuyer, je me hâte de me dire, comme de coutume, tout à vous bien sincèrement.
Ghateaubriand.
On devrait bien se hâter de faire partir M. Royez pour la destination de Lisbonne. ^