Archives de Poliji^nac
iS80 14 février 1824
Au Baron Hyde de Neuville.
14 février 1824.
Dans Tétat de faiblesse et de contrainte où les événements Tont placée, la cour de Lisbonne doit mettre quelque prix à avoir l'appui moral de la France, elle paraît même en attendre des services plus importants dans un cas de danger ; il semblerait donc juste qu'elle se montrât occupée à faire cesser les plaintes des sujets du Roi. C'est à cause d'elle qu'une garnison a été placée à Badajoz contre le premier projet de répartition de nos troupes. Cette garnison pourrait en être retirée si sa présence n'était utile en rien à nos relations avec la cour de Lisbonne. Celle-ci ne peut pas se dissimuler qu'elle n'a rien à espérer de l'Angleterre pour le rétablissement de son autorité à Rio- Janeiro.
Vous voyez que M. Ganning s'est hâté de prendre des engagements très positifs à cet égard, et nous n'avons d'ailleurs aucun doute sur les projets de son gouvernement. Ainsi S[a] M[ajesté] Très Fidèle ne peut compter sur celui-ci pour recouvrer le Brésil, ni même pour en assurer la possession à sa maison ; nous voulons le soustraire à une dépendance peu honorable et contraire à ses intérêts ; et cependant nous ne lui demandons pas le degré de faveur qu'il accorde à d'autres nations.
Les nouvelles que nous avons eues du Brésil, nous donnent des craintes sur la stabilité du gouvernement que l'infant don Pedro a voulu y établir. Les provinces du Nord seront difficilement conservées par ce Prince à moins de mesures aussi promptes que sages, et il ne paraît pas que ses conseillers soient fort en état de diriger ses affaires dans une position si critique. La France ne pourrait voir qu'avec peine renverser le seul gouvernement monarchique qui ait jusqu'ici paru s'établir en Amérique.
Quant au Brésil, notre seul désir est qu'un gouvernement
monarchique y soit conservé, ce qui ne peut se faire que si un Prince de la maison de Bragance reste à la tête des Affaires . . . Au demeurant, ce n'est ni en épousant la querelle du Roi et de son fîls, ni en adoptant les passions des partis, que nous balancerons l'influence que l'Angleterre exerce depuis longtemps à Lisbonne, pour la ruine du pays ; et quoique nous ne demandions rien au Portugal qui puisse nuire à ses intérêts, il faudrait que le gouvernement de Sa Majesté Très Fidèle se sentît fortement appuyé par les nations pour oser nous admettre à partager les droits qu'il a accordés aux Anglais. Les idées que renferment à ce sujet vos dépêches sont conformes à celles que je vous ai plusieurs fois exprimées dans les miennes ; nous verrons toujours avec plaisir établir légalement en Portugal tout ce qui donnera au gouvernement de la force, tout ce qui lui assurera l'assentiment de la nation, car nous pensons que c'est le seul moyen qui puisse nous amener à balancer dans ce pays l'influence politique et commerciale de l'Angleterre.
Chateaubriand. ^
1S81 16 février 1824.
Au prince de Polignac.
Paris, le 16 février 1824.
Noble Prince, toutes nos affaires ont fini presque à la fois en Espagne : le traité des prises, la reconnaissance des 34 millions et le traité d'occupation ont été signés ; et ce qu'il y a de mieux, nous avons obtenu le décret pour la liberté du commerce dans les Amériques Espagnoles. Je vous en ai fait passer la nouvelle hier par le télégraphe, mais je crains les brouillards. Aujourd'hui, je vous en envoie la copie. Soyez sûr que, malgré les ricaneries de l'opposition et même de M. Canning, cela ne lui fera