‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 86 sur 161 · Ambassadeur de France à Rome · texte numérisé non relu

Ambassadeur de France à Rome

élections ; au dehors nous sommes en paix avec toute la terre, et cette paix ne sera pas troublée. L'Angleterre même nous loue, et nos relations avec elle sont d'une extrême bienveillance. La crainte d'une guerre civile qui menaçait l'Espagne est totalement évanouie ; et si le gouvernement de ce pays était plus sage, il retrouverait encore une existence honorable.

Vous pouvez, Monsieur le Duc, assurer le gouvernement pontifical, que nous sommes disposés à faire tout ce qui pourra lui être agréable. Nous consentirons très vraisemblablement à la réunion des paroisses, puisque le Pape y attache tant de prix. Nous serions charmés que Lord Hasting^ vînt à Paris, mais j'ai appris hier qu'il avait accepté le gouvernement de l'île de Malte avec un commandement dans la Méditerranée. Dites lui que j'ai fait remettre à leur adresse tous les paquets qu'il m'avait envoyés.

Notre session ouvre le 23. Elle sera très favorable : l'opposition de gauche est réduite à 16 membres, et celle de l'extrême droite à 10 ou 12. Nous aurons la septennalité, un budget merveilleux, et des fonds publics qni dépassent le pair. Tout cela doit donner à nos ambassadeurs de la puissance et de la considération chez les étrangers.

Recevez, Monsieur le Duc, la nouvelle assurance de ma vieille amitié, et de ma haute considération.

Chateaubriand.

Christian, mon neveu, partira à la fin de la semaine pour Rome : je vous le recommande.

Voilà une petite lettre pour M^^ Récamier. ^ Voilà aussi une lettre pour la Princesse Borghèse. ^

1. Francis Rawdon Hastings, marquis of Hastings, earl of Moira (1754- 1826), nommé gouverneur et « commander in-chief » de Malte le 22 mars

2. C'est la lettre des Souvenirs et Correspondances tirés des papiers de M™^ Récamier, II, 89, que nous donnons dans le numéro i397.

3. Catalogue des autographes de la Collection Dentu, t. 11, S*" fasc, p. 192. — Louis Thomas, Le^^res inédites de Chateaubriand [Mercure de France, juln 1904). — Vérifié depuis sur l'original autographe de la Collection J. Marsan, à Toulouse.

i399 1 G mars 1824.

Au comte de Serre.

Paris, le 16 mars 1824.

Je voudrais, monsiem- le comte, commencer ma lettre par vous offrir mes félicitations sur votre nomination à la chambre des députés, et je n'ai à vous faire, au contraire, que des compliments de condoléance ; mais il y a un remède à tout avec la patience et le temps, et j'espère bien voir quelque jour honorer le département des affaires étrangères par vos talents à la tribune.

J'ai reçu toutes les lettres que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire. Ce que vous dites du renouvellement septennal est excellent. La loi ne sera pas présentée comme je le désirais. J'aurais voulu le renouvellement quinquennal d'abord pour la chambre actuelle, élue en vertu de la charte, et le septennal pour les chambres qui suivront. J'ai proposé aussi le changement d'âge : j'ai été battu sur ces deux points, et on proposera le septennal pur et simple. Il n'y a aucun doute qu'il passera à une immense majorité. Je préférais mon projet, comme plus légal et plus complet. Quoi qu'il en soit, ce sera un grand bien que cette loi, et un beau résultat pour nous de la guerre d'Espagne.

Cette Espagne est tranquille, tous les troubles civils y sont apaisés ; mais la plaie politique étant dans le roi, le remède est presque impossible à appliquer. Il n'y aurait de raisonnable que la convocation des vieilles certes modifiées selon le temps. Le roi ne le voudra pas, et le peuple n'en veut pas davantage. Un grand ministre pourrait les rappeler ; mais où est-il, ce grand ministre ? Les étrangers, même la France, ne pourraient rien de national dans ce bizarre pays, et de plus ils sont divisés d'intérêts et de doctrines : il faut donc laisser aller. Le ministère espagnol actuel, qui nous a donné le décret pour le commerce libre dans les colonies et qui a demandé la médiation des puissances, va être chassé parce qu'il a le sens commun.

Vous avez raison pour les colonies : elles n'amèneront aucune guerre, par la raison que nous ne la voulons pas et que le continent, qui fait tant de bruit de ses théories, ne nous seconderait pas si nous voulions les soutenir à main armée contre l'Angleterre. Les colonies seront donc séparées, et notre déclaration à Vérone nous a mis dans la meilleure position pour profiter de cette séparation. Nous avions prévu l'événement, et nous avons fait entendre que nous ne sacrifierions pas nos intérêts à des théories politiques. Le tout est que la reconnaissance ne soit pas trop prompte, et que l'on sache bien s'il existe en Amérique des gouvernements capables de faire et de maintenir des traités. Sur ce point l'Angleterre entend parfaitement raison, et nos relations de part et d'autre sont extrêmement bienveillantes.

Vos renseignements sur les sociétés secrètes sont, monsieur le comte, extrêmement précieux. Il restera à distinguer ce qu'il y a de théorique et de pratique dans ces machinations, et jusqu'à quel point le plan est fictif ou réel. Que l'on veuille renverser l'ordre établi, cela est de tous les temps et de tous les lieux ; mais que de ce mouvement d'une nature humaine corrompue on fasse une action régulière et permanente de destruction au moyen des sociétés secrètes, c'est ce qui me j)araît toujours très difficile.

Je vous prie de soutenir vivement les intérêts de notre commerce.

J'ai fait ce que vous désirez pour vos appointements ; je mettrai tous mes soins à vous rendre votre position agréable. Notre patrie est dans ce moment si prospère et si glorieuse que la considération de nos ambassadeurs doit s'en accroître à l'étranger.

Recevez, monsieur le comte, la nouvelle assurance de mon dévouement et de ma haute considération.

Chateaubriand.

P. S. — Mon neveu, Christian de Chateaubriand, part pour ritalie : s'il va à Naples, je le recommande à vos bontés : c'est le petit-fils de M. de Malesherbes. *

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