Date ajoutée par la main de la destinatrice
2. D'après l'original autographe. — Collection de M™« Victor Egger. — Paiihès op. cit.
3. Paiihès La duchesse de Duras, p. 244, — Collationné sur l'original autographe.
i^7'2 [24 septembre 1823.]
A la duchesse de Duras.
Dimanche.
En vérité je ne sais, mais si je puis aller chez vous, ce ne sera pas avant quatre heures. ^
1^73 [22 septembre.]
A la duchesse de Duras.
Lundi.
Mon Dieu ! Pardon, mille pardons. Ma semaine a été un enfer; €t vous, vous auriez pu penser un peu qu'une susceptibilité exagérée ne pouvait qu'ajouter beaucoup à ma peine. Rien de nouveau; point de dépêche télégraphique. Nous croyons que les meneurs de Cadix ne répondront pas du tout, et qu'il faudra attaquer. -
i'214 [22 septembre 1823.
A [la comtesse de CastellaneJ.
A Délie.
Dis moi? Pourquoi veux-tu que je sois sans alarmes ? Chaque moment t'embellit sous les cieux ;
1. Pailhès La duchesse de Duras, p. 244. — Collationné sur l'original autographe.
2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 245. — Collationné sur l'original autographe.
3. De la main de la destinatrice, en tête d'une page blanche du cahier autographe de cette lettre en vers.
Correspondance de Chateaubriand, T. V. 2
et ce même moment qui t'apporte des charmes ride mon front et blanchit mes cheveux.
Au matin de tes ans, et du monde chérie,
tout est pour toi joie, espérance, amour :
et moi, vieux voyageur sur ta route fleurie, je marche seul et vois finir le jour.
Irais-je me flattant dans mes tendres folies, Quand tout me fuit, que tu me resteras ?
Vénus échappe aux mains par le temps affaiblies ; pour l'enchaîner, il faut de jeunes bras.
Ainsi qu'un doux rayon, quand ton reg'ard humide pénètre au fond de mon cœur ranimé,
j'ose à peine effleurer d'une lèvre timide de ton beau sein le voile parfumé.
Tout à la fois honteux et fier de ton caprice, Sans croire à toi, je m'en laisse enivrer :
oui je brûle pour toi, mais je me rends justice : je sens l'amour et ne puis l'inspirer.
Par quelle illusion, ai-je pu te séduire ?
N'aurais-tu point dans mon dernier soleil cherché l'astre de feu qui sur moi semblait luire
Quand d'Atala je peignais le réveil?
Je n'ai point le talent de Virgile et du Tasse ;
mais quand le ciel m'eût fait cet heureux don, le talent ne rend point ce que le temps efface :
la gloire, hélas ! ne rajeunit qu'un nom !
L'amant de Velléda, le frère d'Amélie,
mes fils ingrats, m'ont-ils ravi ta foi ?
Ton admiration me blesse et m'humilie.
Le croirais-tu ? Je suis jaloux de moi.
Dédaigne, o ma Beauté, cette gloire trompeuse !
Il n'est qu'un bien : c'est le tendre plaisir. Quelle immortalité vaut une nuit heureuse ?
pour les baisers, je vendrais l'avenir.
Dans la Postérité que m'importe ma vie ?
Qu'importe un nom par la Mort publié ? Pour moi-même, un seul jour, aime-moi, ma Délie,
et que je sois à jamais oublié! *
1. D'après Toriginal. Coll. de M^^^ Victor Egger. — X. X. X. [Pailhès] Op. cit. — Chateaubriand, dans ses Poésies (tome XXII de l'édition de ses Œuvres publiée par Ladvocat et Dufey de 1826 à 1831) a donné une autre version de cette pièce avec ce titre : A Lydie. Imitation d'Alcée, poète grec, et cette date : Londres, /757. AvecM. Georges Pierredon (dans son volume: Chateaubriand y Aniours, Paris, Sansot, 1912), je pense que ce titre et cette date sont là pour cacher une vérité trop scandaleuse, et que la version publiée est simplement une correction de la poésie écrite en 1823. Voici cette version remaniée pour l'impression :
Lydie, es-tu sincère ? excuse mes alarmes : Tu t'embellis en accroissant mes feux ;
Et le même moment qui t'apporte des charmes Ride mon front et blanchit mes cheveux.
Au matin de tes ans, de la foule chérie,
Tout est pour toi joie, espérance, amour :
Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie Je marche seul et vois finir le jour.
Ainsi qu'un doux rayon quand ton regard humide
Pénètre au fond de mon cœur ranimé, J'ose à peine effleurer d'une lèvre timide
De ton beau front le voile parfumé.
Tout à la fois honteux et fier de ton caprice, Sans croire en toi je m'en laisse enivrer.
J'adore tes attraits, mais je me rends justice : Je sens l'amour et ne puis l'inspirer.
Par quel enchantement ai-je pu te séduire N'aurais-tu point dans mon dernier soleil
iSU [24 septembre 1823.]
A la duchesse de Duras.
Mercredi.
Je voudrais vous écrire de longues lettres, et j'en suis malgré moi aux petits mots. Nos succès sont sans fin partout. Mais nous attendons toujours l'attaque de l'île de Léon. Moi, je ne compte sur la nouvelle que pour dimanche ou lundi, mais aussi lundi sera le dernier terme, et, si rien n'arrive, je ne saurai comment expliquer cette inaction. Soignez-vous et prenez garde à la pluie. -
1^76 25 septembre 1823,
Au prince de Polignac.
Paris, le 25 septembre 1823.
Nous en sommes au même point, triomphant partout où nous n'avons pas besoin de marine. Celle-ci trouve toujours qu'il lui
Cherché l'astre du feu qui sur moi semblait luire. Quand de Sapho je chantais le réveil ?
Je n'ai point le talent qu'on encense au Parnasse : Eussé-je un temple au sommet d'Hélicon,
Le talent ne rend point ce que le temps efface ; La gloire, hélas ! ne rajeunit qu'un nom.
Le Guerrier de Samos, le Berger d'Aphélie *,
Mes fils ingrats m'ont-ils ravi ta foi? Ton admiration me blesse et m'humilie :
Le croirais- tu? je suis jaloux de moi.
Que m'importe de vivre au delà de ma vie?
Qu'importe un nom par la mort publié ? Pour moi-même un moment aime-moi, ma Lydie,
Et que je sois à jamais oublié !
1. Pailhès La duchesse de DuraSy p. 245. — Collationné sur l'original autographe.
* Deux ouvrages d'Alcée. '
manque quelque chose devant Cadix, et oblige Mgr le duc d'Angoulême de remettre de jour en jour son attaque sur Tîle de Léon. Elle aura lieu tôt ou tard et réussira; mais les retards font du mal.
Le nouveau ministre des Affaires Etrangères dans Cadix a écrit le 7 une lettre lamentable à Sir W[illiam] A'Court. 11 lui dit que Cadix ne pourra pas tenir : qu'alors les Français, maîtres du Roi et de l'Espagne, acquerront une puissance qui compromettra l'Europe et surtout l'Angleterre ! 11 finit par proposer l'intervention de la Grande-Bretagne , il revient au vieux projet d'envoyer une frégate anglaise dans la baie de Cadix à bord de laquelle le Roi Ferdinand et le duc d'Angoulême pourraient traiter d'une constitution. Sir W[illiam] A'Court a envoyé le 9 cette dépêche à S. A. R. ; c'est encore Elliot qui était porteur de la dépêche. Mgr le duc d'Angoulême a répondu qu'il n'acceptait aucune proposition, qu'il refusait toute médiation, et qu'il aurait recours à la force pour délivrer le Roi. Vous voyez qu'on ne peut pas répondre plus net. Cette réponse est du 13.
Il a paru, dit-on, un article horrible dans le Morning Chronicle contre Mgr le duc d'Angoulême. J'ai souvent été exposé à de pareilles infamies en Angleterre l'année dernière et on m'a toujours conseillé de laisser passer. Voyez, consultez ; poursuivez si vous croyez au succès^ et que cela vous paraisse nécessaire. On prétend qu'on a signalé des vigies de Cadix une flotte anglaise composée d'un vaisseau et de six frégates. C'est, je le suppose, les bâtiments dont on nous a parlé, et qui se rendent dans la Méditerranée.
Voilà, noble Prince, l'état des choses. Nous ne pouvons rien savoir de ce qui va se passer le 6 du mois prochain à l'entrevue des Empereurs à Czernovitz : ces affaires d'Orient viendront après celles d'Espagne.
Tout à vous.
Chateaubriand. ^