Congrès de Vérone : « mécompte
2. Publié par Chateaubriand dans le Congrès de Vérone. — Vérifié par nous sur l'original autographe appartenant à la famille de Polignac.
i%7 [10 septembre 1823.]
A la duchesse de Duras.
Mardi malin.
Je voudrais avoir quelque chose de bon à vous annoncer pour vous guérir, mais je ne sais rien, et il ne peut y avoir rien eu de nouveau jusqu'au 8, puisque nous aurions eu hier une dépêche télégraphique. Patience donc, mais guérissez-vous surtout et ne croyez pas légèrement aux fluxions de poitrine. Ce temps changeant est bien propre aux rhumes.
Remerciez Clara et dites-lui que j'accorderai à M. Villemain tout ce que je pourrai. ^
i^68 18 septembre 1823.
Au marquis de Talaru.
Paris, ce 18 septembre 1823.
Mon cher ami, Je reçois votre dépêche du 13, n'' 87. J'y trouve votre petit post-scriplum et le billet de Mgr le duc d'Angoulême. Vous me demandez vos instructions ; je n'en ai point d'autres à vous donner dans ce moment que celles que vous avez déjà reçues du roi. Il m'est impossible de prévoir la position où vous serez placé en arrivant au Port Sainte-Marie ni les matières sur lesquelles vous serez appelé à délibérer. En tout vous êtes absolument sous les ordres du prince généralissime, tant qu'il restera en Espagne. Vous obéirez à ses volontés, et vous l'assisterez de vos conseils quand il jugera à propos de vous en demander. Je sais que le président du conseil, voulant éviter à Monseigneur les importu-
1. Pailhès La duchesse de Duras, p, 244. — CoUationné sur ^ori^•inal autographe.
nités de la Régence, [lui a mandé de s'en reposer sur vous de toute la partie politique de sa mission. Dans ce cas, il ne s'agirait que des affaires courantes entre la Régence et le prince. Si, au contraire, il est question de la délivrance du roi et des stipulations qui en seraient la suite, comment juger d'avance de ce que vous pourrez faire et des difficultés dans lesquelles vous serez engagé? Il y a cependant un principe sûr, et qui ne peut pas vous tromper : c'est qu'aucune concession politiques ne peut être légalement accordée avant la délivrance du roi. Des concessions militaires et personnelles, tant qu'on voudra et aussi largement qu'on voudra. On peut ensuite promettre qu'on engagera le roi libre à faire pour ses peuples tout ce que les besoins de ces peuples réclameront.
Défîez-vous pourtant d'une chose, mon cher ami : des négociations sans cesse renouvelées, et qui n'aboutiraient pas à une prompte fin, pourraient avoir été entamées dans le but de gagner la mauvaise saison, de ralentir l'ardeur de nos troupes, et d'échapper pendant Fhiver, lorsque le blocus ne pourra qu'être trèsimparfait. Les opérations militaires doivent être poussées avec la dernière vigueur, même au milieu des négociations. Si l'on peut se rendre maître de l'île de Léon, cela avancera bien le traité : rien n'abrège la besogne comme les coups de canon. Dixhuit jours se sont déjà écoulés depuis la prise du Trocadero, c'est beaucoup.
Il n'y a aucun doute que s'il y a une capitulation politique, c'est vous qui devez la signer ou plutôt la contre-signer avec monseigneur le duc d'Angoulême. Toutes les conventions militaires ne vous regardent pas.
Je reviens sur la signature d'un traité. Si le roi était libre, monseigneur le duc d'Angoulême pourrait signer seul avec lui un traité quelconque ; mais si un traité doit avoir lieu par l'intermédiaire d'un ministre. Monseigneur ne peut pas signer ; c'est à vous qu'il délègue ses pouvoirs, et vous signez. Gomme Monseigneur a les pleins pouvoirs du roi, il n'aura pas sans doute
besoin de mettre au traité la réserve de la ratification de Sa Majesté.
Ces détails m'ont paru utiles à vous donner.
Villèle est persuadé que vous n'êtes mandé au Port Sainte- Marie que parce que tout est convenu entre le prince et les autorités de Cadix. Je ne suis pas de son avis, et même le tour du billet de Monseij^neur me ferait croire qu'il ne s'agit encore que des affaires de la politique en général.
Vous voilà, mon cher ami, dans un poste où je me félicite de vous avoir placé pour acquérir de Fhonneur et de la gloire.
Tout à vous, de tout mon cœur.
Chateaubriand.
P. -S. Je ne vous parle point des cinq propositions de M. Bulgari, qui sont plus positives que celles de Jansenius. Comment ! il ne voulait traiter rien moins que de l'affaire des colonies espagnoles, et il ne s'apercevait pas que c'était remuer le monde : comme ils y vont, ces messieurs !
Mettez mes profonds respects aux pieds de Monseigneur. 11 s'est attiré le respect et l'admiration du monde entier. Toutes les cours m'écrivent des hymnes à sa louange. L'empereur de Russie ne tarit pas. *
i'269 [19 septembre 1823.]
A la duchesse de Duras.
Vendredi.
La nouvelle n'est pas confirmée, mais il paraît certain qu'il y a des troubles à Cadix, où la nouvelle de la capitulation de Ballesteros ne peut manquer d'augmenter la confusion. L'estafette n'est pas encore arrivée ce matin. A demain ! -
i. Congrès de Vérone.
2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 244. — CoUationné sur l'original autographe.
— iG — i'21() 20 septembre 1823.
A [la comtesse de Castellane].
Samedi matin [20 septembre 1823]. *
Jamais je ne t'ai vue aussi belle et aussi jolie à la fois que tu Tétais hier au soir. J'aurais donné ma vie pour pouvoir te presser dans mes bras. Dis, était-ce ton amour pour moi qui t'embellissait? était-ce la passion dont je brûle pour toi, qui te rendait à mes yeux si séduisante ? Tu l'as vu ; je ne pouvais cesser de te regarder, de baiser la petite chaîne d'or. Quand tu es sortie, j'aurais voulu me prosterner à tes pieds et t'adorer comme une divinité. Ah ! si tu m'aimais la moitié de ce que je t'aime ! ma pauvre tête est tournée ; répare en m'aimant le mal que tu as fait. A huit heures, je t'attendrai le cœur palpitant. -
I'21i [20 septembre 1823. J
A la duchesse de Duras.
5 heures.
J'ai, ce soir, demandez-le à Henri, une commission qui me fait un rapport sur une affaire particulière. Vous g-rondez toujours et bien injustement.
Rotschild a l'emprunt à 89 fr. 55. C'est magnifique. "^