Chédieu de Bobelhon o/>. cit., p
i37 [Villeneuve-sur-Yonne], 13 décembre [1804].
A Tabbé de Bonne vie.
13 Décembre.
Mon ami, vous faites comme toutes les personnes qui ont quelque chose à se reprocher : vous commencez par crier bien haut et par vous plaindre, de peur que Ton ne vous fasse de justes reproches. Je ne vous écris pas, je vous oublie, etc. Mais, mon cher enfant, m'écrivez-vous? Vous êtes-vous souvenu un moment que moi et ma femme étions au monde, depuis que vous nous avez quittés ? Gomment d'ailleurs pourrois-je vous être utile ? Je suis en Bourgogne depuis quatre mois ; il y en a bientôt six que je n'ai vu ni n'ai pu voir vos protecteurs. Tout ce que je sais c'est que M*^^ B[acciochi] et votre voyageur de Dantzick pensent toujours à vous ; un des frères de Joubert lui a mandé l'autre jour, qu'ils vous vouloient toujours tous deux. * D'après les politesses qui se sont passées entre vous et les Romains, il n'y a pas lieu de craindre que vous soyez persécuté de ce côté-là. Soyez donc tranquille; je vous ai toujours dit que vous réussiriez. Mémento^ Domine, David, quand vous serez dans votre gloire.
Je suis très content de votre oraison funèbre; elle est noble, et de bon goût. Mais, cher voleur, vous m'avez pris mon Te Deum solitaire. ^ Vous êtes obligé à restitution. Je vous dis en vérité, que vous serez l'honneur du clergé de France. M. Lor-
1. M. Elle Joubert qui fut médecin de la grande-duchesse Élisa (Mi"« Bacciochi).
2. Le passage fait partie du Génie du Christianisme. Fontanes l'avait cité dans son premier extrait [Mercure de France, 1802) [floréal an XJ. Voici les deux phrases essentielles : « Le Père Lizardi fut percé de flèches sur un rocher; son corps était àdemi déchiré parles oiseaux de proie, et son bréviaire était ouvert auprès de lui, à l'office des morts. Quand un missionnaire rencontrait ainsi les restes d'un de ses compagnons, il s'empressait de leur rendre les honneurs funèbres ; et, plein d'une grande joie, il chantait un Te Deum solitaire sur le tombeau du martyr.))
gerill est passé à Paris comme un éclair, il ne m'a pas trouvé et il m'a écrit un mot ici. Je pars demain, seul, jeudi 14 décembre, pour la Capitale ; j'y passerai lo jours, puis je reviendrai chercher ma femme que je laisse ici. A mon retour je ne serai que huit jours chezJoubert, déserte que je serai à poste-fixe à Paris, vers le 15 de janvier.
Mille joies donc, mon cher ami, surtout mille espérances. Hélas! c'est moi qui n'en ai plus d'espérances. Je finis mon rôle dans le monde, et je me retire.
Tout à vous.
[Un paraphe comme signature. ]
A M. Vabbé de Bonnevie^ Grand Vicaire à Lyon. *
iS8 [1804 ou 1805.
À Madame de Custine.
A demain, Grognon
A Madame de Custine. -
1. Original autographe, Collection de Madame Victor Egger. — Paîlhès f^hateaubriand, p. 301.
2. M. Chédieu de Robetlion a publié {op. cit., p. 148) ce billet d'amoureux, sans doute écrit après une dispute et porté directement par quelque tlomestique, ce qui explique le laconisme de la suscription.
iS9 [1804ou 180i.]
A Madame de Custine.
J'irai vous demander à dîner. Je ne pourrai être chez vousavant cinq heures ou cinq heures et demie. J'aurais répondu à votre lettre, si je n avais préféré vous porter la réponse moimême. Je vous écris ce mot chez Bertinet nous parlons devons.
Mercredi.
A Madame de Custine, rue de Miromesnil, 19, Place Beauveau. ^
140 12 janvier 1805.
A ÇhênedoUé.
Paris, 12 janvier 1805.
J'ai votre portrait : mon cher ami, vous jugez s'il me fait plaisir. Les gens qu'on aime étant presque toujours éloignés de nous, au moins que leur image les fixe sous nos yeux, comme ils le sont dans notre cœur. Je suis enfin revenu de Villeneuve pour ne plus y retourner cette année. - Je vous attends ; votre lit est prêt, ma femme vous désire. Nous irons nous ébattre dans lesvents, rêver au passé, gémir sur l'avenir. Si vous êtes triste, je vous préviens que je n'ai jamais été dans un moment plus noir: nous serons comme deux cerbères aboyant contre le genre humain. Venez donc le plus tôt possible. M*"^ de G. ^ doit vous avoir un passe-port. Venez ; le plaisir que j'aurai à vous embrasser me fera oublier toutes mes peines. Mille tendres amitiés.
(Rue de Miromesnil, n« 119). ^