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de vous, et je vais vous mettre à de rudes épreuves. Annoncezmoi à M™^ F[ontanes] et réclamez pour moi ses bontés.
J'ai bien changé, mon cher ami, depuis que j'ai quitté la Suisse, pour voyager ches les Natchez, et vous aurez peine k me reconnaître. Je vous embrasse tendrement.
La SaGiNE. ^
Au citoyen Fontancs.-
iS 30 juillet 1800.
A Fontanes.
11 thermidor, au soir.
Je vous envoie, mon cher ami, un Mémoire que de Sales m'a laissé pour vous.
Rendez-moi deux services :
Donnez-moi d'abord un mot pour le médecin.
Tâchez ensuite de m'emprunter vingt-cinq louis.
J'ai reçu de mauvaises nouvelles de ma famille, et je ne sais plus comment faire pour attendre l'autre époque de ma fortune, chez Migneret. Il est dur d'être inquiet sur ma vie, pendant que j'achève l'œuvre du Seigneur. Juste et belle Révolution ! Ils ont tout vendu. Me voilà comme au sortir du ventre de ma mère, car mes chemises même ne sont pas françaises. Elles sont de la charité d'un autre peuple. Tirez-moi donc d'affaire, si vous le pouvez, mon cher ami. Vingt-cinq louis me feront vivre jusqu'à la publication qui décidera de mon sort. Alors le livre paiera tout,
1. Chateaubriand rentrait en France muni d'un passeport délivré parle ministre de Prusse au prétendu Suisse La Sagne.
2. Original autographe à la Bibliothèque de Genève. — Pailhès Chateaubriand, p. 04. — Mémoires d'Outre- Tomber II, 562.
si tel est le bon plaisir de Dieu, qui jusqu'à présent ne m'a pas été très favorable.
Tout à vous.
La Sagne.
Au citoyen Fontanes, rue Honoré. *
i3 6 octobre 1800.
A Fontanes .
Mon cher ami, voilà vos épreuves; renvoyez-les le plus tôt possible.
J'ai vu la personne : tout est arrangé ; mais écrivez-lui un mot.
J'ai retrouvé la petite et admirable société du Luxembourg. Malheureusement, comme nous le disions, ces femmes-là sont les dernières ; elles emporteront leur secret.
Au reste, la grande dame du désert est prodigieusement belle ; je la soupçonne d'avoir, en outre, de l'esprit et du charme.
Ravoir mes capucins et mon saint Augustin ! Gela me tient vivement au cœur.
Hélas ! mon cher ami, pourquoi sommes-nous si vieux et si jeunes !
Mille tendres compliments.
16 vendém. an IX.
Rue Saint-Honoré, n** 85, ^ près de la rue Neuve-du-Luxembourg. ^
1. Original autographe à la Bibl. de Genève. — Paiilhès Chateaubriand, p. 65.