‹ Correspondance généraleChapitre 13 sur 181 · Arhôteld'Étampes · texte numérisé non relu

Arhôteld'Étampes

3. Original autographe à la Bibl. de Genève. — La signature paraît être un L accompagné d'un paraphe. — Pailhès Chateaubriand, p. 69.

i4 22 décembre 1800.

A Fontanes. *

J'attendais avec impatience, mon cher ami, la seconde édition du livre de madame de Staël, sur la littérature. Comme elle avait promis de répondre à votre critique, j'étais curieux de savoir ce qu'une femme aussi spirituelle dirait pour la défense de la perfectibilité. Aussitôt que Touvrage m'est parvenu dans ma solitude, je me suis hâté de lire la préface et les notes ; mais j'ai vu qu'on n'avait résolu aucune de vos objections. 2 On a seulement

1. C'est la lettre Sur la perfectibilité parue dans le Mercure de France au i" nivôse an IX (22 décembre 1800), pp. 14-3S sous le titre de Lettre au citoyen Fontanes sur la seconde édition de l'ouvrage de M™e de Staël {De la littérature dans ses rapports avec la morale, etc., 1801). Nous joignons cette lettre à la Correspondance quoique, à proprement parler, elle soit autant un article de revue qu'une véritable lettre. Mais elle a la forme d'une lettre.

Les noies signées C. sont de Chateaubriand lui-même.

Lorsque la lettre parut dans le Mercure, Fontanes mit au début la note suivante, qu'il signa Note des Rédacteurs : « On ne voulait point répondre « à la préface que M™« de Staël vient de faire imprimer dans la seconde « édition de son livre, contre le Mercure. La réplique était trop facile ; et « d'ailleurs de semblables disputes vont toujours plus loin qu'on ne veut. « L'auteur des deux extraits qui ont excité tant de colère, s'était cru obligé « de raisonner et d'être poli. Les partisans de M"*= de Staël se sont dis- « pensés de ce soin. Ils ont évité prudemment toute discussion; car ces « hommes si profonds craignent, en général, de se compromettre, et se (( dérobent à la difficulté quand on les serre de trop près. Mais ils ont une « ressource assurée pour forcer un adversaire au silence. Ils l'accusent de « prcchev la contre- révolution, sitôt qu'il doute de leur infaillibilité. Quand « une discussion littéraire devient un crime politique, il faut se taire et « attendre. C'est le parti qu'avait pris le critique de M™'' de Staël ; mais « cette lettre lui parvient au moment même. Les choses neuves, la brillante « imagination et l'intérêt dont elle est remplie, ne lui permettent pas de « la supprimer et de la retarder. Au reste, elle renferme plusieurs opinions « qu'il ne partage pas, et c'est pour cela même qu'il la publie. Ce qu'on y «■ dit de Locke et des idées innées mériterait surtout un long examen. Mais « ce qu'on y ajoute sur l'opinion des Anglais, à l'égard de ce même Locke, « est de toute vérité. De plus. M™*' de Staël est traitée avec tous les égards « qu'elle mérite, et c'est la dernière fois qu'il en sera question dans ce « journal. »

2. M. de Fontanes avait fait trois extraits d'une excellente critique sur la première édition de l'ouvrage de madame de Staël. — C. Note ajoutée au moment de la réimpression.

lâché d'expliquer le mot sur lequel roule tout le système. Hélas ! il serait fort doux de croire que nous nous perfectionnons d âge en âge, et que le fils est toujours meilleur que son père. Si quelque chose pouvait prouver cette excellence du cœur humain, ce serait de voir que madame de Staël a trouvé le principe de cette illusion dans son propre cœur. Toutefois, j'ai peur que cette dame, qui se plaint si souvent des hommes en vantant leur perfectibilité, ne soit comme ces prêtres, qui ne croient point à l'idole dont ils encensent les autels.

Je vous dirai aussi, mon cher ami, qu'il me semble tout à fait indigne d'une femme du mérite de l'auteur d'avoir cherché à vous répondre en élevant des doutes sur vos opinions politiques. Et que font ces prétendues opinions à une querelle purement littéraire ? Ne pourrait-on pas rétorquer l'argument contre madame de Staël, et lui dire qu'elle a bien l'air de ne pas aimer le gouvernement actuel^, et de regretter les jours d'une plus grande liberté! Madame de Staël était trop au-dessus de ces moyens pour les employer. -

A présent, mon cher ami^ il faut que je vous dise ma façon de penser sur ce nouveau cours de littérature ; mais en combattant le système qu'il renferme, je vous paraîtrai peut-être aussi déraisonnable que mon adversaire. Vous n'ignorez pas que ma folie est de voir Jésus-Christ partout, comme madame de Staël la perfectibilité. J'ai le malheur de croire, avec Pascal^ que la religion chrétienne a seule exprimé le problème de l'homme. Vous voyez que je commence par me mettre à l'abri sous un grand nom afin que vous épargniez un peu mes idées étroites et ma superstition antiphilosophique. Au reste, je m'enhardis en songeant avec quelle indulgence vous avez déjà annoncé mon ouvrage;^ mais

1. Le consulat, en 1801. — C. Note ajoutée au moment de la réimpression.

2. En réimprimant sa lettre, Chateaubriand a supprimé la phrase suivante :

« Elle devait les laisser à ces hommes qui, par esprit de philanthropie, « préparent de loin la route de Cayenne à certains auteurs, si le bon temps « revient jamais. »

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