‹ Correspondance généraleChapitre 123 sur 181 · Catalogue Charavay. — Pailhès Chateaubriand, p · texte numérisé non relu

Catalogue Charavay. — Pailhès Chateaubriand, p

— :i53 — 186 4 mars 1811.

Malte-Brun.]

Lundi 4 mars 1811.

Je viens de lire, Monsieur, votre excellent article : il vous fera beaucoup d'honneur. Je vous remercie pour mon compte et •du plaisir que j'ai eu à vous lire et du bien que vous avez bien voulu dire de moi dans cet article. J'aurois désiré que les deux mots génie de la France n'eussent pas été soulignés parce qu'ils ne le sont pas dans l'original ; mais c'est un petit malheur. Croyez, Monsieur, à ma reconnoîssance sincère, et à mon entier ■dévouement. Toutes les personnes qui ont lu votre article en sont ■enchantées. Veuillez remercier pour moi M. Etienne. M. Dussault a eu la bonté de dire deux motsdel'/^meVaire dans un article qui a précédé le vôtre, et je lui en suis infiniment obligé. Votre affectionné et dévoué serviteur,

i)K Chateaubriand. '

i87 29 avril 1811.

Au président de la Deuxième Classe de l'Institut.

Monsieur le Président,

Mes affaires et le mauvais état de ma santé ne me permettant pas de me livrer au travail, il m'est impossible, dans ce moment.

1. Orig. autog. Collection de Madame Victor Kgger. — Pailhès Châteaubriandf p. 4*72.

de fixer l'époque à laquelle je désirerai avoir l'honneur d'être reçu à l'Académie.

Je suis avec respect, etc..

De Chateaubriand. ^

488 [Avril 1811.]

A Daru.

Monsieur le Ministre,

La seconde classe de l'Institut a rejeté, aune grande majorité,, le discours que j'avais composé, pour ma réception à l'Académie.

J'aurais quelques droits de me plaindre, mais, oubliant le nouveau désagrément qu'on a cru me faire éprouver, je viens me mettre à l'abri, sous votre protection.

MM. de Ségur, de Fontanes, Segond, et quelques autres ont pensé que mon discours était nuisible pour moi, pour la mémoire de M. de Ghénier, pour l'Académie me faisant l'honneur de m'ad-^ mettre dans son sein.

Des éloges d'une gloire éclatante s'y trouvaient mêlés à de& opinions libres et généreuses.

Ces éloges pouvaient donc avoir quelque prix, car on voyait qu'ils ne partaient pas d'une âme rivale. Chose étrange ! Un discours, où je cherchais à relever la dignité des gens de lettres,, est repoussé par eux.

On ne manquera pas, pour excuser un acte violent, d'empoisonner mes paroles, de les représenter comme tendant à réveiller des souvenirs dangereux et des paroles qu'il faut éteindre, tandis que, dans la vérité, rien de plus modéré, de plus indulgent

1. Villemain Chateaubriand, p. 4S5. — Mémoires d'Outre- Tombe éd, Biré, III, 556.

n'a jamais été écrit sur un sujet aussi dangereux en lui-même.

Je vais jusqu'à excuser les opinions de M. de Ghénier, jusqu'à le venger de terribles calomnies dont il a été la victime, jusqu'à confondre, dans les mêmes regrets et la même douleur, les cendres de son frère avec les cendres de mon frère.

Je devais, à la vérité, un mot de la mort de Louis XVI, mais, en mêlant à ce triste souvenir celui de chaudes marques de regret, je me suis mis, monsieur le Ministre, dans une position étrange. Le mal est sans remède, car je ne puis prononcer le discours que j'ai écrit, et l'honneur me défend d'en composer un autre.

La mémoire de M. de Ghénier ne m'est pas assez chère, pour que je sacrifie mes principes, et jamais je n'achèterai mon repos aux dépens de ma considération politique.

Je viens exposer la pure vérité : mon discours respire l'indépendance. J'ai pensé que des sentiments élevés, noblement exprimés au pied d'un grand homme, ne pouvaient que m'attirer son estime.

11 est toujours aisé de satisfaire quelqu'un qui ne désire qu'une retraite honorable, l'oubli et la paix.

Veuillez agréer, etc.

Vicomte René de Chateaubriand. *

i89 lOmailSil.

A Frisell.

J'ai reçu votre lettre, mon cher ami, datée de la ville où j'aimerais le mieux vivre et mourir. Je suis bien aise que vous ayez reçu la même impression que moi de cette belle Italie. Quel

1. Ilerpin Les Tiroirs de Chateaubriand {Mercure de France, 16 mars 1911).

soleil ! Quelle lumière! Quels souvenirs ! Combien nous sommes barbares en deçà des Alpes! Si j'étais riche et que je pusse voyager à mon aise, l'Italie me verrait tous les deux ans et peut être finirais-je par me fixer au milieu des ruines de Rome. Mais je deviens vieux ; je n'ai pas un sou, et, ne pouvant plus parcourir le monde, je ne cherche plus qu'à le quitter. 11 faut faire une fin et je vous attends pour savoir si c'est la Trappe ou la rivière qui doit finir la tragi-comédie.

\J Itinéraire a réussi. Dieu sait pourquoi ! Les Martyrs sont un ouvrage fort supérieur à V Itinéraire ; mais, cette fois, il n'y a pas eu d'ordres et les choses ont suivi leur cours naturel. Depuis ce temps, il s'est passé bien des choses: vous me trouverez à la campagne comblé de gloire et d'humiliations, d'honneur et d'affronts. Je suis le sage d'Horace : Rex denique regum.

Revenez bien vite. Ne vous arrêtez pas trop sur votre route et venez cet automne chasser avec moi et me conter l'Italie. Madame de Chateaubriand a reçu votre lettre et vous en remercie. Elle vous attend avec impatience ; Joubert arrive, M. de Bonald est ici. Tous vos amis vous embrassent. J'ai vu, l'autre jour, Mademoiselle Honorine de Chastenay, nous avons bien parlé de vous.

For ever

Y ours

Chateaubriand.

Val-du-Loup, près d'Aunay, le 10 mai 1811. ^

1. Archives de M"^^ A. Bartholoni. — Bardoux Madame de Custine^ p. 349. — Pailhès Chateaubriand, p. 490.

— 257 ~ i90 21 mai 1811

Monsieur

Presque étranger à la lecture des journaux, j'ai le malheur de n'avoir point vu les morceaux de votre poème de Joseph dans le Mercure et dans le Moniteur. Je ne doute point que vos vers ne soient dignes du beau sujet que vous avez choisi, et Vous m'honorez beaucoup en prenant dans mes ouvrages tout ce qui peut convenir aux notes dé votre poème. Je vous remercie infiniment des éloges que vous voulez bien me donner et que je dois sans doute à votre indulgence. Je vous prie d'agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

DE Chateaubriand. -

191 [Été 1811.]

A la duchesse de Duras.

Quelle folie, chère sœur! madame de Mouchy sait que je l'aime, que rien ne peut me détacher d'elle. Je n'aurais à lui reprocher que quelques injustices qui tenaient à la délicatesse de son attachement et de ne m'avoir pas toujours cru assez sincère, mais moi, n'ai-je pas mille défauts? Et quelles amitiés ont été d'intelligence sur tous les points et n'ont pas été exposées à quelques orages? Sûre ainsi de moi, madame de Mouchy ne me défend ni

i. Les « morceaux » du poème de Joseph donnés dans le Mercure du 16 avril 1808 et dans le Moniteur du 13 juin 1808 sont signés G. A. 2. Anatole Le Braz Au Pays d'exil de Chateaubriand , p. 32.

Correspondance de Chateaubriand . T. I. 17

de vous voir, ni de vous écrire, ni même d aller à Ussé, avec ou sans elle. Si elle me le commandait, sans doute elle serait aussitôt obéie, comme je vous l'ai dit cent fois. Vous ne le trouvez pas mauvais. Vous m'en estimez davantage; cela vous apprend à compter sur moi. Je sens véritablement le prix de l'estime et de l'amitié que vous daignez m'accorder. Je ne les dédaigne pas; je les reçois avec une reconnaissance infinie. Je vous promets en retour cette amitié de frère que vous êtes assez bonne 'pour me demander. Croyez que je ne manque pas de parole dans toutes les choses sérieuses de ma vie. Si vous vouliez être ma véritable sœur je voudrais être aussi votre véritable frère. Vos sentiments élevés, la chaleur de vos attachements me font croire que je serais un frère très heureux, et qui s'entendrait à merveille avec vous. C'est madame de Mouchy qui a inspiré V Ahencerage ; je suis charmé qu'il vous plaise autant. Tous les sentiments en sont dignes de vous.

Your brother, Val-du-Loup, dimanche. *

19'2 28 juillet 1811.

A Caroline de Bédée. ^

Tout ce que tu voudras, ma chère Caroline. Donne-moi, si tu peux, 1500 livres, et je te tiens quitte de tout. J'a\ais presque espéré te voir cet automne, mais je crains bien d'être encore obligé de remettre à l'année prochaine mon voyage en Bretagne. J'ai pourtant une extrême envie de revoir encore une fois, avant de mourir, les lieux où j'ai passé mon enfance; et ce qui reste de ma famille n'entre pas pour peu de chose dans ce souhait. Il

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