Orig. aut. — Pailhès Chateaubriand, p
augmente en vieillissant. Je crois sentir que je deviens le meilleur homme de la terre. Je radote un peu, mes cheveux blanchissent, et bientôt on me mènera par le bout du nez, où l'on voudra. Que dites-vous de ma tragédie? Ne vous ai-je pas mandé cent fois que j'en faisais une, qu*elle s'appelait Moïse au mont Sinaï, et que j'en avais deux actes complets? J'ajouterai que je crois ces deux actes excellents. 11 faut bie^ quelquefois que je me vante ; mais d'ailleurs, soyez tranquille, si ma tragédie n'est pas un chefd'œuvre, si elle ne me place pas au premier rang, je la jetterai au feu sans hésiter, puisque, après tout, ce n est pas là que f ai placé ma gloire. Vous voilà rassurée. Au reste j'ai fait des vers vingt ans de ma vie, avant d'avoir écrit une ligne de prose. Ainsi je ne suis pas à mon coup d'essai quant à l'instrument ; mais c'est une terrible œuvre que celle où il faut faire marcher de front l'intérêt dramatique, le caractère, les passions et le style. Je ne me doutais pas de la pesanteur du fardeau, avant d'avoir essayé de le soulever.' Dans huit mois d'un travail continuel, je n'ai pu mettre debout que deux actes. Nos tragiques modernes vont plus vite en besogne. Vous demanderez, à présent, comment il y a une tragédie dans Moïse au mont Sinaï. C'est là mon secret. Vous verrez cela cet hiver. Chère sœur, c'est demain le jour des Morts. Priez pour tous les parents que j'ai perdus, comme je prie pour les vôtres ! Mille tendresses ! *
W9 17 novembre 1812.
A M. de Pommereul.
Monsieur le Baron On s'est permis de publier des morceaux d'un ouvrage dont je suis l'auteur. Je juge d'après cela que vous ne verrez aucun inconvénient à laisser paraître l'ouvrage tout entier.