‹ Correspondance généraleChapitre 149 sur 181 · Pallain op. cit. , p. 472, note · texte numérisé non relu

Pallain op. cit. , p. 472, note

'2SS 3 juin 1815.

A Frisell

Gand, 3 juin 1815,

Je voulais tous les jours vous écrire, mon cher ami, mj^is je n'ai pas un moment à moi. Ma femme a été très malade, et c'est encore assez pour m'inquiéter, puis j'ai eu beaucoup de travail et d'ennuis de toute espèce ; il n'y a que mon amour pour la France et pour le roi qui ait pu m'engager à les servir dans ce moment. Mais il faut que cela finisse, car je suis un peu las ; au reste, quant à ma position politique, vous savez que je suis dans le conseil du roi, mais jusqu'ici sans titre et sans position déterminée ; j'ai seulement ordre de parler au roi de Vintërieur; cela veut-il dire que si nous retrouvons jamais un intérieur, on me chargera de ce ministère? Je n'en sais rien et je ne le crois pas. On attend M. de Talleyrand cette semaine, c'est lui qui doit tout régler ; ce qu'il y a de certain, c'est que je suivrai son sort.

Je suis bien noir, mon cher ami, et si vous étiez ici vous en verriez bientôt la cause ; si nous ne prenons pas garde, nous périssons sans retour. L'Autriche m'a offert une retraite et une existence honorable; cela sera ma dernière ressource en cas d'événements. J'irai mourir à Rome et peut-être je vous y verrai. Je suis charmé que vous travailliez ; vous êtes le seul Anglais qui connaisse bien la France et vous aurez très certainement un grand succès. ^ Si nous prospérons, vous savez combien je vous suis tout dévoué.

J'ai vu toute l'histoire de la réimpression de mes Essais : d'abord cela m'a un peu fâché, j'ai donné ordre de poursuivre, puis j'ai pris le parti de laisser tout là ; désormais les chicanes littéraires ne me peuvent plus rien, et elles tombent d'elles-mêmes.

Les hostilités ne commencent pas avant la fin du mois, époque

1. C'est alors que M. Frisell écrivait son livre sur la Constitution de r Angleterre.

Correspondance de Chateaubriand . T. I. 19

à laquelle les Russes seront en ligne ; ce retard augmentera encore les difficultés et cela fera encore du mal à la France ! Bonjour, mon cher ami, écrivez-moi, et croyez que je vous suis tendrement attaché .

DE Chateaubriand. ^

S39 3 août 1815.

Au Ministre de la Justice.

Paris, 3 août 1815.

Il accuse réception de sa nomination à la présidence du collège électoral du Loiret. *

!2W 7 août 1815.

Aux électeurs du Loiret. -^

Paris, le 7 août 1815.

Monsieur, Vous savez sans doute que la Chambre des Députés a été dissoute par une Ordonnance du Roi, en date du 13 juillet de cette année, et que, par la même Ordonnance, les Collèges électoraux sont convoqués.

Le Roi, Monsieur, m' ayant fait l'honneur de me nommer pré-

1. M.-J. F rsiser Un ami de Chateaubriand [Le Correspondant, 25 septembre 1897, p. 1072).

2. Fiche d'un catalogue d'autographes ; communiquée par le vicomte Spoelberch de Lovenjoul.

3. Cette lettre circulaire fut adressée à chacun des électeurs du Loiret.

sident du Collège électoral du département du Loiret, je m'empre sse de vous adresser cette lettre, pour vous inviter à vous rendre à Orléans, le vingt-deuxième jour du présent mois d'août, jour de l'ouverture des Collèges électoraux de Département.

Dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, il est important. Monsieur, pour l'honneur et le salut de la France, que le choix des Electeurs tombe sur des hommes graves et prudents, iidèles à leur Roi, dévoués à leur pays, instruits des lois du Royaume, attachés à ces principes de morale qui sont la base de tout ordre politique, et sans lesquels il n'y a point d'institutions •durables. Vous vous empresserez donc, Monsieur, de concourir .à un but si utile ; une partie des embarras qui sembleraient devoir T^ous retenir dans vos foyers, ne peut disparaître que par la réunion des deux Chambres ; ainsi, vos intérêts particuliers, autant <jue l'intérêt général de la patrie, exigent impérieusement votre présence à l'Assemblée du Collège électoral.

J'ai l'honneur d'être, avec une haute considération, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Le Ministre d'Etat, ambassadeur de S.M.T.C. à la Cour de Suède, Pt du Coll. élect. du Dépt du Loiret,

Vicomte de Chateaubriand. ^

^4i 14 août [I8I0].

Ai^la duchesse de Duras.

Orléans, 14 août.

Voici quelque chose d'important pour moi : le préfet est à Paris •et revient demain. 11 m'a laissé une lettre pour m'apprendre

1, Mémoires d' Outre-Tombe, t. IV, p. 130.

qu'il se met sur les rangs pour être élu. Il résulterait de là qu'il) n'est pas porté par un collège d'arrondissement; lui et moi,, nous enlèverions au département ses deux places de députés, ce qui ne peut guère convenir à la ville. Cette concurrence devien^ drait fâcheuse, et nous nous nuirions mutuellement, je lui proposerai un arrangement qui pourra obviera tout, s'il réussit. ^

'24^ 14 août 1815.

A Frisell.

14 août 1815.

J'ai reçu votre lettre, mon cher ami. M™® de Castellane^ a dû vous dire combien nous étions occupés de vous. Croyez-vous que, après les eaux, votre petite ne pût être ramenée ici, ou en Normandie, du côté de Harfleur où l'air est si doux et le climat si tempéré ; vous seriez en pays civilisé et près de nous : ce parti en vaut bien un autre et serait très sage ; vous voyez qu'il fait tout aussi mauvais temps dans le Midi que dans le Nord, et l'air de l'Océan est la seule bonne chose aux enfants. Du côté de Caenou de Honfleur, le climat est doux, et en Bretagne aussi, mais la propreté et le confort de la vie vous manqueraient. Puisque leseaux ont réussi, vous pouvez avoir de raisonnables espérances, et vous y retournerez l'année prochaine. Vous êtes bien éprouvé, mon cher ami, et je vous plains de toute mon âme ; ma position n'est guère meilleure que la vôtre, et devient pire chaque jour ; je travaille et, dès que je pourrai redevenir indépendant, je prendrai un grand parti, je veux finir mes jours en paix. Ma femme vous a écrit deux fois, une fois à Bordeaux, une fois à Pau, poste

r 1. Bardoux La duchesse de Duras, p. 183.

2. Femme du maréchal dont elle eut plusieurs enfants : la seule survi— vante aujourd'hui est M'^^ la comtesse de Beaulaincourt.

restante. Revenez donc, mon cher ami, ou, du moins, rapprochez-vous de nous, je vous embrasse tendrement.

DE Chateaubriand. *

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