‹ Correspondance généraleChapitre 178 sur 181 · De Buonaparle et des Bourbons^ mars · texte numérisé non relu

De Buonaparle et des Bourbons^ mars

2. Collection de Madame Victor Egger. — La signature seule est auto- «j'raphe.

sans doute il aura oublié cette affaire, je désire de tout mon cœur que mon ouvrage sur Bonaparte soit répandu puisqu'il fait du bien, mais en même temps, Monsieur, je ne suis point du tout dans le cas de négliger mes intérêts, quand ils sont d'accord avec mes devoirs. La révolution m'a tout enlevé, j'ai tout refusé de Bonaparte et je n'ai pour vivre honorablement que le produit de mes ouvrages. Je vous prie donc, Monsieur, [d'agir en conséquence contre le libraire et l'Imprimeur contrefacteur et débiteur de mon ouvrage sur Bonaparte et les Bourbons.

Si ces messieurs avaient eu des intentions si pures, n'auraientils pas du m'écrire comme Ballanche ^ mon libraire de Lyon, et je me serais arrangé avec eux. D'ailleurs je ne suis point absolument le maître, l'imprimeur de Paris a des droits qu'il va sûrement faire valoir, et quand je ne le voudrais moi-même, il va poursuivre l'imprimeur de Dijon.

Agréez encore. Monsieur, tous mes remercîments pour les choses obligeantes que vous me dites sur mes ouvrages. Je suis charmé qu'ils aient le bonheur de vous plaire et encore plus heureux des sentiments qu'ils vous inspirent.

J'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

DE GhaTEAUBRIATS'D.

Monsieur Monsieur G. Pcignot Inspecteur de i imprimerie et de la Uhrawie

à Dijon Côte dor-

1. Pierre-Simon Ballanche (1778-1847), de l'Académie française.

2. Marquis de Granges de Surgères Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand, p. 26. — (Nous donnions déjà, p. 253, un extrait de cette lettre, d'après un catalogue d'autographes.)

^29 [Automne 1814.]

A la duchesse de Duras.

/Vous voila encore dans ma Vallée. Pourquoi l'ai-je quittée ? Hier, en arrivant, j'ai cru que je mourrois de tristesse, en regardant les coteaux et la cime des arbres déjà à demi dépouillés. Voila qu'il me passa par la tête tout ce que j'avois fait et senti ici : je songeois à ces longs jours qui s'écouloient dans l'espoir d'aller voir un moment Natalie, seule aussi dans sa belle vallée. Combien de fois mon imagination avoit franchi les bois pour voyager toujours sur le même chemin ! Je me voyois partant, revenant, allant m'enfermer dans la tour, pour rêver à elle et aux Martyrs, persécuté par le tyran, glorieux de sa haine, rêvant de grands ouvrages au milieu des menaces, amoureux, inspiré, malheureux et content. Aujourd'hui ambassadeur en Suède ! La belle lin ! Quitter tout, travail, songes et le reste ! Pauvre vallée ! Quand reviendrai-je ? Peut-être jamais. Que je suis vieux ! Que tout cela est loin de moi ! Je ne vis plus ; ce qui me reste n'en vaut pas la peine. J'aurois dû mourir le jour de l'entrée du Roi à Paris.

Au milieu de tout cela j'ai travaillé aujourd'hui au second acte de Moyse. Je suis content ; Arzane sera un vrai démon. Si je puis avoir huit jours seul à moi, Moyse sera enfin terminé. J« ne vous invite donc à venir, chère sœur, que la semaine prochaine. Voici en attendant toutes mes commissions : écrivez-moi ; ditesmoi si M. de L... est parti, ce qui se passe, etc..

Savez-vous qu'en fesant mon compte, j'ai trouvé que sur mes 33.000 francs, 20 déjà étoient employés en argenterie, en linge, carrosses, porcelaines etc. ; et certes pour cette somme, je ne suis pas magnifique. 11 ne me reste donc que 13 mille francs pour vivre et aller à Stockholm. Gela est impossible. Il faut que le Roi m'accorde une gratification (il est devenu si riche depuis le Rudget) ou que je vende l'Abencerrage. Usez donc de votre crédit et faites moi donner 100.000 francs.

Voici une autre petite affaire : Le Buisson de Verrières est un bois de chasses, qui dépend de Versailles, et entre dans la dépendance du Ministre de la Maison du Roi. Demandez à M. de Blacas une permission pour faire prendre de la terre de bruyère dans le bois. Pour éviter les longueurs faites vous même cette permission, et présentez la à signer à M. de Blacas. Il ne vous refusera pas ; vous pouvez tout ce que vous voulez. Bonjour, très chère sœur : mon amitié pour vous compte déjà bien des années et elle durera autant que ma vie.

Dimanche soir. ^

16 août [1813].

A la duchesse de Duras.

^43 16 août.

Ecoutez bien ceci, chère sœur. Nos collèges d'arrondissement ont fini leurs opérations. Les choix sont excellents partout. Le collège d'arrondissement d'Orléans envoie une députation au Roi ; cette députation est présidée par M. Miron, président luimême du tribunal civil, et qui a refusé de faire le serment à Buonaparte: il est élu candidat, et il en est digne. Ces braves gens craignent que le ministère refuse de les présenter au roi sous prétexte qu'ils ne sont que les députés d'un collège (V arrondissement. 11 s'agit donc, si on le refuse, de leur faire obtenir une audience particulière comme simples citoyens pour qu'ils aient le plaisir de prononcer le discours bien énergique qu'ils m'ont montré et de crier : « Vive le roi !» à la barbe de F...^ Je les

1. Lettre incomplètement publiée par nous, p. 283, d'après Bardoux La duchesse de Duras, p. 170. — Texte complété sur l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

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