Sic
nisme ; je serai de retour à Paris vers le 20 de novembre et j'espère y trouver votre réponse.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Chateaubriand.
Voici mon adresse :
Au G" Chateaubriand, rue St-Honoré, n** 80, près de la rue Neuve du Luxembourg, à Paris, France.
Paris, ce 17 octobre 1802.
Au Rév. Bence Sparrow, à Beccles Comté de Suffolk
Angleterre par Calais département du Pas-de-Calais. *
44 6 novembre 1802.
A Fontanes.
Avignon. Samedi 6 novembre 1802.
Si l'on ne contrefait que les bons ouvrages, mon cher ami, je dois être content ; j'ai saisi cinq contrefaçons d'Atala, et une du Génie du Chr. La dernière étoit l'importante. Je me suis arrangé avec le libraire; il me paye les frais de mon voyage, me donne de plus un certain nombre d'exemplaires de son édition, qui est en quatre volumes et plus correcte que la mienne, et moi je légitime mon bâtard, et le reconnois comme seconde édition. Je vous avoue que je suis confondu de la manière dont j'ai été reçu partout ; tout retentit de ma gloire, les papiers de Lyon etc, les sociétés, les préfectures ; on annonce mon passage comme celui d'un personnage important. Si j'avois écrit un livre philosophique
l. Le Braz, Au Pays d'exil de Chateaubriand, p. 58.
croyez-vous que mon nom fût même connu? Non ; j'ai consolé quelques malheureux^ j'ai rappelé des principes chers à tous les cœurs dans le fonds des provinces. On ne juge pas ici mes talents, mais mes opinions. On me sait gré de tout ce que j'ai dit, de tout ce que je n'ai pas dit, et les honnêtes gens me reçoivent comme le défenseur de leurs propres sentimens, de leurs propres idées. Il n'y a pas de chagrin, pas de travail, que cela ne doive payer. Le plaisir que j'éprouve est, je vous assure, indépendant de tout amour propre ; c'est V homme et non V auteur qui est touché.
J'ai vu Lyon ; je vous en parlerai à loisir; c'est je crois la ville que j'aime le mieux au monde. Quel beau et bon pays ! j'ai vu tout le cours du Rhône, Vienne, Tain, Valence, Avignon où je suis, et d'où je pars demain pour Marseille. Je reviens par Nîmes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Tours. J'aurai vu toute la France. Mais ce n'est pas aussi rapidement que je voudrois la voir ; j'ai un dernier projet : si on ne fait rien de moi, ce qui est très probable, je proposerai à votre grand ami de me faire faire le voyage de France en détail ; il me donnera un peintre et nous aurons un ouvrage complet sur le vaste empire, dont il n'existe pas une description passable. Cet ouvrage a manqué au siècle de Louis quatorze ; j'en ai tous les plans et toutes les parties dans la tête. S'il réussissoit, comme il y u quelque raison de le croire, il rembourseroit Lucien de ses frais, en cas qu'il ne voulut pas me les abandonner, et lui feroit honneur, même dans l'avenir, si l'ouvrage étoit de nature à me survivre. On est bien bon d'aller courir si loin, quand on a un pareil pays à sa porte. Le voyage pourroit durer trois ans, et ne coûteroitpas soixante mille francs.
J'arrive de Vaucluse ; je vous dirai ce que c'est. Cela vaut sa réputation. Quant à Laure la bégueule et Pétrarque le bel esprit, ils m'ont gâté la fontaine. J'ai pensé m'y casser le cou en voulant grimper sur une montagne où les voyageurs ne vont jamais, et où le guide a refusé de me suivre, j'en suis venu à mon honneur, mais non sans danger. Il faut que je renonce désor-
mais à ces expéditions; j'ai encore comme certains vieux chevaux de l'ardeur, mais les jambes se refusent. Adieu, mon cher ami, je compte vous embrasser le 1®' décembre. Remerciez votre femme de la lettre qu'elle m'avait donnée pour Lyon. M. Bellecise étoit à la campagne, mais sa sœur m'a reçu admirablement. N'oubliez pas de présenter mes respects à toute la Cour. Allez vous quelquefois rue Neuve du Luxembourg ? Si le petit Guénau est à Paris, dites lui im million de choses aimables. J'ai fait passer à Bertin l'article sur Bonald.
A M. de Fontanes à Paris. ^
45 27 novembre 1802.
A ChênedoUé.
Fougères, ce samedi 27 novembre 1802.
Me voici au rendez-vous, mon cher ami, un peu plus tard que je ne l'avois dit ; mais il est bien difficile de ne pas se tromper de quelques jours sur une route de six cents lieues.
Je vous envoie un exprès ; je vous propose deux choses :
Ou d'aller vous prendre ou de vous recevoir ici. Si vous voulez que je passe chez vous, j'y serai vendredi prochain 3 décembre ou 12 frimaire. Nous continuerons notre route par la Normandie ; le chemin sera plus long.
Si vous venez me chercher, je vous prie d'être le même vendredi, 3 décembre, à Fougères. Nous irons à Paris par Mayenne. Notre chemin sera plus court.
Je ne puis que vous répéter que votre présence est absolument nécessaire à Paris, si vous désirez occuper une place ; rester à
l.Pailhès Chateaubriand, p. 109 — Vérifié sur l'original autographe de la collection J. Marsan à Toulouse, par M. Marsan lui-même.
Vire, c'est vous enterrer tout vif. Je vous embrasse tendrement, en attendant votre réponse. Je loge hôtel Marigny, rue Derrière, à Fougères.
Votre meilleur ami,
Chateaubriand. ^
46 Paris, il décembre 1802.
Au révérend Bence Sparrow.
Il est de retour à Paris après un voyage de plus de 600 lieues. Il s'inquiète de payer ses dettes :« Veuillez, je vous prie... m'informer de la somme que je puis devoir à vous ou à toute autre personne de Beccles... » Il est très occupé de ses nouvelles éditions [Atala et le Génie du Christianisme) qui vont paraître avec des gravures magnifiques faites par les meilleurs artistes. 11 parle aussi de deux traductions anglaises d^ Atala, qu'on vient de lui envoyer et dont il juge la valeur littéraire. Il ajoute : « On me comble toujours de louanges et on me berce d'espérances ; je mérite peu les premières, et je sais trop ce que valent les secondes. »-
i7 12 décembre 1802.
A Madame de Staël.
Le 21 frimaire-12 décembre 1802.
J'ai reçu votre dernière lettre (adressée à Paris) à Marseille. Je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à mes intérêts. Si
1. Sainte-Beuve, étude sur ChênedoUé dans Chateaubriand et son f/roupe, tome II, page 197.
2. Catal. Eug. Charavay, 20 mars 1890, n® 22 ; Catalogue Crepet (Et. Charavay), 16 mai 1890, n» 41.
vous aviez la bonté de me faire passer le nom et l'adresse du libraire qui désire quelques exemplaires de mon ouvrage, je vous en serais très obligé.
Votre livre va paraître, vous allez être exposée à un violent orage. Vous m'avez ôté le moyen de vous servir efficacement en refusant de faire l'extrait de mon livre l'année dernière dans la Bibliothèque de Pougens. Vous sentez qu'après cela je ne puis parler de votre roman dans \q Mercure. Je tremble que vous tombiez entre des mains ennemies, qui chercheront à vous blesser de toutes les manières. Je vais faire tous mes efforts pour prévenir le malheur. Mais si mon zèle est grand, mon crédit est peu de chose, et je crains bien que la haine et l'esprit de parti l'emportent sur la chaleur de l'amitié. Je vous écris ceci à la hâte, en descendant de voiture, et brisé par un voyage de plus de 600 lieues. Vous verrez ici l'expression fidèle de mes sentimens pour vous, et quoi qu'on puisse vous dire sur ma perfidie et mon caractère (?) dangereux, croyez que je suis le plus franc et le plus reconnaissant des hommes.
Je rouvre ma lettre pour vous dire qu'Eugène m'apporte votre livre. Je jette les yeux sur la préface et j'y suis nommé. ^ Nouvel empêchement à l'extrait. Vous êtes une cruelle femme de me ravir le bonheur de vous être utile. Je vous écrirai bientôt.
A Madame de Staël, à Coppet, par Genève. — Léman.-
1. « On a dit que ce qui avait surtout contribué à la splendeur de la littérature du xvii*^ siècle, c'étaient les opinions religieuses d'alors, et qu'aucun ouvrage d'imagination ne pourrait être distingué sans les mêmes croyances. Un ouvrage dont ses adversaires mêmes doivent admirer Vimagination originale, extraordinaire, éclatante, le u Génie du Christianisme », a fortement soutenu ce système littéraire. » (Préface de Delphine.)