‹ Correspondance généraleChapitre 37 sur 181 · Lucien Bonaparte · texte numérisé non relu

Lucien Bonaparte

4. Sainte-Beuve, Étude sur Chênedollé dans Chateaubriand et son groupe littéraire, tome II, page 195.

qvLÂtala ait pu vous plaire un instant. Quant à mon grand ouvrage ', il est publié depuis quelques mois, et il a eu en France le même succès que le petit roman qui l'a précédé ; ^ on va en donner trois nouvelles éditions à la fois. Les malheurs de toute ma famille, monsieur, et surtout la volonté dernière d une mère mourante m'ont rappelé à des sentimens religieux : je me reproche de les avoir si longtemps négligés. — Au reste, monsieur, je crains qu'on ne vous ait un peu trompé sur ma position. Je n'ai rien retrouvé en France ; tous mes biens étoient vendus. Je ne vis que du produit de mes Ouvrages, à la vérité assez considérable pour me faire exister honnêtement, mais non pas pour me donner rien qui ressemble à une fortune. Je suis si peu riche que je ne puis même faire venir ma femme à Paris. On vous a dit peut-être, monsieur, que j'avois des places dans le gouvernement ? La famille du Consul me traite avec bonté. On a parlé un moment de me donner une place fort agréable à Rome, mais tout cela est en projet : rien de fait, rien de certain. Vous devez croire assez que je ne manque pas d'ennemis : à la fois ancien noble, émigré rentré, religieux, et auteur heureux, voilà assez de motifs de haine, de persécution et d'envie.

Quoiqu'il en soit, monsieur, si j'ai bien compris l'obscurité des dernières phrases de votre lettre, il paraît que je vous suis redevable de quelque chose. J'ai pu oublier la valeur de cette dette, sans oublier votre obligeance au jour de mes malheurs. Veuillez donc me mander sur-le-champ à quoi se monte la somme que je puis vous devoir. Je ferai mon possible pour y satisfaire. J'espère seulement que vous voudrez bien m'accorder quelque temps pour l'acquitter, et que, si je ne puis payer tout à la fois, vous consentirez à recevoir le payement par parties.

Je pars à l'instant pour Avignon, pour tâcher d'y supprimer une contrefaçon de mon dernier ouvrage, le Génie du Christian

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