‹ Correspondance généraleChapitre 48 sur 181 · M"* de Beaumont · texte numérisé non relu

M"* de Beaumont

3. Un article à propos dos nouvelles éditions du Génie du Christianisme; il se trouve dans le Mercure du 23 juillet 1803.

encore aug-mentée depuis l'année dernière. On me cite en chaire comme un père de 1 eg-lise, et, si cela continue, je serai canonisé avant ma mort. — Mon cher ami, je ne prends pas ce voyage comme je devrois le prendre ; je n'y mets nulle ardeur, nul plaisir. Je vieillis ou plutôt je me désenchante, et depuis que j'ai recommencé les jours de voyage, dies peregrinationis, je ne fais que songer au bonheur de la retraite et du repos. Je le sens jusqu'au fond des entrailles, une chaumière et un coin de terre k labourer de mes mains, voilà après quoi je soupire, ce qui est le vœu constant de mon cœur et la seule chose stable que je trouve au fond de mes souhaits et de mes songes.

Si vous m'avez écrit à Turin ou à Milan, je trouverai vos lettres sur ma route. Nous serons encore huit jours ici. Mandez-moi comment vous avez trouvé votre famille. Le voyag-e d'Italie est très-peu cher. 11 y a d'ici à Florence une diligence qui passe par Milan et qui vous rendra à Florence pour cinq louis. On se charge de vos bagages, et on est, dit-on, parfaitement traité. De Florence à Rome, on trouve des cabriolets qui vous mènent en deux ou trois jours à Rome à un prix très-modique. De sorte que vous arrivez au Capitole pour dix louis au plus. Les Lyonnais vont maintenant en Italie aussi facilement qu'à Paris. Ce voyage n'est plus rien. — Bonjour, mon cher ami, je vous aime tendrement et pour la vie. Comptez sur moi, aimez-moi, et croyez que vous n'avez pas au monde d'ami plus fidèle et plus dévoué . Mille choses à tous nos amis. — Ecrivez-moi, je vous écrirai. ^

1. Sainte-Beuve Chênedollé dans Chateaubriand et son groupe, tome 11^ page 199.

r2 [8 juin 1803.]

A Migneret. *

Lyon, 19 prairial.

Je suis encore à Lyon, mon cher Monsieur, et je me hâte de vous prévenir des nouveaux arrangemens que j'ai faits avec Ballanohe. Il va entreprendre une édition in 18 en neuf volumes. Il fera cette édition tandis que vous travaillerez à la vôtre in 8° en quatre volumes avec gravures après la lettre. Il vous enverra, en échange, des exemplaires de son édition pour des exemplaires de la vôtre et vous joindrez son nom à votre édition comme il joindra votre nom à la sienne. Voici l'ordre des éditions.

Celle que vous allez publier en quatre volumes papier fin sans gravures, s'intitulera 3'^™® édition. Les belles éditions papier vélin etc., porteront seulement : Nouvelle édition.

Si la petite édition de Ballanche in 18 paroit ensuite avant votre édition in 8^ avec gravures après la lettre, Ballanche mettra 4ième édition, et vous mettrez 5*^™® sur la vôtre. Si au contraire c'est vous qui devancez Ballanche, vous mettrez 4'^me ^dit. et Ballanche mettra 5'^™^. Si vous paroissez ensemble, l'un ou l'autre mettra à volonté 4'^*™®, et {sic) 5*^™^ édit. J'ai fait quelques changemens pour ces édit. que Ballanche vous communiquera.

Où en sommes-nous de vos éditions actuelles? Vous devez approcher de la fin. Quand espérez-vous mettre en vente? N'oubliez pas toutes mes instructions. Combien vous restent-ils [sic) d'exemplaires de la seconde édition en deux volumes ? Avez-vous expédiez (sic) le paquet pour Avignon et celui pour Lauzanne ? Répondez-moi poste pour poste ici poste restante et j'aurai encore le temps de recevoir votre lettre. Mille tendres compliments à vous et à M**® Migneret. Comment est votre santé ?

Votre ami

DE Chat.

1. On lit en trie de l'original, de la main de Migneret : Répondu le 23 prairial.

Vous recevrez cette lettre samedi. Observez qu'il faut^me répondre dimanche si vous voulez que je reçoive votre lettre. Après cela écrivez-moi à Rome directement et souvent, parla poste.

A Monsieur Migneret libraire Bue du Sépulchre S. G. '28 à Paris. ^

M. Mig-neret vendra des exemplaires de toutes les éditions qu'il a à moi jusqu'au recouvrement total des fonds qu'il a avancés pour les éditions.

Les billets des libraires ou l'argent qu'il recevra au delà des sommes qui lui sont dues seront portés et remis à M. Le Sueur rue des Jeûneurs, chargé de ma procuration.

Lors de la publication des Éditions de Luxe il remettra à M^*^ Bacciochi, sœur du Premier Consul :

Un exemplaire in 4^ cartonné pour le premier Consul ;

Unexempl. in 8** car t. pour M*^*^ Bonaparte ;

Un exempl. in 4^ cart. pour M**^ Baciocchi (sïc) elle-même.

Il remettra de plus :

Un exempl. in i^ à M. de Fontanes ;

Un exempl. in 4** à M'^^ de Beaumont ;

Un exempl. in 4** cart. à M**<^ [de] Marigny à Fougères, dép* d'Ille-et-Villaine ;

Deux exempl. in 8^ à M*^^^ de Caud et [de] Chateaubriand, à Fougères etc.

Il fera en outre un paquet de 7 exemplaires :

4 in 4^ et 3 in 8** cartonnés.

Il enveloppera chaque exemplaire in 4^ séparément.

1. Original autographe. Collection de Madame Victor Egger. — Revue bibliographique, 1839, p. 221. — Bulletin du Bibliophile de janvier 1848. — Pailhès Chateaubriand, p. 128.

2. Original autographe Collection de Madame Victor Egger. — Bulletin du Bibliophile de janvier 1848. — Pailhès Chateaubriand, p. 129.

Sur le premier il mettra :

A l'Empereur de toutes les Russies ;

Sur le second :

A Sa Majesté impériale l'impératrice mère de toutes les Russies;

Sur le troisième :

A Son Altesse impériale, Madame la princesse Héréditaire de Meklenbourg Shwerin, née grande duchesse de Russie ;

Sur le 4'é"^c :

A l'impératrice régnante de toutes les Russies.

Les trois exemplaires in 8° doivent être enveloppés ensemble sous cette adresse : A M*'*' de Krudner à Shwerin en Mecklembourg.

Le tout renfermé dans un seul paquet et adressé à M***' la Comtesse Pauline Néale dame d'honneur de son A. Royale Madame la princesse Louise de Prusse pour M"^de Krudner (à Berlin).

Ce paquet doit être porté à M. Oubril, Conseiller d'Ambassade chez M. de MarkotY ambassadeur de Russie, rue du Condé. 11 faut que M. Migneret accompagne lui-même le paquet chez M. Oubril et qu'il le lui recommande. Tous ces exemplaires seront livrés sans demander d'argent.

Quand M. Migneret aura épuisé totalement la petite édition en deux volumes, il mettra en vente les cinq cents exemplaires sur beau papier sous le titre de troisième édition, mais il n'y mettra aucune gravure à fin de laisser le temps à la grande édition avant la lettre de s'écouler.

Quand M. Migneret verra cette troisième édition prête à être tout à fait écoulée, il commencera une quatrième édition en quatre volumes in 8** interlignés, beau papier, etc. ; il imprimera la défense à la tête du premier volume ; il tirera l'édition à deux mille et y joindra les gravures après la lettre.

Les gravures avant la lettre seront portées chez M. Migneret vers la fin de la semaine prochaine. Elles sont complètement

tirées. Les planches vont être portées au graveur, pour y mettre la lettre ; ensuite elles seront déposées chez M. Migneret. C'est M. Sampierre imprimeur en taille douce, demeurant rue Saint- Jacques, hôtel de Lyon, qui a les gravures et les planches et c'est lui que M. Migneret chargera de tirer 2000 gravures après la lettre en temps et lieu.

73 [9 juin 1803.;

Monsieur,

Je m'empresse de vous remercier de la lettre que vous avez bien voulu m'écrire. Moins je mérite les éloges que vous me donnez, plus je suis sensible à l'honneur que l'Académie de Lyon m'a fait, en m'admettant dans son sein. Je vous supplie, Monsieur, d'être l'interprète de mes sentimens auprès d'elle, et de recevoir en particulier l'assurance de la haute considération, avec laquelle je suis.

Monsieur,

Lyon, 20 prairial an XI.

votre très humble et très obéissant serviteur DE Chateaubriand .

74 [15 juin 1803.]

A Fontanes.

Mercredi 26 prairial an XI.

Je quitte Lyon, mon cher ami, comblé d'amitiés, d'honneurs et presque d'argent. Du moins j'emporte deux cents louis en or,

i. D'après l'original autographe de la Bibliothèque de Lyon. (Palais des Arts;, ms. 275. 1. f° 279.

fruit d'une édition méditée. Les libraires m'auraient donné ce que j'aurais voulu. La belle et excellente protectrice m'a fait écrire; elle est contente de ma lettre ; l'êtes-vous aussi ? Veillez à mes intérêts, mon cher enfant, et encore mieux souvenez-vous de moi comme du plus sincère ami que vous ayez au monde. Dites à M™® B[acciochi] que je lui écrirai de Milan et que je la supplie de me donner de ses nouvelles par son aimable secrétaire.

Embrassez M""® de Fontanes pour moi ; qu'elle se souvienne m'avoir dit, qu'après vous, c'était moi qu'elle préférait. Il y a un peu de plaisanterie là-dedans, mais je fais semblant de le croire, parce que cela me fait plaisir. Ce qu'il y a de certain, c'est que je vous suis tendrement attaché à tous les deux. Mille souvenirs et mille hommages à M. de Vitry. Amitié à Guénau, enfin à tous ceux qui s'intéressent au voyageur.

J'attends votre réponse à Rome.

J'espère que vous avez ma procuration et qu'on vous comptera bientôt des fonds pour moi.

Mille et mille amitiés, joies et espérance.

Je suis à merveille avec le cardinal. Nous avons fait une procession qui a ravi les Lyonnais.

Guénau m'a promis un article pour ma belle édition qui doit être au moment de paraître. Rappelez-lui sa promesse. Je lui ai écrit ; a-t-il reçu ma lettre ?

Malheureusement le Consul sera absent au moment de la publication.

Mille tendres hommages à M™® et à M. de Talaru. *

1. Original autographe à la Bibl. de Genève. — Timbre postal : 30 prairial an XI. — Faillies Chateaubriand, p. 135.

75 17 juin 1803

A Joubert.

Turin, ce 17 juin 1803.

Je n'ai pu vous écrire de Lyon, mon cher ami, comme je vous l'avais promis. Vous savez combien j'aime cette excellente ville, où j'ai été si bien accueilli l'année dernière et encore mieux cette année. J'ai revu les vieilles murailles des Romains, défendues par les braves Lyonnais de nos jours, lorsque les bombes des conventionnels obligeaient notre ami Fontanes à changer de place le berceau de sa fille ; j'ai revul'abbayes des Deux- Amants et la fontaine de J. J. Rousseau. Les coteaux de la Saône sont plus riants et plus pittoresques que jamais ; les barques qui traversent cette douce rivière mitis Arar^ couvertes d'une toile, éclairées d'une lumière pendant la nuit, et conduites par de jeunes femmes, amusent agréablement les yeux. Vous aimez les cloches : venez à Lyon ; tous ces couvents épars sur les collines semblent avoir retrouvé leurs solitaires.

Vous savez déjà que l'iVcadémie de Lyon m'a fait l'honneur de m'admettre au nombre de ses membres. Voici un aveu : si le malin esprit y est pour quelque chose, ne cherchez dans mon orgueil que ce qu'il y a de bon ; vous savez que vous voulez voir l'enfer du beau côté. Le plaisir le plus vif que j'ai éprouvé dans ma vie, c'est d'avoir été honoré, en France et chez l'étranger, des marques d'un intérêt inattendu. Il m'est arrivé quelquefois, tandis que je me reposais dans une méchante auberge de village, de voir entrer un père et une mère avec leur fils : ils m'amenaient, disaient-ils, leur enfant pour me remercier. Etait-ce l'amour-propre qui me donnait alors ce plaisir vif dont je parle ? Qu'importait à ma vanité que ces obscurs et honnêtes gens me témoignassent leur satisfaction sur un grand chemin, dans un lieu où personne ne les entendait ? Ce qui me touchait, c'était, du moins j'ose le croire, c'était d'avoir produit un peu de bien.

d'avoir consolé quelques cœurs afiligés, d'avoir fait renaître au fond des entrailles d'une mère l'espérance d'élever un fils chrétien, c'est-à-dire un fils soumis, respectueux, attaché à ses parents. Je ne sais ce que vaut mon ouvrage ; mais aurais-je goûté cette joie pure si j'eusse écrit avec tout le talent imaginable un livre qui aurait blessé les mœurs et la religion?

Dites à notre petite société, mon cher ami, combien je la regrette : elle a un charme inexprimable, parce qu'on sent que ces personnes qui causent si naturellement de matières communes peuvent traiter les plus hauts sujets, et que cette simplicité de discours ne vient pas d'indigence, mais de choix.

Je quittais Lyon le... à cinq heures du matin. Je ne vous ferai pas l'éloge de cette ville ; ses ruines sont là ; elles parleront à la postérité : tandis que le courage, la loyauté et la religion seront en honneur parmi les hommes, Lyon ne sera point oublié.

Nos amis m'ont fait promettre de leur écrire de la route. J'ai marché trop vite et le temps m'a manqué pour tenir parole. J'ai seulement barbouillé au crayon sur un portefeuille le petit journal que je vous envoie. ^ Vous pourriez trouver dans le livre de postes les noms des pays inconnus que j'ai découverts, comme par exemple, Pont-de-Beauvoisin et Ghambéry ; mais vous m'avez tant répété qu'il fallait des notes et toujours des notes, que nos amis ne pourront se plaindre si je vous prends au mot. -

76 21-23 juin 1803.

A Joubert.

Milan, lundi matin 21 juin 1803.

Je vais toujours commencer ma lettre, mon cher ami, sans savoir quand j'aurai le temps de la finir.

Réparation complète à l'Italie. Vous aurez vu par mon petit

\. Ce journal se trouve dans les Œuvres Complètes {Voyage en Italie). 2. Cette lettre est extraite du Voj/ar/e en Italie. (Œuvres Comp/è/e«).

journal daté de Turin que je n'avais pas été très-frappé de la première vue. L'effet des environs de Turin est beau, mais ils sentent encore la Gaule ; on peut se croire en Normandie, aux montagnes près. Turin est une ville nouvelle, propre, régulière, fort ornée de palais, mais d'un aspect un peu triste.

Mes jugements se sont rectifiés en traversant la Lombardie : l'effet ne se produit pourtant sur le voyageur qu'à la longue. Vous voyez d'abord un pays fort riche dans l'ensemble et vous dites : (( C'est bien ; » mais, quand vous venez à détailler les objets, l'enchantement arrive. Des prairies dont la verdure surpasse la fraîcheur et la finesse des gazons anglais se mêlent à des champs de maïs, de riz et de froment; ceux-ci sont surmontés de vignes qui passent d'un échalas à l'autre, formant des guirlandes au-dessus des moissons : le tout est semé de mûriers, de noyers, d'ormeaux, de saules, de peupliers et arrosé de rivières et de canaux. Dispersés sur ces terrains, des paysans et des paysannes, les pieds nus, un grand chapeau de paille sur la tête, fauchent les prairies, coupent les céréales, chantent, conduisent des attelages de bœufs ou font remonter et descendre des barques sur les courants d'eau. Cette scène se prolonge pendant quarante lieues, en augmentant toujours de richesse jusqu'à Milan, centre du tableau : à droite on aperçoit l'Apennin, à gauche les Alpes.

On voyage très-vite; les chemins sont excellents : les auberges, supérieures à celles de France, valent presque celles de l'Angleterre. Je commence à croire que cette France si policée est un peu barbare. ^

1. Il faut se reporter à Tépoque où cette lettre a été écrite (1803). S'il était si commode de voyager alors dans l'Italie, qui n'était qu'un camp de la France, combien aujourd'hui, dans la plus profonde paix, lorsqu'une multitude de nouveaux chemins ont été ouverts, n'est-il pas plus facile encore de parcourir ce beau pays ! Nous y sommes appelés par tous les vœux. Le Français est un singulier ennemi : on le trouve d'abord un peu insolent, un peu trop gai, un peu trop actif, trop remuant ; il n'est pas plutôt parti qu'on le regrette. Le soldat français se mêle aux travaux de l'hôte chez lequel il est logé ; sa bonne humeur donne la vie et le mouvement à tout ; on s'accoutume à le regarder comme un conscrit de la

Je ne m'étonne plus du dédain que les Italiens ont conservé pour nous autres Transalpins, Visigoths, Gaulois, Germains, Scandinaves, Slaves, Anglo-Normands : notre ciel de plomb, nos villes enfumées, nos villages boueux doivent leur faire horreur. Les villes et les villages ont ici une tout autre apparence : les maisons sont grandes et d'une blancheur éclatante au dehors ; les rues sont larges et souvent traversées de ruisseaux d'eau vive où les femmes lavent leur linge et baignent leurs enfants. Turin et Milan ont la régularité, la propreté, les trottoirs de Londres et l'architecture des plus beaux quartiers de Paris : il y a même des raffinements particuliers ; au milieu des rues, afin que le mouvement de la voiture soit plus doux, on a placé deux rangs de pierres plates sur lesquelles roulent les deux roues : on évite ainsi les inégalités du pavé.

La température est charmante ; encore me dit-on que je ne trouverai le ciel d'Italie qu'au delà de l'Apennin : la grandeur et l'élévation des appartements empêchent de souffrir de la chaleur.

23 juin.

J'ai vu le général Murât; il m'a reçu avec empressement et obligeance; je lui ai remis la lettre de l'excellente madame Bacchiochi. ^ J'ai passé ma journée avec des aides de camp et de jeunes militaires ; on ne peut être plus courtois : l'armée française est toujours la même ; l'honneur est là tout entier.

J'ai dîné en grand gala chez M. de Melzi : il s'agissait d'une fête donnée à l'occasion du baptême de l'enfant du général Murât. M. de Melzi a connu mon malheureux frère : nous en avons parlé longtemps. Le vice-président a des manières fort nobles ; sa maison est celle d'un prince, et d'un prince qui l'aurait tou-

famille. Quant aux chemins et auberges de France, c'est bien pis aujourd'hui qu'en 1803. Nous sommes sous ce rapport, l'Espagne exceptée, audessous de tous les peuples de l'Europe. (Note de Chateaubriand.)

1. Depuis princesse de Lucques, sœur aînée de Buonaparte qui, à cette époque, n'était encore que premier consul. (Note de Chateaubriand.)

jours été. Il m'a traité poliment et froidement, et m'a tout juste trouvé dans des dispositions pareilles aux siennes.

Je ne vous parle point, mon cher ami, des monuments de Milan, et surtout de la cathédrale qu'on achève; le gothique, même de marbre, me semble jurer avec le soleil et les mœurs de l'Italie. Je pars à l'instant; je vous écrirai de Florence ^ et de Rome.»

77 27 juin-3 juillet 1803.

A Joubert.

Rome, 27 juin au soir, en arrivant, 1803.

M'y voilà enfin ! toute ma froideur s'est évanouie. Je suis accablé, persécuté par ce que j'ai vu ; j'ai vu, je crois, ce que personne n'a vu, ce qu'aucun voyageur n'a peint : les sots î les âmes glacées ! les barbares! Quand ils viennent ici, n'ont-ils pas traversé la Toscane, jardin anglais au milieu duquel il y a un temple, c'est-à-dire Florence ? n'ont-ils pas passé en caravane avec les aigles et les sangliers, les solitudes de cette seconde Italie appelée VÉtat romain ? Pourquoi ces créatures voyagentelles? Arrivé comme le soleil se couchait, j'ai trouvé toute la population allant se promener dans l'Arabie déserte à la porte de Rome : quelle ville ! quels souvenirs !

28 juin, onze heures du soir.

J'ai couru tout ce jour, veille de la fête de saint Pierre. J'ai déjà vu le Colisée, le Panthéon, la colonne Trajane, le château Saint- Ange, Saint-Pierre ; que sais-je ! J'ai vu l'illumination et le feu d' artifice qui annonce pour demain la grande cérémonie

1 . Les lettres écrites de Florence ne se sont pas retrouvées. (Note de Chateaubriand.)

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