‹ Correspondance généraleChapitre 50 sur 181 · Voyage en Italie [Œuvres Complètes · texte numérisé non relu

Voyage en Italie [Œuvres Complètes

78 [29 juin 1803.]

A Fontanes.

Rome, 10 messidor an 11.

Mon cher et très cher ami, un mot pour vous annoncer mon arrivée. Tout me réussit. Me voilà déjà logé chez M. Calcault («ic) qui me traite comme son fils. Il est breton. Le secrétaire de légation que je remplace ou que je ne remplace pas (car il n'est pas encore rappelé — sic — (, me trouve le meilleur enfant du monde et nous sommes les meilleurs amis. Je reçois compliments sur compliments de tous les grands du monde, et pour achever cette chance heureuse je tombe à Rome la veille même de la S* Pierre et je vois en arrivant la plus belle fête de l'année, au pied même du trône pontifical.

Venez vite ici, mon cher ami. Toute ma froideur n'a pu tenir contre une chose si étonnante. J'ai la tête troublée de tout ce que je vois : figurez- vous que vous ne savez rien de Rome, que personne ne sait rien, quand on a vu tant de grandeurs, de ruines, de souvenirs. Enfin venez, venez, voilà tout ce que je puis vous dire à présent. Il faut que mes idées se soient un peu rassemblées , avant que je puisse vous tracer V ombre de ce que je vois.

Au reste la place que j'occupe est charmante, rien à faire,. maître de Rome, choyé, prôné, carressé. La seule chose qui va me manquer c'est l'argent. Il me faut une voiture : mon prédécesseur en [a] une ; c'est l'usage. Je vais employer l'argent de ma quatrième édition ; puis j'aurai recours à notre protectrice.

Le ministre va recevoir ma première dépêche. J'ai trouvé une lettre de lui qui m'était directement adressée^ ce qui m'a fait un immortel bonheur vu que toutes les dépêches sont envoyées à l'ambassadeur. Ma réponse est d'environ 48 mots .

Bonjour mon très cher ami, je vous embrasse tendrement. Mille compliments et amitiés à M^® [de] Fontanes, à M. de Vitri, à notre petit Guénau (sic), qui pourtant ne m'a pas répondu. Vous,.

mon cher ami, écrivez-moi si vous voulez que je vous écrive. Soyons en correspondance pour nous instruire de bien des choses.

Au C" Fontanes Membre du Corps législatif rue des Petits Augustins hôtel de la roche foucault France à Paris. '

79 [29 juin 1803.]

A Talleyrand.

Rome, le 10 messidor an XI.

Citoyen Ministre, Je suis arrivé à ma destination le 8 du courant. Monsieur le Cardinal Fesch doit arriver le 16 : je ferai tous mes efforts pour mériter la confiance que le gouvernement a bien voulu m'accorder.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

Chateaubriand.

Le Secrétaire de la légation française à Rome au Citoyen Ministre des relations extérieures. ^

1. Pailhès Chateaubriand^ p. 138. — Original autographe. Collection de M™« Victor Egger.

2. Archives des Affaires étrangères. Dossier Rome 935, fol, 223.

80 [29 juin 1803. J

A Talleyrand.

Rome le 10 messidor an XI.

Citoyen Ministre,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 prairial et celle qui y était jointe pour M. [Vicherat], prêtre des missions étrang'ères ; je me suis empressé de la lui faire remettre.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

Chateaubriand.

Le Secrétaire de la légation française à Rome au Citoyen ministre des affaires extérieures. ^

81 ' [3 juillet 1803.]

A Migneret.

Jeudi 14 messidor.

Je suis enfin à Rome, mon cher Monsieur Migneret, et j'espère qu'au moment où je vous écris notre grande édition a paru. Hâtez-vous de m'en donner des nouvelles, ainsi que de la petite. Où en est la vente de celle-ci? Vous m'avez marqué à Lyon que vous en aviez vendu 700 exemplaires. J'espère que les trois cents autres sont placés. Avez-vous fait ponctuellement tout ce queje voUsavois prié de faire? Avez-vous porté le paquet pour l'Empereur de Russie à M. Oubril avec mes lettres ? Avez-vous remis tous les exemplaires aux diverses personnes auxquelles je vous avois prié d'en donner ou d'en envoyer ? Nous a-t-on

1. Original autographe au Ministère des Affaires Étrangères. Dossier, Rome 935, fol. 227. Pailhès Chateaubriand, p. 141.

annoncés dans les papiers? M. Guénau a-t-il donné son article pour le Mercure ? Voyez M. de Clausel à la Société typographique sur le quai des Augustins, presque vis-à-vis le Pont-Neuf, pour les De'bats et la Gazette de France.

J'attends avec impatience le paquet que vous devez m'envoyer à Rome. L'ouvrage est traduit en italien; il se publie volume par volume. Écrivez-moi tout de suite en réponse à cette lettre et je vous prie en outre de m'écrire régulièrement après toutes les semaines. Je vous écrirai de mon coté, de sorte que nous saurons où nous en sommes, et ce que nous faisons. Adieu, je vous embrasse tendrement; dites mille choses pour moi à M^^ Migneret, et n'oubliez pas de présenter mes hommages à M^® et à M. de Talaru.

Votre sincère ami, Chat.

A M. Migneret^ libraire^ rue du Sëpulchre,n° ^8, F. B. S^-G, France. à Paris. *

8!2 [6 juillet 1803.]

A Fontanes.

Rome, mercredi 17 messidor an XI.

J'ai écrit samedi dernier, mon très cher ami, à notre protectrice, par le courrier de Milan ; mais comme cette poste n'est pas la poste directe, et que souvent les lettres se perdent par cette route, je vais vous répéter ce que je disais à M'"'* B[acciochi].

1. D'après une copie de l'original faisant partie de la collection Marette. Lettre publiée par l'abbé Pailhès Chateaubriand ^ p. 143. Et coUationnée par M. Max Egger sur la copie fournie à l'abbé Pailhès. On lit en tête de l'original de la main de Migneret : Répondu le 2 thermidor.

Il est impossible d'avoir été mieux traité que je ne Tai été sur tout mon passage en Italie. Depuis le général Murât, qui m'a comblé de politesses, jusqu'au Pape, qui m'a reçu comme son fils, je n'ai reçu que des marques d'estime et de bienveillance. Mon ouvrage est entre les mains de tout le monde. Il est traduit, et les cardinaux de Rome, bien moins scrupuleux que nos docteurs de Sorbonne, trouvent que c'est un chef-d'œuvre d'orthodoxie. J'aurai toutes les bulles que je voudrai pour les nouvelles éditions. Lorsque j'ai été présenté au Pape, Sa Sainteté est venue au devant de moi, m'a pris par la main, m'a fait m'asseoir à ses côtés, et m'a dit les choses les plus flatteuses et les plus obligeantes sur mon livre, jusqu'à me citer la page et le volume où Elle en était. J'ai marqué à M""^ B[acciochi] qu'on ne pouvait voir un pontife plus saint, et un prince plus respectable. Il est adoré dans ce pays, et il le mérite : il est sincèrement attaché à la personne du Consul, dont il ne parle qu'avec admiration .

Au reste, je suis très au fait maintenant de ma besogne, qui n'est rien du tout. La société est fort nombreuse ici ; les femmes y sont très belles, et personne ne trouve mauvais qu'on en soit très occupé : le Sacré Collège est très indulgent sur cet article. Je n'ai qu'à me louer de M. Cacault et de M. Artaud, secrétaire de légation, qui m'ont comblé de politesses. Quant à Rome, je travaille déjà sérieusement ; je cours les ruines, je recueille de vieilles inscriptions, etc. Je me propose de remonter le Tibre cet automne, jusqu'à sa source, voyage qui n a pas encore été fait ; il y a bien quelques dangers, mais je ne les compte pas. Je vous invite bien, mon cher ami, à venir voir ce pays des muses; cela est absolument nécessaire à votre poème. Six mois vous suffiront pour tout voir en poète. Mais il faut convenir qu'il y a un grand inconvénient dans ce pays; la peste y règne presque à présent. On ne voit dans cette saison que les officiers funèbres dont parle Horace: Dam ficus prima, calorque designatorem décorai, etc. Attendez donc une autre saison, et laissez des gens inutiles et des solitaires comme moi s'exposer : je ne tiens à rien au monde; si la fièvre m'emporte, personne ne pleurera.

Adieu, mon très cher ami, je vous embrasse du fond de mon cœur. Mille tendres compliments à M™*' de Fontanes, à M. de Vitry, à Guénau (qui ne m'a pas répondu), enfin à tous nos amis. Communiquez cette lettre à notre protectrice dont la santé, j'espère, continue à s'améliorer à mesure que le mal de neuf mois augmente.

Le cardinal est bien, très bien. Nous sommes occupés à recevoir tout Rome. C'est ennuyeux à en mourir.

Mille choses à M"''' de Montardy.

A Monsieur de Fontanes

membre du Corps législatifs

rue des Petits-Augustins, hôtel de La Roche foucault,

(France). à Paris. ^

SS [12 juillet 1803.

A Talleyrand.

23 messidor an XI.

Citoyen Ministre,

Monsieur le cardinal Fesch présente ce soir ses lettres de créance au Pape.

Avant que notre mission fût officiellement reconnue à Rome, je me suis empressé de voir ici toutes les personnes qu'il était honorable de voir.

J'ai été présenté, comme simple particulier et homme de

1. Original autographe à la Bibl. de Genève. — Timbre : Bureau français Rome. — Timbre postal : 3 thermidor an XI. — A côté de la suscription l'adresse suivante a été ajoutée d'une autre main : « M. Devergie, à Lieuvillers, par Saint-Just-en Chaussée. Département de l'Oise. » — Pailhès Chateaubriand, p. 148.

lettres, au Roi et à la Reine de Sardaigne. Leurs Majestés ne m'ont entretenu que d'objets d'art et de littérature. J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

Chateaubriand.

Le C" Chateaubriand^ secrétaire de la légation française à Rome], au ministre des relations extérieures. ^

84 16 juillet 1803.

A Ghênedollé.

Rome, samedi, 17 messidor.

Voici, mon cher ami, Tétat des choses et ce qui nous attend désormais pour l'avenir.

Je ne pourrai pas satisfaire mon cœur ; je ne pourrai pas gagner quelque chose sur V homme ~ dans la position où je me trouve. Loin de vouloir rien entendre, il renvoie quelques malheureux qui étaient rendus ici et qui lui étaient vivement recommandés. Mais mon parti est pris irrévocablement : je ne demeurerai qu'un an ici, jour pour jour. Au bout de cette année, si je ne suis placé d'une manière indépendante, je fais un saut à Athènes, puis je reviens au mois d'octobre ^ m'ensevelir dans une chaumière aux environs de Paris, si je le puis, ou dans quelque province de la France. Si vous voulez alors venir y vivre et y mourir avec moi, je vous offre une durable hospitalité.

1. Archives des Affaires étrangères. Dossier Rome 935, fol. 247. — Comte Frémy Les Débuts Diplomatiques de Chateaubriand {Le Correspondant, 10, 25 septembre et 10 octobre 1893). — Pailhès Chateaubriand, p. 151. — Mémoires d'Outre-Tombe, II, 349, note.

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