Mercure : « de Poussin
devant lequel brûlait une lampe suspendue à la voûte. Un seul homme, qui avait l'air très-malheureux, était prosterné auprès d'un banc ; il priait avec tant de ferveur, qu'il ne leva pas même les yeux sur moi au bruit de mes pas. Je sentis ce que j'ai mille fois éprouvé en entrant dans une église, c'est-à-dire un certain apaisement des troubles du cœur (pour parler comme nos vieilles Bibles), et je ne sais quel dégoût de la terre. Je me mis à genoux à quelque distance de cet homme, et, inspiré par le lieu, je prononçai ' cette prière : « Dieu du voyageur, qui avez voulu que le « pèlerin vous adorât dans cet humble asile bâti sur les ruines du « palais d'un grand de la terre ! Mère de douleur, qui avez établi <( votre culte de miséricorde dans l'héritage de ce Romain infor- « tuné-, mort loin de son pays dans les forêts de la Germanie ! « nous ne sommes ici que deux fidèles prosternés au pied de « votre autel solitaire. Accordez à cet inconnu, si profondément « humilié -^ devant vos grandeurs, tout ce qu'il vous demande ; « faites que les prières de cet homme servent à leur tour à guérir « mes infirmités, afin que ces deux chrétiens qui sont étrangers « l'un à l'autre^, qui nese sont rencontrés qu'un instant dans la vie, « et qui vont se quitter pour ne plus se revoir "^ ici-bas, soient tout « étonnés, en se retrouvant au pied de votre trône, de se devoir <( mutuellement une partie de leur bonheur, par les miracles de « la charité ! »
Quand je viens à regarder, mon cher ami, toutes les feuilles éparses sur ma table'', je suis épouvanté de mon énorme fatras, et j'hésite à vous l'envoyer. Je sens pourtant que je ne vous ai rien dit, que j'ai oublié mille choses que j'aurais dû vous dire. Comment, par exemple, ne vous ai-je pas parlé deTusculum, de Gicéron*,qui, selon Sénèque, c fut le seul génie que le peuple romain