Chédieu de Robelhon op. cit., p
rarement. Voilà qu'au lieu d'aller courir tout autour de Paris, comme je voulais, je reste rue de Miromesnil, sans songer à rien, croyant que mon ménage, qui me coûte douze mille francs par an, ira toujours, quoique je n'aie pas un sou.
Oh l'heureuse vie que celle des habitants de ce monde ! Pour moi, je ne voudrais pas le réformer, il va si bien ! Savez-vous que je ne me soucie guère de votre communion? Je trouve que vous l'avez fait faire trop précipitamment à votre fils. Je parierais qu'il ne sait pas un mot des principes de la religion. Les petites filles en blanc étaient crasseuses, le curé est une bête, tout cela est clair. Tout cela n'est bon que lorsque les enfants ont été longuement et sagement instruits, que quand on leur fait faire leur première communion non par devoir d'usage, mais par religion. Vous faites communier votre fils qui n'observe pas seulement la simple loi du vendredi et qui ne va peut-être pas à la messe le dimanche.
Voilà ce que vous avez gagné à raconter cela à un père de l'église, très indigne sans doute, mais toujours de bonne foi, faisant d'énormes fautes, mais sachant qu'il fait mal et se repentant éternellement.
Adieu, chère, humiliez-vous devant cette folle lettre. Attendez-moi à Fervaques vers la fin de juillet ; écrivez-moi et écrivez k Fouché.
Mille choses aux amis.
A Madame de Custine, au château de Fervaques, par Lisieux, Calvados. *
i. Chédieu de Robethon op. ct7., p. 75.
//7 29 juin [1804].*
A Madame de Custine.
Vous avez bien tort de me prêcher sur mon goût pour mon nouvel ouvrage. Gela ne me dure guères, et j'ai déjà tout laissé là depuis une quinzaine de jours. Pour travailler avec suite et goût, il faut être dans une position sinon très brillante, du moins tranquille ; et ce n'est pas quand on est sans avenir, qu'on travaille pour un avenir qui ne viendra pas. D'ailleurs il faudrait beaucoup de livres, beaucoup d'études, beaucoup de chimèrespour me faire oublier les personnes que j'aime.
Je ne sais encore si on a fait quelque chose pour mon ami ^^ comme on nous l'a promis. 11 est à la campagne, et il ne me paraît pas que sa position soit changée.
Je vous ai donné ma parole d'aller vous voir, et certainement je ferai le voyage, selon toutes les apparences vers la fin du mois de juillet où nous entrons demain. Vous savez que je ne suis, pas libre, et il peut arriver tel accident de route ou d'affaires qui me retarde de huit ou dix jours. Il suffît que je sois sûr de vous voir pour que vous ne m'accusiez pas de mensonge.
Vous voyez par le ton de ce billet que je suis très sérieux et fort triste. Outre les sujets de peine que vous pouvez deviner, j'ai la fièvre depuis deux jours ; cela durera peu ; quelques doses de quinine me remettront sur pied.
Bonjour, chère. Je suis charmé que vous soyez heureuse dans votre bon château, et j'ai grande envie de vous y voir.
Mille choses à nos amis.
Vendredi, 29 juin.
Madame de Custine, au château de Fervaques^ par Lisieux, Calvados. ~