Chédieu de Robethon op. cit., p
as 16 juillet [1804].
A Madame de Custine
Lundi 16 juillet.
Je ne sais si vous ne finirez point par avoir raison, si tous vos noirs pressentiments ne s'accompliront point. Mais je sais que j'ai hésité à vous écrire n'ayant que des choses fort tristes à vous apprendre. Premièrement, les embarras de ma position augmentent tous les jours et je vois que je serai forcé tôt ou tard à me retirer hors de France ou en province ; je vous épargne les détails. Mais cela ne serait rien sije n'avais à me plaindre de vous. Je ne m'expliquerai point non plus : mais quoique je ne croie point tout ce qu'on m'a dit, et surtout la manière dont on me l'a dit, il reste certain toutefois que vous avez parlé d'un service que je vous priais de me rendre lorsque j'étais à Rome, et que vous ne m'avez pas rendu. Ces choses-là tiennent à l'honneur, et je vous avoue qu'ayant déjà le tort du refus, je n'aurais jamais voulu penser que vous eussiez voulu prendre encore sur vous le plus grand tort de la révélation. Que voulez-vous? On est indiscret* sans le vouloir, et souvent on fait un mal irréparable aux gens qu'on aime le plus.
Quant à moi. Madame, je ne vous en demeure pas moins attaché. Vous m'avez comblé d'amitiés et de marques d'intérêt et d'estime ; je parlerai éternellement de vous avec les sentiments, le respect et le dévouement que je professe pour vous. Vous avez voulu rendre service à mon ami * et vous le pouvez plus que mo puisque Fouché est ministre. Je connais votre générosité, et l'éloignement que vous pouvez ressentir pour moi ne retombera pas sur im malheureux injustement persécuté. Ainsi, madame, le <îiel se joue de nos projets et de nos espérances. Bien fou qui croit aux sentiments qui paraissent les plus fermes et les plus durables. J'ai été tellement le jouet des hommes et des prétendus amis que