‹ Correspondance généraleChapitre 9 sur 181 · Le Génie du Christianisme · texte numérisé non relu

Le Génie du Christianisme

d'œuvre delà philosophie. Et où était donc le crime de nos aïeux pour traiter ainsi leurs restes, sinon d'avoir mis au jour des fils tels que nous ? Mais écoutez la fin de tout ceci, et voyez Ténormité de la sagessse humaine : dans plusieurs villes de la France on bâtit des cachots sur l'emplacement des cimetières : on éleva les prisons des hommes sur le champ où Dieu avait décrété la (in de tout esclavage ; on édifia des lieux de douleurs pour remplacer les demeures où toutes les peines venaient finir ; la couche de l'insomnie et des larmes fut étendue à la place du lit où jamais le chagrin ne se réveille ; de l'asile de l'espérance on fît l'asile du désespoir ; enfin il ne resta qu'une ressemblance effroyable entre ces prisons et ces cimetières : c'est que là s'exercèrent souvent les jugements iniques des hommes, là où Dieu avait prononcé les arrêts de son inviolable justice ! » *

Dans un autre endroit, je peins ainsi les Tombeaux de Saint- Denis avant leur destruction :

« On frissonne en voyant ces vastes ruines où sont mêlées également la grandeur et la petitesse, les mémoires fameuses et les mémoires ignorées ; où lorsqu'on cherche une expression assez magnifique pour peindre ce qu'il y a de plus exalté dans les temps, l'objet ou la réflexion subséquente sollicite le mot le plus bas, pour exprimer ce qu'il y a de plus vil et de moindre valeur sur la terre. 0 Trépas I on ne peut méconnaître ici tes sombres royaumes ! Les ombres de ces vieilles voûtes, qui s'abaissent pour se confondre avec les ombres de ces vieux tombeaux; ces inutiles grillés de fer, rangées autour de ces cercueils, et qui ne peuvent défendre la mort des empressements des hommes ; ce calme si profond où l'on entend comme le sourd travail du ver du sépulcre qui se repaît sur les feuilles des générations tombées, et qui file dans tous ces cercueils les indestructibles réseaux de la mort ; tout, tout annonce qu'on est descendu à l'empire des ruines : et à je ne sais quelle odeur de vétusté et

1. Voir Génie du Christianisme, IV« partie, livre II, au chapitre des Tombeaux chrétiens.

de poussière répandue sous ces arches funèbres, on croirait respirer les temps passés, et pour ainsi dire sentir les siècles. »

Je n'ai pas besoin de vous dire qu'auprès de ces couleurs sombres on trouve de riantes sépultures, telles que nos Cimetières de campagne, les Tombeaux chez les Sauvages de l'Amérique (où se trouve le tombeau dans V arbre), etc. Je vous avais mal cité le titre de l'ouvrage ; le voici: Des beautés poétiques et morales de la Religion chrétienne, et de sa supériorité sur tous les autres cultes de la terre. Il formera deux volumes in-S*', 350 pages chacun.

Mais, mon cher ami, ce n'est pas de moi, c'est de vous que je devrais vous entretenir. Travaillez-vous à la G. S. ?^ Vous parlez de talents : que sont les nôtres auprès de ceux que vous possédez ! Comment persécute-t-on un homme tel que vous ? Les misérables ! Mais enfin ils ont bien renié le Dieu qui a fait le ciel et la terre, pourquoi ne renieraient-ils pas les hommes en qui ils voient reluire, comme en vous, les plus beaux attributs de cet Être puissant ? Tâchez de me rendre service touchant l'ouvrage en question, mais, au nom du Ciel, ne vous exposez pas. Veillez aux papiers publics, lorsqu'il paraîtra ; écrivez-moi souvent. Voici l'adresse à emploj^er : A M. César Goddefroy, négociant à Hambourg sur la première enveloppe, et en dedans à Messieurs Dulau et C'^, libraires. Mon nom est inutile sur l'adresse ; mettez seulement, après l'adresse deux étoiles **... Je suis à présent fort lié avec cet admirable jeune homme auquel vous me léguâtes à votre départ. Nous parlons sans cesse de vous ; il vous aime presque autant que moi. - Adieu : que toutes les bénédictions du Ciel soient sur vous ! Puissé-je vous embrasser encore avant de mourir ! -^

Page 1