‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 118 sur 420 · Â MADAME LA DUCHESSB DE SAVOIE · texte numérisé non relu

 MADAME LA DUCHESSB DE SAVOIE

de parler pour le montrer, et sa manière d'écouter, et tous les mouvements de son visage font assez voir pe rien ne lui échappe. Votre Altesse Royale, quoi qu'on puisse lui mander, ne croira point jusqu'où va la satisfaction du roi; il me faisoit l'honneur hier de me dire qu'il falloit qu'il fût en garde contre lui parce qu'on la trouveroit excessive. Elle a trouvé (je dis la princesse, car je ne puis finir d'en parler), elle a trouvé Monsieur un peu gros, mais pour Monseigneur, elle le trouve menu, et le roi de la plus belle taille du inonde. Elle a une politesse qui ne lui permet pas de rien dire de 'désagréable ; je voulus hier m'opposer aux caresses qu'elle me faisoit, parce que j'étois trop rieille; elle me répondit : Ah I point si vieille. Elle m'aborda quand le roi fut sorti de sa chambre en me faisant l'honneur de m'embrasser ; ensuite elle me fit asseoir, ayant remarqué bien vite que je ne puis me tenir debout; et se mettant d'un air flatteur presque sur mes genoux, elle me dit : <c Maman m'a chargée de vous faire mille amitiés de sa part, et de vous demander la vôtre pour moi ; apprenez-moi bien, je vous prie, tout ce qu'il faut faire pour plaire au roi. y> Ce sont ses paroles, madame, mais l'air de gaieté, de douceur, et de grâce dont elles ^ont accompagnées ne se peut mettre dans une lettre. Quelque longue que soit celle-ci, je suis persuadée qu'elle n'ennuiera pas Yotre Mtesse Royale. J'aurai l'honneur de lui en écrire quand je connoltrai encore mieux l'aimable princesse que je m'en vais voir*.

1 . « Le roi et madame de Maintenon lirent ieor poupée de la princesse, dont l'esprit flatteur, insinuant, attenUf leur plut infini»

LETTRE CDXLII

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS *

7 novembre 1696.

Les rcslilutions^ ne se font pas aisément ; il faudra plus d'une conversation avec vous pour m'y résoudre. Quand vous m'aurez déterminée, il faudra persuader M. l'évoque de Chartres; ainsi, je ne prévois pas que cette affaire soit bientôt consommée.

Nous avons envoyé madame la duchesse de Noailles à Paris, et même à Versailles par le conseil de madame deMontchevreuil, à qui j'ai écrit une lettre pour être montrée à la dame que je verrai peut-être demain en arrivant. Mais, monseigneur, je suis bien fâchée que vous veniez vendredi à Versailles, quoique vous ayez raison, parce que je n'y serai pas, et qu'il faut bien aller à Saint-Gyr.

ment et qui peu à peu usurpa avec eux une liberté que n'avoit . jamais osé tenter pas un des enfants du roi et qui les cliarma. Rien n'est pareil aux cajoleries dont elle sut bientôt ensorceler madame de Maintenon, qu'elle n'appela jamais que ma tante et avec qui elle en usa avec plus de dépendance et de respect qu'elle n'eût pu faire pour une mère et pour une reine, et avec cela une familiarité et une liberté apparentes qui la ravissoient et le roi avec elle. » (Saint-Simon, 1. 1, p. 235.)

2. La Dcaunielle place ici cette note, qui paraît exacte. « M. de Noailles avoil rempli de scrupules madame de Maintenon sur les présents qu'elle avoil eus de madame de Montcspan. L'abbé Gobolin avoit permis de les recevoir; etl'évfiquede Chartres, décidé qu'il ne falloit pas les rendre. L'archevêque de Paris revint à cet avis, quand il sut que ces présents éloicnt le ])rix des soins de madame de Maintenon pour l'éducation des princes légitimés, et non de ses complaisances pour les foiblesses de leur mère. •

Je vous demande votre bénédiction pour la princesse et de Toffrir à Dieu : vous aurez su sans doute que ce fut par où le roi commença en arrivant ici. C'est un enfant qui montre de l*esprit et sa figure est moins laide qu'on ne Tauroit dit.

LETTRE CDXLIII

Ce 10 novembre 1696.

Il n'y a pas d'affaire qui puisse m' empêcher de lire vos grandes lettres avec plaisir. Vous pensez juste sor la princesse de Savoie : il ne faut rien oublier pour l'élever chrétiennement; il paroît qu'on Ta fait jusqu'à cette heure. Priez pour elle. Savez- vous que ce roi que vous aimez tant commença par la mener à la chapelle, et par l'offrir à Dieu? Cette action ne vous déplaira pas.

Si vous connoissiez le curé de Saint-Cyr, vous seriez bien plus aise de savoir vos neveux entre ses mains. C'est un saint très-digne de l'épiscopat : il est rempli de piété, d'esprit et de simplicité. Les petits d'Aunay lui seront très-recommandés. Nous nous portons tous bien ici ; j'ai trouvé Saint-Cyr tout sanctifié, deux de nos anciennes professes ont voulu rentrer au noviciat; enfin, ma très-chère, il paroît que Dieu veut établir cette maison. Je vous embrasse de tout mon cœur.

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