‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 215 sur 420 · LETTRE XXXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXI

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS»

Compiègne, 9 septembre 1698*

Quoique je sois assez mal, monseigneur, voici la meilleure journée que j*ai passée à Compiègne. Tout le monde est à la revue où heureusement je n*ai pa aller ^, et j'en profite pour avoir Thonneur de vous entretenir un peu à mon aise.

Il est vraisemblable que l'affaire de Rome finira avant l'hiver, pourvu que le pape ne meure pas. J'ai toujours été fort vive comme vous savez pour que rien ne troublât votre union avec M. de Meaux, mais je ne saurai croire qu'elle vous oblige à écrire autant que lui ; et je suis entièrement de votre avis. Je n'ai point vu encore M. de Noailles. Je ne sais s'il a pensé

] • Autographe du cabinet de M. de Gambacérès.

2. On Ht dans le Journal de Dangeau à la date du 9 septembre, à Compiègne : u Le roi d'Angleterre arriva ici sur les onze heures... Les deux rois dînèrent ensemble avec toute la maison royale; ensuite ils montèrent tous deux dans un petit carrosse et allèrent au camp. Monseigneur y alla de son côté. Madame la duchesse de Bourgogne y mena avec elle madame la Duchesse et madame la princesse de Conli et les dames titrées. 11 y avoit deux autres carrosses pour les autres dames. Le roi fit la revue de toutes les troupes ; il conmença par la gauche de la seconde ligne et finit par la seconde de la première. Après avoir fait tout le tonr, il vit aussi la réserve qui était sur une ligne séparée, faisant face à Taile droite de la [iremière ligne. Après la revue, on fit trois salves de canon et de toutes les troupes. • (T. VI, p. 416.)

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àmoi, mais je suis inaccessible, ayant toujours le roi dans ma chambre ou madame la duchesse de Bourgogne.

Je ne comprends pas, monseigneur, quelle confrontation vous voulez faire du père de La Couîbe. Y en auroit-il une meilleure que celle de madame Guyon avec lui, puisque c'est lui-môme qui dit avoir passé quinze nuits avec elle?

M. de Chartres a fort désiré de voir la réponse que M. de Cambrai vous a faite. Je ne me souciois pas qu'elle passât par moi ; mais je doutois que vous eussiez le temps de la lui envoyer; et j'avois prié M. le maréchal de Noailles de faire copier celle qu'il a. Loin de multiplier vos affaires, je voudrois de tout mon cœur vous soulager de ce que vous avez de trop; car, du reste, je suis fort contente que vous ne travailliez* depuis le matin jusqu'au soir et que vos jours ne soient pleins de toutes sortes de bonnes œuvres. Si vous pouvez encore envoyer la réponse à M. de Noailles, vous ferez plaisir à votre ami, que je n'ai vu curieux que dans cette occasion.

J'espère qu'on sera content de la fille que j'ai envoyée aux Ursulines. Je les remercierai quand je le pourrai.

Non, monseigneur, je n'ai point de repos ici. Le roi vient dans ma chambre trois fois par jour et par là coupe tout ce que je pourrois avoir à faire. Je conviens que Dieu m'a fait la grâce d'être insensible aux honneurs qui m'environnent, et de n'en sentir

1. H faut lire sans doute : que vous ne Iravaniiez plus.., IV. 22

que rassujettissement et la contrainte, ramour-propre est mort sur ce point-là; mais, monseigneur, celui qui fait aimer le repos, la liberté et la propre volonté est encore bien vivant. Je souhaite pourtant de mourir à tout et je vous demande pour l'obtenir vos prières et vos avis.

Je voudrois m'occuper partout de bonnes œuvres. Il me semble qu'une assemblée de charité me siéroit mieux que d'aller au camp avec une princesse de douze ans ; mais on veut tout par rapport à soi, et je vois avec douleur que le goût du bien ne rient pas, ni pour celui qu'on pourroit faire ni pour celui qu'on devroit laisser faire aux autres.

On me paroît moins dévot : on ne voulut point de vêpres hier, quoiqu'il y en ait toujours à cette fête-ci*.

J'allois hier faire mes dévotions aux Filles de la Visitation avec madame la duchesse de Guiche. Je la vois le plus souvent que je puis, et le reste de la famille, mais à peine puis-je leur dire un mot. Le roi est charmé du régiment du comte d'Ayen; il ne peut s'en taire. Je ne suis guère contente de sa femme.

La maison de Bouillon ne s'avance pas auprès du roi^ : je ne puis vous en dire davantage.

1. La fêle de la Nativité de la Vierge. — La Beaumelle ajoute ici cette phrase enlièremeril inventée, et qu'on a souvent reprochée à madame de Maintenon : « Ces inconstances me poussent à bout et empoisonnent tous les plaisirs dont je suis environnée. Je ne puis m'empecher de me dire : « Que deviendra le roi si je meurs avant le père de La Chaise? » La Beaumelle termine la lettre par cette belle invention, et il en fait une autre avec le reste. 2, Le roi voulait faire nommer coadjuteur de Tévêque de Stras-

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Notre ami Boufflers fait une dépense excessive'.

Il m'est revenu beaucoup de mal de la princesse deFurstemberg^. Cette femme se perdra à la fin, car on la croit très-dangereuse pour mener les affaires des autres et il est certain que ces caractères sont une peste publique; servez- vous de tout, monseigneur, pour la conduire an bien. Mais que cet avis ne m'attire pas un éclaircissement, il seroit inutile, car je sais certainement ce que je vous dis.

bourg (c'était alors le cardinal de Furstemberg) l'abbé de Soubise, que la chronique scandaleuse disait être le produit de ses amours avec la belle princesse de Soubise. II chargea le cardinal de Bouillon, son ambassadeur à Rome, de demander au pape un bref d'éligibilité pour ce jeune abbé. Le cardinal de Bouillon destinait à la coadjutorerie de Strasbourg son propre neveu : il fit des observations inconvenantes à Louis XIV, écrivit des lettres insultantes pour la princesse de Soubise et le cardinal de Furstemberg, enfin Qiit des obstacles aux bulles que le roi demandait. Le roi, déjà mécontent du carcRnal pour sa conduite dans TafTaire des Maximes des Saints, lui ordonna de quitter Rome et l'exila dans une abbaye. Le cardinal mit délais sur délais à obéir et s'attira une disgrâce éclatante.

1. Le récit de Saint-Simon est exact sur ce point. Le Mercure entre même à ce sujet dans des détails presque incroyables : le roi n'en put cacher son étonnement.

2. C'était la nièce du cardinal de Furstemberg. m II nepouvolt vivre sans elle, dit Saint-Simon; elle logeoit et régnoit chez luî, et cette domination étoit si publique, que c'étoit à elle que s'adressoient tous ceux qui avoient affaire au cardinal... Elle étoit prodigue en toute sorte de dépenses, etc. » Saint-Simon prétend qu'elle se ût payer par le roi le consentement du cardinal de Furstemberg à l'élection de l'abbé de Soubise.

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