IV
434 GOBRESPONDANGE GÉNÉRALE.
lure, Madame pensa mourir sur l'heure. La voilà à pleurer, et madame de Maintenon à lui représenter modestement rënormité de toutes les parties de cette lettre et en pays étranger; enûn, madame de Ventadour à verbiager pour laisser à Madame le temps de respirer et de se remettre assez pour dire quelque chose. Sa meilleure excuse fut l'aveu de ce qu'elle ne pouvoit nier, des pardons, des repentirs, des prières, des promesses.
a Quand tout cela fut épuisé, madame de Maintenon la supplia de trouver bon qu'après s'être acquittée de la commission que le roi lui avoit donnée, elle pût aussi lui dire un mot d'elle-même, et lui faire ses plaintes de ce que, après l'honneur qu'elle lui avoit fait autrefois de vouloir bien désirer son amitié et de lui jurer la sienne, elle avoit entièrement changé depuis plusieurs années. Madame crut avoir beau champ. Elle répondit qu'elle étoit d'autant plus aise de cet éclaircissement, quec'étoit à elle à se plaindre du changement do madame de Maintenon, qui tout d'un coup l'avoit laissée et abandonnée, et forcée de l'abandonner à la fin aussi, après avoir essayé de la faire vivre avec elle comme elles a voient vécu auparavant. A cette seconde reprise, madame de Maintenon se donna le plaisir de la laisser enfiler comme à l'autre les plaintes, et de plus les regrets et les reproches ; après quoi, elle avoua à Madame qu'il étoit vrai que c'étoit elle qui la première s'étoit retirée d'elle, et qui n'avoit osé s'en rapprocher; que ses raisons étoient telles. qu'elle n'avoit pu moins que d'avoir cette conduite ; et par ce propos, fit redoubler les plaintes de Madame et son empressement de savoir quelles pouvoient être ses raisons. Alors madame de Maintenon lui dit que c'étoit un secret qui jusqu'alors n'étoit jamais sorti de sa bouclie, quoiqu'elle fût en liberté depuis dix ans qu'étoit morte celle qui lui avoit confié sur sa parole de n'en parler à personne; et de là raconta à Madame mille choses plus offensantes les unes que les autres qu'elle avoit dites d'elle à madame la Dauphine lorsqu'elle étoit mal avec cette dernière, qui, dans leur raccominodcnicnt, les lui avoit redites mot à mot. A ce second
coup de foudre, Madame demeura comme une statue. Il y eut quelques moments de silence. Madame de Yentadour fit son môme personnage pour laisser reprendre les esprits à Madame, qui ne sut que faire comme l'autre fois, c'est-à-dire qu'elle pleura, cria, et pour Gn demanda pardon^ avoua, puis repentirs et supplications. Madame de Maintenon triompha froidement d'elle assez longtemps, la laissant s'engouer de parler, de pleurer et de lui prendre les mains. C'était une terrible humiliation pour une si rogue et si fière Allemande. A la fin, madame de Maintenon se laissa toucher comme elle l'avoit bien résolu, après avoir pris toute sa vengeance. Elles s'embrassèrent, et se promirent oubli parfait et amitié nouvelle. Madame de Yentadour se mit à en pleurer de joie, et le sceau de la réconciliation fut la promesse de celle du roi, et qu'il ne lui diroit pas un mot des deux matières qu'elle venoit de traiter, ce qui plus que tout soulagea Madame...
M Le roi, qui n'ignoroit ni la visite de madame de Maintenon à Madame, ni de ce qui s'y devoit traiter, donna quelque temps à cette dernière de se remettre, puis alla le même jour chez elle ouvrir en sa présence, et de M. le duc de Chartres, le testament de Monsieur... Il tint la parole de madame de Maintenon, il ne parla de rien, et fit beaucoup d'amitié à Madame et à M. le duc de Chartres, qui fut prodigieusement bien traité.
a Le roi lui donna, outre les pensions qu'il avoit et qu'il conserva, toutes celles qu'avoit Monsieur, en sorte qu'avec son apanage et ses autres biens, il lui restoit 1 ,800,000 francs de rentes avec le Palais-Royal, en sus Samt-Cloud et ses autres maisons. Il eut des gardes, des suisses, un chancelier, un procureur général, etc., etc. » (t. V, p. 23S).
Trois jours après, Madame écrivit à madame de Maintenon :