‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 385 sur 420 · LETTRE CXLII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLII

NOTE PRÉLIMINAIRE

Monsieur, duc d'Orléans, frère du roi, mourut frappé d'apoplexie le 9 juin 1701, à Saint-Cloud. Le roi en témoigna

cnsnitc toute leur journée en qualité de première maîtresse, pour pouvoir mieux juger de ce. qu'il y avoit à faire et à établir, dans le dessein où elle étoil de mettre les choses sur un pied où eUes pussent se soutenir. Elle aidoit à peigner et Iiabiller les petites; elle passoil deux ou trois heures de suite à une classe, y faisoit observer l'ordre de la journée, leur parloit en général et en particulier, reprcnoit Tune, encourageoil l'autre, donnoit à d'autres les moyens de se corriger. Les demoiselles étoient charmées de ses instructions; elle leur en l'aisoit sur toute sorte de sujets, mais principalement sur la religion, la crainte de Dieu, l'horreur du péché, l'amour de la bonne réputation qui doit ôlre une recommandation aux personnes de notre sexe, la bonne gloire, la probité, la droiture, la raison, la simplicité, la véritable dévotion, etc.. » On trouvera ces instructions dans les Lettres et £«tretiens sur V éducation.

ine grande douleur. Le duc do Chartres, le lendemain matin, int le trouver, a Sa Majesté lui parla avec toute sorte de )ontc et d'amitié, dont ce prince parut fort touché et fort •econnoissant. Le roi lui dit (Ju'ii falloit qu'il le regardât présentement comme son père; qu'il auroitsoin de sa grandeur ît de tous ses intérêts; qu'il oublioit tous les petits sujets de îhagrin qu'il avoit eus contre lui, qu'il espéroit que de son îôté il les oublieroit aussi, et qu'il le prioit que les avances l'amitié qu'il lui faisoit servissent à l'attacher encore davantage à lui, et à lui redonner son cœur comme il lui donnoit le sien. Ce prince est pénétré de douleur de la mort de Monsieur, son père, et pénétré de reconnoissance de toutes les bontés du roi... » {Dangeau, t. V.)

Le 12 juin, Dangeau ajoute : «Le roi avoit eu quelque petit mécontentement de xMadame; elle eut hier une conversation, dans laquelle ils se parlèrent à cœur ouvert; le roi en sortit content de Madame, et Madame demeura pénétrée des bontés du roi, et plus attachée à Inique jamais. Elle avoit BU une grande conférence avec madame de Mainlenon avant que de parler au roi. »

On sait que Madame était animée contre madame de Maintenon de la haine la plus furieuse, la plus aveugle; que, dans sa correspondance avec ses parents d'Allemagne, elle n'en parle qu'avec les injures les plus grossières, en ramassant contre elle les calomnies les plus insensées. Madame de Maintenon savait tout cela, et n'en avait jamais rien témoigné à Madame ; elle profita de l'entrevue que lui demandait cette princesse allemande si orgueilleuse, si insolente, pour en tirer une digne vengeance.

Voici d'abord comment cette entrevue est racontée par Madame elle-mômc, dans une lettre à sa tante :

« Madame de Maintenon me fit dire (après la mort de Monsieur) que c'étoit le bon moment pour me réconcilier avec le roi. En consé(iuence, je chargeai le duc de Noailles de dire de ma part à cette dame que j'étois tellement touchée de toute l'amitié (ju'cllo m' avoit témoignée dans mon malheur, que

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je la priois de prendre la peine de venir chez moi, car je ne pouvois pas sortir. Elle est venue, en effet, à six heures. Je lui ai d'abord répété combien j'étois contente d'elle, et je lui ai demandé son amitié. Je lui ai avoué aussi quefavois été fâchée contre elle parce que je croyois qu'elle mehalssoit et m'ôtoit les bonnes grâces du roi, ce que j'avois d'ailleurs appris par le Dauphin. J'ai ajouté que j'étois prête à tout oublier si elle vouloit seulement être mon amie. Udessus elle me dit beaucoup de belles et éloquentes choses, me promit son amitié, et nous nous embrassâmes. Je lui dis ensuite que ce n'étoit pas assez de m'a voir mandé que le roi étoit indisposé contre moi, qu'il falloit aussi me donner le moyen de rentrer en grâce. Elle me conseilla alors de parler au roi en toute franchise, de lui avouer moi-même que je l'avois haïe parce que je pensois qu'elle me rendoit de mauvais offices auprès de lui, et de dire également au roi pourquoi je lui en avois voulu. J'ai suivi ce conseil, et comme Monsieur m'avoit dit que le roi étoit aussi mécontent de ce que je vous écrivois trop à cœur ouvert, j'ai également traité cet article,.. Lorsque j'eus tout exposé au roi, et lui eus montré clairement que, quelque mal qu'il m'eût traitée, je l'avois néanmoins toujours respecté et aimé, il m'embrassa, me pria d'oublier le passé, et me promit ses bonnes grâces. Il rit aussi quand je lui dis tout naturellement : « Si je ne « vous avois pas aimé, je n'aurois pas tant haï madame de « Maintenon, croyant qu'elle m'ôtoit vos bonnes grâces. « Enfin, tout s'est très-bien passé *. »

Voici maintenant le récit de Saint-Simon, qui ne peut être suspect, car pour la haine, les injures et les calomnies contre madame de Maintenon, le duc et pair est le digne camarade delà princesse.

Il dit d'abord que Madame, fort inquiète de sa situation depuis la mort de son mari « où il y alloit de tout pour

1. Lettres nouvelles de In princesse Palatine, publiées par M. Rolland.

A MADAME DE MAINTENOll (4701). 433

Blle^ » engagea madame de Yentadour ( sa dame d'honneur) à demander conseil à madame de Maintenon; que celle-ci ne s'expliqua qu'en général , et dit seulement qu'elle iroit chez Madame au sortir de son dîner, sous la condition que madame de Yentadour seroit en tiers dans la vin te... C'était le dimanche 12 juin. « Après les premiers compliments^ ce qui étoit là sortit, excepté madame de Yentadour. Alors Madame fit asseoir madame de Maintenon, et il fallait pour cela qu'elle en sentit tout le besoin. Elle entra en matière sur l'indifférence avec laquelle le roi l'avoit traitée pendant toute sa maladie^ et madame de Maintenon la laissa dire tout ce qu'elle voulut, puis lui répondit que le roi lui avait ordonné de lui dire que leur perte commune effagoit tout dans son cœur, pourvu que dans la suite il eût liett: d'ôtre plus content d'elle qu'il n'avoit eu depuis quelque temps, non-seulement sur ce qui s'étoit passé à l'égard de M. le duc de Chartres, mais sur d'autres choses encore plus intéressantes dont il n'avoit pas voulu parler, et qui étoieoi la vraie cause de l'indifférence qu'il avoit voulu lui montrer. pendant qu'elle avoit été malade. A ce mot. Madame, qui se croyoit bien assurée, se récria, protesta que, excepté le fait de son fils, elle n'a jamais rien dit ni fait qui pût de-* plaire, et enûla des plaintes et des justifications. Gomme elle y insistoit le plus, madame de Maintenon tira une lettre de sa poche et la lui montra, en lui demandant si elle ea connaissoit récriture. C'étoit une lettre de sa main à sa tante, la duchesse de Hanovre, à qui elle écrivoit tous les ordinaires, où, après des nouvelles de cour, elle lui disoit en propres termes : « Qu'on ne savoit plus que dire du corn- «mercedu roi et de madame de Maintenon, si c'étoit mariage « ou concubinage ; » et de là tomboit sur les affaires de dehors et sur celles du dedans, et s'étendait sur la misère du royaume, qu'elle disoit ne s'en pouvoir relever. La poste Tavoit ouverte, comme elle les ouvroit et les ouvre encore presque toutes, l'avait trouvée trop forte pour se contenter à l'ordinaire d'en donner un extrait, et l'avoit envoyée au roi en original. On peut penser si, à cet aspect et à ceUe lec*

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