‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 11 sur 91 · Gazette musicale, année 1830, p · texte numérisé non relu

Gazette musicale, année 1830, p

3r> NOTICE SUR BERLIOZ.

Jhurnal des Débats du 15 mars 18G9, Jules Janin s'y avoue coupable du méfait dont un innocent, pendant un quart de siècle, a été victime :

« Certains critiques ont reproché à Berlioz d'avoir mal parlé d'Hcrold et du Pré aux Clercs. Ce n'est pas Berlioz, c'est un autre, un jeune homme ignorant et qui ne doutait de rien en ce temps-là, qui, dans un feuilleton misérable, a maltraité le chef-d'œuvre d'Hcrold. Il s'en repentira toute sa vie. Or cet ignorant s'appelait (j'en ai honte !) il faut bien en convenir... Monsieur, Jules Janin. »

Malgré cette déclaration formelle, on trouvera encore des obstinés qui parleront avec horreur du feuilleton sur le l're aux Clercs.

Mais Berlioz n'aimait pas Mozart?

11 ne l'aimait pas?... Nous allons citer ses propres paroles au sujet d'/doménee : «Mozart... Raphaël!... Quel miracle de beauté qu'une telle musique! comme c'est pur! quel parfum d'antiquité! C'est grec, c'est incontestablement grec, comme VIphigénie de Gluck, et la ressemblance du style de ces deux maîtres est telle dans ces deux ouvrages qu'il esl vraiment impossible de retrouver le trait individuel qui pourrait les faire distinguer ^... » En fouillant dans la collection du Journal des Débats, nous rencontrerions bien d'autres témoignages de la fausseté des sentiments attribués au réformateur musical que M. Ingres et bien d'autres considéraient comme un monstre : immanissimum et fœdissimum monstrum. Une fois pour toutes, établissons que Berlioz ne prétendait nullement au rôle que certains cornlositeurs ont tenu depuis. 11 ne se vantait pas d'être k seul de son espèce et ne croyait point qu'avant lui, la musique fût une science ignorée, ténébreuse, inculte; loin

\. Gazette inuikulc, p. 39. aiujco IBJO.

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de renier les anciens, il se prosternait avec vénération devant les dieux de la symphonie, il brûlait devant leurs autels l'encens le plus pur. Son unique prétention (et elle nous parait justifiée) éiait de conliiuier la tradition nuisical(! en l'agrandissant, en l'améliorant, grâce aux ressources modernes: « J'ai pris la musique où Beethoven l'a laissée », disait-il avec quelque orgueil à M. Félis. — Il y avait du vrai dans cette assertion.

Dès 1835, les journaux annoncèrent que Berlioz s'occupait d'écrire un opéra sur un livret d'Alfred de Vigny ; il s'agissait deBenvenuto sans doute, qui ne parut sur la scène que trois ans plus tard. En France, tout compositeur qui n'aborde pas le théâtre est condamné à l'obscurité; Berlioz se rendait bien compte de cet axiome et cherchait à sa produire dans la musique dramatique. Un instant, il obtint le poste dt directeur des Italiens i; mais la pres.se opiiosante cria au favoritisme et répandit le bruit que M. Bertin, des Débats, avait fait obtenir à son feuilletoniste le sceptre directorial, pour que mademoiselle Louise Bertin, qui composait, elle aussi, fît jouer, salle Ventadour, les ouvrages qu'on lui refusait ailleurs. Devant cette malveillance caractérisée, Berlioz se retira; il n'avait pas trop à se plaindre du Gouvernement qui lui commandait tantôt un Requiem, tantôt une Marche funèbre et triomphale, toutes les fois qu'il était question de célébrer les victimes de Juillet.

Le Requiem fut exécuté dans diverses villes de France, notanmient à Lille, d'où Habeneck envoya à l'auteur une lettre de félicitation 2. Mais ce n'étaient là que des succès relatifs. La grosse partie allait se jouer à l'Opéra, oi^i les études de Bcnvcnulo Cellini étaient poussées avec activité.

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