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38 ^OTICE SUR BERLIOZ.
Le soir de la première représentation, une horrible cabale fut organisée contre la pièce; le parterre siffla, grogna, hurla; les ennemis de la famille Berlin imitèrent les cris des animaux les plus divers pour fair« payer à l'infortuné musicien l'honneur qu'il avait d'écrire dans une feuille ministérielle. Où la politique va-t-elle se nicher! Duprez, habituellement si applaudi, ne réussit pas à conjurer l'orage; madame Stollz et madame Dorus-Gras eurent beau être charmantes, on leur tint rigueur ; les musiciens de l'orchestre s'associèrent au ressentiment du public. Deux d'entre eux, pendant les répétitions, avaient été surpris jouant l'air J'ai du bon tabac, au lieu de jouer leur partie.
Vaincu dans cette bataille inégale, l'auteur de Benvcnuto ne se découragea point; il avait la foi qui transporte les montagnes. Dès 1842, il commença par la Belgique la série de ces voyages à l'étranger qui furent pour lui la compensation et la revanche des insuccès parisiens. Si la France résistait au génie de Berlioz, l'Allemagne, la Russie, la Suisse, le Danemark pressentaient chez ce lutteur incompris une force bizarre et peut-être nouvelle : ainsi Cologne (•coulait attentivement l'ouverture des Francs Juges, Maycnce et Leipzig ne tardaient pas à acclamer le même morceau. Romberg, premier violon du Théâtre- Allemand à Saint- Pétersbourg, réussissait à faire entendre le Dies Irœ du Requiem et envoyait à l'éditeur Schlesinger un compte rendu enthousiaste; Hambourg, de son côté, se prononçait pour le maître ; la contagion gagnait la ville de Copenhague, qui accourait au concert de M. et de madame Mortier Fontaine pour applaudir à l'ouverture de PFauer/ei/; Winterthur, dans le canton de Zuiich, imitait Cologne, Copenhague et Hambourg. Cependant W'interihur est une ville si peu considérable, que nous avons eu quelque peine à la découvrir sur la carte. les siflleurs de Benvcnuto, en apprenant ces nouvelles
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du dehors, commencèrent à réfléchir; si, par hasard, iii s'étaient trompés!... Il y eut une espèce de revirenn'nt dans le public et l'on vit, un jour, des conscrits entonner, dans la rue, ij motif de la Marche funèbre et triomphale en se promenant du Palais-Royal aux Italiens et à l'Opéra. Le cortège se composait d'une centaine de jeunes gens précédés de vivandières, de sapeurs, de tambours-majors et de porte-drapeaux *.
« A Bruxelles, nous dit le compositeur dans ses Mémoires, les opinions sur ma musique furent presque aussi divergentes qu'à Paris. » C'est là que nous nous trouvons pour la première fois en présence de mademoiselle Récio, que Berlioz devait épouser à la mort d'Henriette Smithson; madejnoiselle Récio chanta dans les concerts de son futur mari ; nous ignoron.' avec quel succès. Le voyage en Allemagne fut beaucoup plus décisif pour la gloire du musicien que l'excursion en Belgique; depuis longtemps, Berlioz était attendu de l'autre côté du Rhin. Nous osons à peine révéler la vérité, car elle est triste à dire ; triste pour nous. Français, et pour notre goût artistique. Pendant que nous marchandions à notre compatriote de maigres applaudissements, la capitale de la Prusse le traitait en triomphateur; on lui accordait le théâtre royal et les premiers artistes de la ville, le roi accourait de Potsdam à franc étrier, se mêlait à l'enthousiasme de ses sujets (malgré l'étiquette), demandait pour ses bandes militaires la Fête chez Capulet 2. Bien mieux : le maître de la chapelle ducale de Brunswick, M. Georges MuUer, venait, après l'audition de Roméo et Juliette, déposer une couronne sur la partition 3. Mendelssohn enfin, qui dédaignaii tant son camarade de Rome, échangeait avec lui son bâton de