‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 16 sur 91 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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48 NOTTCF. SUR BERLIOZ.

(li^ malliour, les ('vriiements politiques, en France, touri;cr;'nl il la tragédie des barricades et aux massacres de juin. Berlioz faillit perdre sa modeste place de bibliothécaire au Conservatoire; si citte catastrophe était arrivée en lui pareil moment, il n'aurait plus eu qu'à se suicider. Mais il connaissait Victor Hugo et le grand poëte, alors au pouvoir, réussit à congédier les affamés qui flairaient d'un peu trop près les rogatons d'appointements que le Conservatoire alloue à ses bibliothécaires.

Sous la seconde République, les artistes, presque tous enrôlés dans la garde nationale, n'eurent guère d'occasions dii se distinguer. En ce qui concerne le musicien dont nous écrivons la vie, nos notes, si abondantes parfois, sont insii(niûantes ici; nous trouvons à peine à signaler un concert au palais de Versailles (29 octobre 1848), un autre concert à Londres, après lequid, dans un souper, miss Dolby, miss Lyon et Reeves chantèrent, en l'honneur du maître, des gices ou anciens madrigaux anglais *. L'année suivante, le baron Taylor off'rit à Berlioz la médaille d'or que certains admirateurs de la Damnation de Faust avaient fait frapper en souvenir de cette œuvre trop rarement entendue. Le goût de la symphonie commençait à se répandre à l'aris. On essaya de fonder une société, avec deux cents exécutants et choristes, donnant ses séances dans la salle Sainlc-Cécile, rue de la Chaussée-d'Antin : ce fut là que lîeilioz fit exécuter la seconde partie de son Enfance du Chriat, attribuée (sur le programme) à Pierre Ducré, musicien imaginaire, chimérique, ayant vécu, disait-on, au xvi'= siècle; il fallait bien détourner les soupçons et désarmer la ciitique hostile. Le secret avait été bien gardé; tout le monde fut pris à celte plaisanterie. Léon Kreutzer,

i. Gazelle musicale, année 18'i8, p. 58.

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qui n'était pas dans la conddence, ^'crivait deux jours après: « Cette pastorale m'a paru assez jolie et modulée assez Il ureuseuKMit, jx)ur tm temps où l'on ne modulait jamais... y» Une dame enthousiasmée! disait à un journaliste : « Ce n'est pas votre Berlioz qui ferait cela ! »

Le taux Pierre Ducré ressentit quelque amertume de ce succès calomnieux pour ses œuvres antérieures. VEnfancc du Christ, complétée et remaniée, fit recette à la salle Ilerz, prndant plusieurs soirées de suite ^. Ce triomphe ne consola pas Berlioz du second échec que Benvenuto venait de subir à Londres, où les partisans de la musique italienne et de la vieille Société philharmonique dominaient encore. Le public de Weimar fut d'un avis contraire à celui du public anglais. Benvcnulo, à Weimar, prit une revanche éclatante de ses autres déconvenues. Berlioz, étant venu à la représentation, on le célébra en langue allemande, en liançais, et même en latin. Nous avons découvert les paroles d'un toast, mis en musique par Raff, et chanté en chœur par l'élite des Weimarquois : c'est à poiifl'er de rire :

Nostrum desiderium Tandem implevisli :

Venit nobis gaudiuru Quia tu venisli.

Sicuti coloribus Pingit nobis pictor; Pictor es eximius, Harraoniae victor.

Vives, crescas, floreas, Hospes Gernaanorum

1. Voici la distribution des pprsonnagcs : la sainte Vierge, niailarne Meillet — Saint Joseph, M. Meillet. — Hérode, Depassio — Père de famille, Ratlaille. — Un récitant, Jourdun. — Un canlcnitT, Cljapron. — Poljdorus, M. Noir. — Le trio des tlùles était joué par riL\L Brunot, Magnier et Prumier.

bO NOTICE S'JR BERLIOZ.

Ft amicus nianoas Neo-Wima rorum ' .

Fjugs, erescas, floreas^ répétait le chœur des convives, en buvant du vin de Champagne : il n'y a que les Allemands pour s'amuser de la sorte. Berlioz, triste et préoccupé, ne retrouvait un peu de gaieté que hors de chez lui, au milieu de ces populations étrangères qui lui décernaient des honneurs digues d'un proconsul mené au Capitole. Il venait do perdrL" sa femme, Henriette Smithson, et de se remarier avec mademoiselle Récio, l'ex-cantatricc de Bruxelles, dont le talent n'était pas toujours à la hauteur de l'ambition, si nous en jugeons par ce fragment de correspondance : « Plaignez-moi, mon cher Morel; Marie a voulu chantera Mannheim et à Stuttgart et à Heckingen. Les deux premières fois, cela a pai-u supportable, mais la dernière!... et l'idée seule d'une autre cantatrice la révoltait -... »

Indépendamment de ses ennuis privés, Berlioz ne manquait pas non plus de tracas officiels; ainsi, à l'Exposition de 1835, on lui infligeait la charge de membre du jury, sous prétexte qu'à l'Exposition de Londres il avait rempli le même oiTice; on souffrait que, la veille de l'ouverture, il organisât un immense Te Deum à Saiat-Eustache; mais, pour la fermeture, on lui commandait une cantate, Vlinpérialc :

Dii peuple entier les âmes triomphantes Ont tressailli, comme au cri du destin, Quand des canons les voix retentissantes Ont amené le jour qui vient de luire enfin !...

Si V Impériale passa comme une étoile filante, le Te Deum marqua davantage; quand on grava ce giganlesque mor-

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