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s'assimiler plus de substance musicale, à s'étayer d'un plus grand nombre de points d'appui. Or, ce sont autant de chances ae plus contre la facilité de l'exécution. Il laut un génie bien rare pour créer de ces choses que les artistes et le public saisissent de prime abord, et dont la simplicité est en raison directe de la masse, comme les pyramides de Djizeh. Malheureusement, je ne suis point de ceux-là; j'ai besoin de beaucoup de moyens pour produire quelque effet, et je craindrais de perdre à tout jamais l'estime des amis de l'art musical, s\, par une publication prématurée, j'exposais mes symphonies, trop jeunes pour voyager sans moi, à être mutilées plus cruellement encore que ma vieille ouverture. Ce qui, à part deux ou trois villes hospitalières et artistes comme la vôtre, leur arriverait partout, n'en doutez pas.
Et puis, vous le dirai-je, je les aime, ces pauvres enfants, d'un amour paternel qui n'a rien de Spartiate, et je préfère mille fois les savoir obscures, mais intactes, à les envoyer au loin chercher la gloire ou d'affreuses blessures et la mort.
Je n'ai jamais compris, je l'avoue, au risque de paraître ridicule, comment les peintres riches pouvaient, sans un déchirement d'entrailles, se séparer de leurs plus beaux ouvrages pour quelques écus, et les disséminer aux quatre coins du monde, ainsi que cela se pratique journellement. Cela m'a paru toujours ressembler beaucoup à la cupidité du célèbre anatomiste Ruisch, qui, à la mort de sa fille, jeune personne de seize ans, ayant trouvé le moyen, grâce aux ingénieux procédés d'injection dont il est l'inventeur, ie rendre pour toujours à ce cadavre chéri l'aspect de la
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vie et de la santé, no fut pas résister aux séductions de l'or d'un souverain, et lui abandonna, avec ce chef-d'œuvre d'un art alors nouveau, le corps de sa propre fille.
Les écrivains, poètes et prosateurs, sont seuls dans le cas Uu pouvoir vendre leurs ouvrages sans courir trop de risques de les voir détigurer, counne les musiciens, ou sans les perdre à jamais de vue, comme les peintres ou statuaires. Encore les poètes dramatiques sont-ils exposés, en imprimant leurs pièces, à les voir, malgré eux, représentées plus ou moins mal, devant un public plus ou moins incapable de les comprendre, coupées, rognées et sifflées. Byron, avec son Marino Faliero, en a fait la triste expérience. Non, il y a une joie intense pour le compositeur, à couver, pour ainsi dire, son œuvre, à la garantir le plus loiiglem- s possible des orages que les mauvais orchestres, les mauvais chanteurs, les mauvais directeurs et les marchands de contredanses, font gronder autour d'elle ; il y a pour lui un indicible bonheur à ne la montrer au grand jour qu'à de longs intervalles, lorsque des soins assidus ont donné à sa beauté tout son éclat, que l'air est pur, le temps doux et serein, et la société choisie.
Le nombre des compositions qu'on peut, sans les condamner à une obscurité absolue, arraciier ainsi pendant longtemps aux dents de la presse, ce lion quœrens qucm devoret, est malheureusement bien peu considérable; ne le restreignons pas encore.
Croyez-vous que Weber, quelque amoureux de la célébrité qu'on le suppose, sachant de quelle manière son Freyschiltz alhiit être écartelé à Paris, n'eût pas rejeté avec indignation la gloire même qu'il lui était réservé d'acquérir parmi nous
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à co prix? C'est faire injure à sa m ''moire que d'en douter.
Mais il otait hors de son pouvoir de s'y opposer : sans l.iisser f,n"aver sa partition, il en avait vendu des copies, et c'était assez pour que la tutelle lui en échappât pour jamais. — Je mets un ternie à toutes mes comparaisons, que vous allez sans doute, monsieur, trouver bien ambitieuses, et j'ajoute simplement que le suffrage de l'Allemagne, celte pairie de la musique, est d'un trop haut prix à mes yeux et nie sera, je le crains, trop difficile à obtenir si toutefois je l'obtiens, pour ne pas attendre le moment où je pourrai, moi-même, aller en pèlerin déposer à ses pieds ma modeste offrande. Alors, encore, aurai-je grand besoin du secours d.! votre amitié, comme aussi de votre talent si noble et si élevé, pour le l'aire accueillir.
Ju>que-là, j'ose espérer qu'on ne verra dans ma réserve (iu'une uiéliance très-naturelle et déjà trop bien justifiée. Je n:e contenterai donc pour le présent, en prudent navigateur, de louvoyer sur nos côtes, sans Cjurir au naufrage dans un voyage au long cours
Tels sont mes motifs, et vous les ap;;récierez, je l'espère.
Je ne veux pas finir ma lettre sans vous dire quelles heures délicieuses j'ai passées dernièrement à lire vos admil'.ibles œuvres de piano ; il m'a semblé qu'on n'avait rien exagéré eu ni'assuraut qu'elles étaient la coalinuatiou logique de celles de Weber, Beetlioven et Schubert. Lis?t, qui mêles avait ainsi désignées, m'en donnera incessamment une idée plus complète, me les fera connaître plus inlimement, par son exécution incomparable. Il a le projet de faire entendre votre sonate intitulée Clara à l'une des magnifiques ooirées oJ il rassemMe autour de lui l'élite de notre public musi-
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cal. Je pourrai alors vous parler avec plus d'assurance de l'ensemble et des détails de ces compositions essentiellement neuves ex progressives.
Si MAURICE SCHLESINGER.
l'aris, 7 janvier 1838.
Mon cher Maurice,
Il me faut absolument du repos et un abri contre les albums. Voici bientôt quinze jours que je cherche inutilement trois heures pour rêver à loisir à l'ouverture de mon opérai; ne pouvoir les obtenir est un supplice dont vous n'avez pas d'idée et qui m'est absolument insupportable. Je vous préviens donc que, dussé-je vivre de pain et d'eau, jusqu'au moment où ma partition sera finie, je ne veux plus entendre parler de critique d'aucune espèce. Meyerbeer, Liszt, Chopin et Kalkbrenner n'ont pas besoin de mes éloges. Vos albums, je le sais, contiennent d'ailleurs plusieurs morceaux charmants dont vous ne parlez pas, et dont vous ne me citez pas même les auteurs. Mais je suis poussé à bout; je veux, pendant quelque temps, assez de loisir et de liberté pour finir mon ouvrage; je veux être artiste enfin je redeviendrai galérien après. Jusque-là qu'on ne me parle plus de critique d'aucune espèce; je suis obsédé, abîmé, exterminé,