‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 53 sur 91 · Du Te Deum · texte numérisé non relu

Du Te Deum

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fassiez une idée de celle que j'ai menée depuis un mois. Enfin, me voilà un peu plus libre, je n'ai que des épreuves à corrigei du mutin au soir, des courses à faire chez les graveurs et imprimeurs, etc., etc.; on grave à la fois l'Enfance du Christ^ grande et petite partition ; le Te Deum, grande partition, le monodrame du Retour à la vie^ grande et petite partition. Quant au Te Deum, c'est moi qui le publie en société avec Jemmy Brandus; et, si le Conservatoire de Marseille peut m'en prendre un exemplaire, jn me recommande à lui. Le prix de la souscription est de quarante francs. Parlez donc de cela à Lccourt. Bennet * prétend que je pourrai trouver cii.q ou six souscripteurs à Marseille. Laval m'a dit vous avoir envoyé les dernières épreuves de voire quatuor; avez-vous fini? ai-je quelque chose à dire chez Brandus à ce sujet? Je vous remercie mille fois de voire affectueuse sollicitude pour Louis. 11 a en effet dû laisser partir le Fleurus et il est en ce moment en convalescence à l'hôpital de Saint-Mandrier à Toulon. Vous me demandez do vous parler du Te Deum; c'est très difficile à moi. Je vous dirai seulement que l'effet produit sur moi par cet ouvrage a été énorme et qu'il en a été de nu'me pour mes exécutants. En général, la grandeur démesurée du plan et du style les a prodigieusement frappés, et vous pouvez croire que le Tibi omjies et le Judcx, dans deux genres différents, sont des morceaux babyloniens, ninivites, qu'on trouvera bien plus puissants encore, quand on les entendra dans une salle moins grande et moins sonore quo l'église Sîùnt-Euslanhe. Je

1. Le père de IVxcellenl pianisti;, Théodore Ritter et de mademoiselle Cécile Riller; la l'ainille Jicnnet est d origine nutrseii-» laise.

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pars vendredi pour rAngleU'iro. Wa<?ner, qui dirige à Londres rancieiine Société piiiiharmonique (direction que j'avais été obligé de refuser étant déjà enga^^'é par l'autre), succombe sous les attaques de toute la presse anglaise. Mais il reste calme, dit-on, assuré qu'il est d'être le maître du monde musical dans cinquante ans.

Verdi est aussi aux prises avec tous les gens de l'Opéra. Il leur a fait hier une scène terrible à la répétition générale.

Le pauvre homme me fait mal; je me mets à sa place. Verdi est un digne et honorable artiste. Rossini est arrivé; il blaguotte lous les soirs sur le boulevard. 11 a l'air d'un vieux satyre en retraite.

AU MEME

P.. ris, 21 juillet 18S5.

Mille remerciements pour votre bonne et affectueuse lettre; je ne pourrai pas vous en écrire une pareille, je suis malade de l'ennui de Paris, de la chaleur, de mille assomniantes affaires. J'ai fait tout de suite votre commission. Laval ne vous avait pas expédié le quatuor parce que les corrections n'étaient pas faites; li grsveur l'avait trompé en lui disant qu'elles l'étaient. Cela dCit être terminé maintenant, et je pense que vous recevrez bientôt le paquet si vous ne l'avez pas déjà reçu.

J'ai fait une brillante excursion à Londres, oij je me case

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de mieux en mieux. J'y retournerai cet. hiver, après une tournée que je projette en Rihême et en Autriche, si nous ne sommes p:.s en guerre contre les Autrichiens.

Je ne fais en ce moment que corriger des épreuves du matin au soir.

Je vous remercie de m'avoir trouvé pour le Te Deum quelques souscripteurs; il sera publié très prochainement. On m'a commandé à Londres un petit travail : L'art du chef d'orchestre, qui doit être ajouté à l'édition anglaise de mon traité d'instrumentation revu et augmenté. Cela va m'occuper exclusivement tout le mois prochain.

Louis est ici ; il se remet tout doucement, il se loue avec effusion de vos bontés pour lui et des amis que vous lui avez procurés à Toulon. Depuis mon retour à Londres, je n'ai rien vu, rien entendu; je ne puis donc rien vous raconter. Je ne connais pas encore les Vêpres de Verdi. Meyerbeer doit être content de son Étoile à Covent-Garden ; on lui a jeté des bouquets comme à une prima donna. Et Gouin n'y était pas! Bennet et son fils (Rilter) m'avaient suivi à Londres. Après avoir entendu l'adagio de Roméo et Juliette par notice grand orchestre d'Exeter Hall, Bennet, le père, commence à croire que le piano ne peut pas approcher de cette puissance expressive, chose qu'il ne croyait pas auparavant...

Son fils est un admirable et charmant enfant, qui sera bientôt, je le crois, un grand artiste, il vous a remplacé dans la Fée Mab, en jouant les petites cymbales.

^'UECTOR I5EIII,107,. 231

AU MEME

Puris, 9 j mvier 18S6.

Merci de toutes les choses amicales qufe vous me dites et des détails que vous me donnez sur le mouvement musical du centre oii vous vivez. 11 n'y a rien ici de nouveau; l'Opéra ne varie pas plus son répertoire qu'il ne le variait au "re l'ois.

Mais je le crois (l'Opéra) dans de graves embarras. Crosnier ne veut ni ne peut rien; le directeur nmsical c'est Girard, qui fait tout ce qu'il veut et ne laisse rien faire que ce qu'il veut; il a pour remplir cette dictature 18,000 francs d'appointements.

On vient de décorer Dietsch. Que vous dirai-je? On donne un opéra nouveau tous les huit jours. Le Théâtre-Lyrique a été sur le point de fermer avant-hier; il ne payait pas du tout. Il repaye un peu maintenant et compte, pour se sauver, sur un opéra de Clapisson. L'Opéra- Italien est en perte de 200,000 francs. L'Opéra-Comique seul, sans faire de brillantes affaires, se soutient passablement.

Tout cela n'est pas gai; on ne voit que tripotages, platitudes, niaiseries, gredineries, gredins, niais, plats et tripoteurs.

Je me tiens toujours de plus en plus à l'écart de ce monde empoisonné d'empoisonneurs.

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Jo commence à me remettre des fatigues terribles des coiicerts de l'Exposition.

Je reçois de temps en temps des lettres de l'extérieur qui me donnent des recrudescences momentanées d'ardeur musicale. 11 m'en est arrivé une de Bruxelles il y a quinze jours, sur /'aîi.sf, qui dépasse tout ce qu'on m'a jamais écrit en ce genre, même les lettres du baron de D*** sur Romeo et Juliette. Quant aux Parisiens, c'est toujours la même chose inerte et glacée en général; le petit public de la salle Herz est si peu puissant, que son influence est presque nulle. Le prince Napoléon me fait un très gracieux accueil; il s'étonne de la mesquine position que j'occupe à Paris, et ne parvient pas à m'en faire clianger. L'emp;rour est inaccessible et exècre la nmsiquc comme dix Turcs...

Merci de vos bonnes intentions et de celles de Lecourt pour mon fils ; je n'entre pas dans votre manière de voir au sujet de la marine marchande ; tant mieux si je me trompe. Mais il n'y a point de carrière assurée pour Louis dans ce moment en quittant la marine de l'Etat, et je suis dans la plus complète impossibilité de lui venir en aide. C'est l'opinion de ma sœur et de mon oncle qu'il devrait rester oîi il est; il va les mécontenter tous, .surtout mon oncle, qu'il a tant d'intérêt à ménager. Je ne sais plus que dire; il m'a f.iit écrire à l'empereur pour qu'il l'aide à arriver à un grade qu'il ambitionne ; j'ai mis sans succès en mouvement l'amiral Cécile et tous mes amis des Débats.

Maintenant je ne puis plus rien; Louis s'est posé l'arbitre de sa destinée en n'agissant qu'à son gré. Il faut me taire

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et at:endre avec anxiété le résultat de sa conduite irréfléchie. En tout cas, je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis touché de l'intérêt que vous lui témoignez et de vous assurer de ma vive reconnaissrmce pour ce que vous ferez pour lui. Je ne nuis rien tenter en musique à Paris d'un l'ou important; obstacles en tout et partout. Pas de salle! [■as d'exécutants (de ceux que je voudrais). Il n'y a pas inrn)C un dimanche dont je puisse disposer pour donner mon petit concert. Les uns sont pris par la Société des coi}ccrts, les autres par la Société Pasdcloup, qui a retenu la salle Herz pour toute la saison. Je suis forcé de me contenter d'un vendredi.

Adieu ; en voilà assez, en voilà trop, à quoi bon récriminer? le choléra existe, on le sait, pourquoi la musique parisienne; n'existerait-elle pas?

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