‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 62 sur 91 · MÊME · texte numérisé non relu

MÊME

Mardi matin, 19 juillet 1859.

Merci, mon cher Morel, de votre bonne nouvelle *. J'étais horriblement inquiet et n'osais vous communiquer mes

1. Berlioz, comme on l'a vu par les lettres précédentes, était préoccupé au sujet de son fils, et M. Morel l'avait rassuré eu lui apprenant l'arrivée à Marseille du navire sur lequel était Louis Berlioz.

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inquiétudes, persuadé d'ailleurs que vous m'écririez aussitôt que la moindre nouvelle vous serait parvenue. Veuillez donner à Louis la lettre ci-jointe. Je pense qu'il y aura moyen pour lui de se faire payer de la maison Àcquarone avant de quitter Marseille. Lecourt, dans une de ses lettres, m'as.surait que les appointements de l'équipage d'un navire étaient payés avant tout. J'ai été bien malade encore ces jours derniers; mais Je crois que l'anxiété y était pour beaucoup. Je ne vous dirai pas combien j'aime Louis; car vous le savez et vous l'aimez vous-même, et cette affection que vous lui portez a redoublé la mienne pour vous. Enfin, le voilà! j'attends un mot de lui; mais j'attends tranquillement à cette heure. La saison de Bade n'est pas raccommodée par la paix. Bénazet ne sait pas encore si le festival pourra avoir lieu.

Adieu, adieu; je vous serre la main, je suis bien joyeux.

XCYIIL

A LOUIS BERLIOZ

Vendredi soir, 23 septembre 1859.

Il est onze heures et quart du soir, on m apporte ta lettre et j'y réponds tout de suite. Oui, cher ami, j'aurais dû l'écrire tout ces jours-ci, mais pardonne-moi, j'ai tant souffert... Je suis allé passer deux jours à Courtavehel, chez madame Viardot, où je me suis trouvé horriblement malade; on ne voulait pas me laisser repartir. Mais l'ennui de voir

ton te cettecharnianiet'aniillcs'occuper de moi, de chagriner de tels amis a été plus fort. En arrivant à Paris, je n'ai lait que monter à la maison: je suis reparti immédiatement pour Saint-Germain, où Marie *■ m'attendait chez M. de k Roche. Le lendemain, je suis revenu seul, toujours torturé et préoccupé do quatre ou cinq corrections que j'avais en tête de faire dans le deuxième acte de ma pariition des Troyens. J'ai travaillé à cela tout le reste du jour, jusqu'à onze heures. Le lendemain, Rocquemont est venu m'apporter le travail que je lui avais donné à faire pour la partition d'Orphée; comme on attend le premier acte de cet ouvrage au Théâtre-Lyrique, j'ai dû me mettre à l'ouvrage etTCore sans désemparer, pour en corriger les fautes de copie. Puis sont revenues mes crises de larmes, mes convulsions de cœur... Et je ne pouvais t'écrire que des non-sens ou des choses qui t'eussent horriblement attristé. Ce soir, je suis un peu mieux. J'ai fini de mettre en ordre le premier acte d'Orphée; Carvalho viendra le chercher demain matin. 11 (Carvalho) est enthousiasmé de mon poème des Troijens, que je lui ai prêté. Il voudrait les monter à son théâtre; mais comment faire? il n'y a point de ténor pour Énée... Madame Viardot me propose de jouer à elle seule les deux rôles successivement; la Cassandre des deux premiers actes deviendrait ainsi la Didon des trois derniers. Le public, je le crois, supporterait cette excentricité, qui n'est pas d'ailleurs sans précédent. Et mes deux rôles seraient joués d'une façon héroïque par cette grande artiste.

Ce serait pourl^nnée prochaine et dans un nouveau théâ-

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