‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 72 sur 91 · Communiquée par M. Bouscatel, d'Auxerre · texte numérisé non relu

Communiquée par M. Bouscatel, d'Auxerre

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débattre avec la Sociél(j des concerts du Conservatoire, qui veut exécuter des frarjmcnts de Roméo et Juliette; et moi, je ne veux pas. Qui l'emportera? Me joueront-ils malgré moi?., ou me convertiront-ils à leur manière de voir?

Rappelez-moi au souvenir do votre aimable et affectueux petit monde. Je serre la main à Théodore, en lui souhaitant sérieusement d'oublier les manières parisiennes, et la conversation parisienne, et toute espèce de style parisien. Rien n'est plus bêle que celte éternelle et plate blague qu'on applique k tout à Paris; qu'il l'oublie à jamais. Il est trop grand ariiste pour en tenir compte. Qu'il n'écrive pas trop, ni trop vite, ni pour trop de monde, et qu'il laisse les gens venir à lui sans leur faire trop d'avances. Adieu.

AU méj:e.

Paris, i:; mars 1834

Que diable voulez-vous que je vous dise? Il n'y a point de nouvelles musicales qui vaillent la peine de vous être envoyées. On a joué dernièrement un opéra de Boulanger, le Docteur Magnus. On va donner un opéra, Lara..., tatouille de M... (je ne me rappelle plus son nom....), à rOpéra-Comique; bientôt Mireille de Gounod au Théâtre- Lyrique. Je suis allé prier George liai ni de remettre l'exécution des fragments de Roméo et Juliette à l'année prochaine; je voyais qu'on n'aurait pas le temps de répéter

cela avec assez de soin en ce moment et je ne tiens pas à être exécuté à demi. Pasdeloup a donné une scène des Troyens au dernier concert de l'Hôtel de ville et ne m'a pas même averti de la réoétition. Carvnlho m'a appris hier à dîner qu'il m'avait mis sur le programme de deu^t concerts spirituels qu'il va donner dans la semaine sainte, et qu'il voulait qu'à l'instar de David et de Gounod je vinsse dirii^er en personne le septuor des Troyens : « Non, ai-je repondu, je n'ai pas de robe rouge et je ne puis figurer dans cette cérémonie du Malade imaginaire. Cela ferait quatre cheh d'orchestre.»

J'ai donné ma démission au Journal des Débats. Rien de plus comique que le désappointement et la colère des gens qui, depuis trois mois, me faisaient la cour; ils ont peniu leurs avances, ils sont volés...

Si vous rencontriez, par hasard, à Vienne, M. Peter Cornélius, dites-lui mille choses de ma part et que je serais bien heureux d'avoir une lettre de lui.

ex XVI.

A M. ET MADAME MASSAUT.

Lundi, 15 août 186* '.

Eh bien, oui, voilà! le maréchal Vaillant m'a écrit, il y a trois jours, une lettre charmante que la Gazette musi-

1. Il avait été nommé officier de la Légion d'honneur le 12 aoùl; il était chevalier depuis 1839

cale a eu la bonté de me j^àtcr, laquelle lettre m'annonçait que l'empereur nous avait nommés oi'iiciers de la Légion d'honneur... oui, madame, vous et moi... Auisi faite-; vos arrangements pour changer de ruban, de croix, etc.

Vous n'avez pas voulu venir dîner chez le ministre; nous étions soixante, y compris le chien de Son Excellence, ({ui a bu son café dans la tasse de son maître. 11 y avaii un grand écrivain, M. Mérimée, qui m'a dit ceci : « 11 y a longtemps que l'on aurait dû vous nommer officier; et cela prouve bien que je n'ai pas encore été ministre. » Samsou chancelait sous le poids de sa joie.

Vous voyez que je ne vais pas trop mal aujourd'hui et que je suis beaucoup plus bête qu'à l'ordinaire; je souhaite i[ue la présente vous trouve de même. Paris est en fête ; vous n'y êtes pas... La plage de Villerville doit être bien triste... comment pouvez-vous y rester? Massart va à la chasse ; il tue des mouettes, quelque cachalot par-ci par-là ; et Dieu sait comment vous parvenez à tuer le temps! Vous délaissez votre piano et je parie que, lorsque vous reviendrez, vous aurez de la peine à faire la gamme en si naturel majeur, la plus facile des gammes. Voulez-vous que j'ailh; vous faire une petite visite?... Vous ne risquez rien de dire: oui; car je n'irai pas. Ah! pardon! je redeviens sérieux; les douleurs me reprennent. .le vais me rejeter sur mon lit. Je vous serre la main à tous les d:jux.

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A M. AUGUSTE MOUKL.

Paris, dimanche, 21 août 1?84.

Mon cher Morel,

Je vous remercie de votre cordiale lettre; celte croix d'oflicier, et surtout l'avis non officiel que m'a donné de cette faveur le maréchal Vaillant, m'ont fait plaisir à cause de mes amis et aussi un peu à cause du déplaisir que cela fait aux autres. Mais comment pouvez-vous conserver encore des illusions sur les réalités musicales de notre pays? tout y est mort, excepté l'autorité des imbéciles ; il faut bien se résigner à le reconnaître, puisque cela est. Je suis à peu près seul ici; Louis est reparti avant-hier pour Saint- Nazaire; tous mes amis et voisins sont en Suisse, en Italie, en Angleterre, à Bade. Je vois seulement quelquefois Heller; nous allons dîner à Asnîères, nous sommes gais comme des chouettes; je lis, je relis; le soir, je passe devant les théâtres lyriques pour me donner le plaisir de n'y pas entrer. Avant-hier, j'ai passé deux heures dans le cimetière Montmartre; j'y avais trouvé un siège très commode sur une tombe somptueuse et je m'y suis endormi. De temps en temps, je vais à Passy chei madame Érard, où je trouve une colonie d'excellents cœurs qui me font le meilleur accueil; je savoure le plaisir de ne pas faire de feuilletons, de ne rien faire du tout. Si je n'étais pas attaché

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à Paris par plusieurs petits intérêts, je voyagerais malgré nies maux physiques, mais il faut y rester. D'ailleurs, Paris devient de juiir en jour plus beau; c'est un plaisir de le voir fleurir si rapidement. 11 y a après-demain grand festival à Carlsruhe; Li.>zt y est venu de Rome; ils vont y faire de la musique à arracher les oreilles; c'est le conciliabule delà jeune Allem;igne présidée par llans de Bulow. Vous savez que ce bon Scudo est reconnu Ibu el en'fermé. Quel malheur!

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