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A .M. ET MADAME DAMCKE, A BRUNNEN, SLli I.E LAC DES QUATRE CANTONS (sUISSE).
l'jns, 'j{ aor.l 1804.
Voilà qui est aimable, gracieux, et bien à vous de m'écrire tous les deux. J'allais demander votre adresse à Heller quand votre letli-e m'est arrivée.
Mon fils est reparti, ma belle-mère n'est pas revenue, je m'ennuie à grand orchestre. La ville que j'habite m'offre pourtant plus de beaux souvenirs que ne vous en présente la Suisse.
11 y a une maison, rue de la Victoire, où vécut Napoléon, jeune général en chef de l'armée d'Italie; c'est de là qu'il partit un jour pour aller à Saint-Cloud jeter par la fenêtre les représentants du peuple. 11 y a sur une place, qu'on appelle la place Vendôme, une haute colonne qu'il a fait
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élever avec le bronze des canons pris sur l'ennemi. On voit à gauche de cette place un immense palais, nommé le palais des Tuileries, où il s'est passé diablement de choses . . . Quant aux maisons de certaines rues, vous n'avez pas idée de toutes les idées qu'elles font naître en moi. . . 11 y a des pays comme cela qui exercent un puissant empire sur l'imaginalion. Eh bien, je m'ennuie tout de même.
Le mai'échal Vaillant a donné un grandissime dîner dernièrement; il m'a lait placer à côté de lui et m'a comblé de gracieusetés; mais le dîner a duré deux heures. Avanthier, les boulevards étaient couverts de badauds qui ont attendu trois heures pour voir passer la voiture où devait se trouver le roi d'Espagne, qui était attendu à l'Opéra. C'est si étonnant un roi d'Espagne!
Vous avez beau dire, chère madame Damcke, quand vous avez bien regardé le lac et que vous êtes bien sûre que c'est beau, vous voudriez voir autre chose. Je lis tous les jours un peu de votre splendide Do7i Quichotte., je vais parci par-là à Passy, chez madame Érard; vous n'avez rien en Suisse de comparable au parc de la Muette, et, dans ce parc, au moins, il n'y a ni vaches ni vachères.
C'est après-demain qu'a lieu le idStival de Carlsruhe. Liszt y est déjà. Le programme du piemier jour est -^ablié. Comment pouvez- vous n'y pas aller? Moi, j'ai une bonne excuse : je suis malade.
Que vous seriez heureuse si vous aviez en Suisse, pour déjeuner, des fromages comme ceux que l'on a ici! Et puis soupçonnez-vous les melons? Avez-vous du vin potable?
Non, non ; vous vivez comme des anachorètes ; mais être en Suisse en ce moment, c'est bon genre. Un de ces jours,
D'HECTOr, nERMOZ. 31 i
Heller et moi, nous irons dîner à Montmorency ou à Enghicii où il y a aussi un LAC!!!!!
Adieu à tous les deux.
Je vous plains presque autant que je vous aime.
k MADAME ERNST ^
Paris, 14 décembre iRf,4.
Cest bien charmant à vous, chère madame Ernst, de m'avoir écrit. Je devrais vous répondre d'une façon gracieuse en faisant la bouche en cœur, d'un style bien épingle, bien cravaté, bien aimable. Impossible! Je suis malade, triste, dégoûté, ennuyé, sot, ennuyeux, irrité, assommant, assommé, stupide.Je suis dans un de ces jours où ie voudrais que la terre fût une bombe remplie de poudre à laquelle je mettrais le ieu pour m'amuser. Le tableau que vous me laites de vos plaisirs de Nice ne me séduit pas du tout. Je voudrais voir votre pauvre cher malade et vous, mais ie n accepterais pas votre chambre. J'aimerais mieux habiter la grotte qui se trouve sous le rocher des Ponchettesque la plus Jolie chambre d'ami. On y est libre de grogner comme Caliban (qui y loge, je l'y ai trouvé un soir), et il est rare
1. Lettre publiée par M. Xavier Feyrnet, dans le Temps du 15 mars 1805.
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que la moi- la remplisse. Au lieu que chez un oiiii, chez le uieilleur ami, on est exposé à des atlenlionp, à une foule d'attentions insupporlables. On vous demande comment vous avez passé la nuit, et jamais comment vous passez l'ennui. On vous offre du café, on. vous fait admirer une foule de choses; on rit (juand vous dites une bêl,isc,on vous questionne du regard quaiul vous êtes triste ou gai; on vous parL' quand vous causez avec vous-même; et puis le mari dit à sa femme : « Muis laisse-le donc, tu vois bien qu'il ne veut pas dire un mot, tu le tourmentes. » Et alors on prend son chapeau et on sort, et, en sortant, on ferme la porte trop fort. Et l'on se dit : « Allons bon, voilà que je suis un grossier maintenant... Je m'impatiente des attentions qu'on a pour moi ; je vais être la cause d'une querelle conjugale ,etc,, etc. » — Dans la grolto deCaliban, au contraire, on ne risque pas de ferm(;r la porietrop fort et par là on évite les conséquences de la brutalité.
Enfin, n'importe! Vous vous promenez donc beaucoup sur la terrasse, sous les allées d'arbres?... Et après? Vous admirez les couchers de soleil?... Et après? Vous respirez la brise de mer?... Et après? Vous regardez pêcher toutes sortes de thons?... Et .-iprès? Vous enviez déjeunes Anglaises qui ont des milliers de livres sterling de revenu ?... Et après? Vous enviez davantage des imbéciles sans idées, sans le moindre sentiment, qui ne comprennent rien, qui n'aiment rien... Et après?
Eh! mon Dieu, je vous en offre autant. Il y a aussi des terrasses et des arbres à Paris; on y voit aussi des couchers de soleil, des Anglaises, des Imbéciles, plus même qu'à Nice, la population étant beaucoup plus grande; on y pêche
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des goujons à la ligne. On s'y ennuie, presque aulanl qu'à Nice. C'est partout de même.
J'ai reçu hier une belle lettre d'un monsieur inconnu sur ma partition des Troyens. 11 me dit que les Parisiens étaient accoutumés à une musique plus indulgente que la mienne. Cette expression m'a ravi. Les Viennois m'ont aussi envoyé dimanche dernier une dépêche télégraphique pour m'annoncer qu'ils venaient de ftUer mon jour de naissance en exécutant un grand morceau de ma légende la Damnation de Fausl, et que ce double chœur avait eu un succès immense. Je ne savais pas même avoir un jour de naissance.
J'adore les cordiaux et les, gens bons.
Pardonnez-moi ces deux calembours, avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre dévoué.
A MADAME DAMC KE.
[Paris, 24 décembre 1804?]
Chère madame,
Pardonnez-moi si je ne vais pas dîner chez vous demain, C'est le jour du Seigneur, et, puisque tout travail est interdit, je vais me reposer comme l'ouvrier de la dernière heure.
J'eusse été très heureux de me trouver chez vous avec mesdames d'Orllgue qui sont la grâce et la bonté même et que j'aime beaucoup; mais je me sens si affaibli et j'ai
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une telle horreur d'entendre pailer de Noël ! Vous n'aurieï qu'à laisser échapper ce nom pour me donner une indigestion et une attaque de choléra.
Et puis il y a encore une autre raison que je ne veux pas vous dire.
Abusez-vous bien, ce soir, à l'Opéra-Comique; mais, je vous en prie, à votre retour, ne me racontez pas la pièce et je vous en saurai un gré infini.
A M. RERSCHTOLD, POUR M. LOUIS BERLIOZ, CHEZ M. DE ROTHSCHILD, RUE LAFITTE, 17
8 ms date, vers 1864 ou 1865.
Quand tu te sentiras plus calme, etj'espère que ce sera demain, reviens donc, cher Louis, dîner au moins à la maison, comme à l'ordinaire, pendant que tu es ici, si le déjeuner te dérange trop pour tes affaires. Mais cela me paraît incroyable ; tu as bien assez de cinq à six heures par jour et tu [leux bien m'en donner deux. Voyons, réfléchis donc un instant : tu as des chagrins violents qui te troublent le cœur et la tête; personne ne peut rien pour les calmer. Estce une raison pour être furieux contre tout le monde?
Tu souffres; viens donc auprès de ceux qui t'aiment; sans parler de la cause de tes souffrances, tu éprouveras un peu
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de calme à te trouver avec eux. Ta [losition, d'après ce que tu m'as dit hier, est meilleure que je ne l'espérais; te voilà avec un état, tu es indépendant, tu es libre, autant qu'homme du monde puisse être libre, puisque tu ne devras rien à personne et que ton aisance ne fera que rapidement augmenter, puisqu'on est content de toi dans l'administration qui t'emploie. C'est immense cela 7 tes chagrins passeront, et ces avantages resteront et en amèneront d'autres plus importants. Moi aussi, j'ai de grands ennuis et de vi(s chagrins; pourtant je reconnais que tu n'y eji pour rien.
Allons, viens denzain, nous t'attendrons à midi et à six heures.
Je t'embrasse de tout mon cœur, pauvre cher Louis. Tu viendras ?
k MADAME MASSART.
Ce soir, 1S55 '.
Chère madame.
Autant il est tombé de flocons de neige aujourd'hui, autant de genres de douleurs me torturent ce soir; et le moindre de mes maux n'est pas le regret quej'ép.ouve de ne pas vous aller entendre.