‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 87 sur 91 · A M. LE GÉNÉRAL LVOFF · texte numérisé non relu

A M. LE GÉNÉRAL LVOFF

Uiga, 1G/2S mai 1847.

Mille remercîments, général, pour les excellentes recommandations que vous m'envoyez. J'en ai déjà fait usage et la fanaille du gouverneur m'a accueilli comme un de vos amis. Nous nous occupons du concert, qui ira comme il plaira à Dieu. En attendant ma répétition, qui va commencer dans une heure, il faut que je vous dise encore

ronibieii j'ai été frappé dos belles choses que contient, on grand nombre, votre dernière partition. Ce sujet d'« Ondine » vous a on ne peut mieux inspiré; et le style harmonique et méthodique de cette grande œuvre brille autant par la vérité de l'expression que par un^ distinction constante et une fraîcheur juvénile bien rares partout aujourd'hui. L'ouverture est une des plus heureusement trouvées que je connaisse; il y a là des effets de rhythme syncopé qui m'ont fait bondir de joie. Le premier chœur, l'air d'Uniliue d'un charmant coloris, le premier final si franc et si chaud, la prière avec accompagnement de violons, le morceau splt ndide de la fête, le deuxième final, la marche et tant d'autres pass.iges que je pourrais citer, prouvent une invention, un goùt et un savoir de premier ordre et vous placent à un rang bien haut parmi les compositeurs actuels. Mais, pour vous tout dire, j'étais sûr de cela avant de vous avoir entendu. Quand on aime et respecte la musique comme vous l'aimez et la respectez; quand on en parle comnçie vous en parlez et qu'on a la pratique de l'art que vous avez, on doit écrire de la sorte. Tout cela s'enchaîne : tout cela désole aussi, si l'on pense aux moyens d'exécution qui deviennent de plus en plus introuvables. Et je ne sais si cet Anglais qui demandait dans un de nos grands restaurants de Paris un ténor ou un melon pour son desser»; avait raison de laisser le choix au garçon. Moi, je demanderai toujours le melon; il y a beaucoup plus de chances avec lui d'éviter les coliques; le végétal est bien plus inoifeosif que ranimai.

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A M. EIlNSr'.

ruris, H iii!il ISW,

Mon clicr Krnst,

Je vous reiiiorcic de votre lellre, j'étais impatient d'avoir de vos nouvelles. Vous n'êles pas mort, bon ! moi je suis malade d'ennui, de dégoût de Paris et de tout ce qui s y tripotie; je suis d'une humeur de chien, je voudrais m'en aller et je ne puis pas bouger, et j'ai des feuilletons à faire... ah îles Plaies d'Egypte ne sont rien en comparaison de cellelà. J'avais écrit à Maurice Barnett à votre sujet; le connaissez-vous? 11 rédige le Momiiuj Post ; v'val un excellent hoinuHî. (](iminent va Halle? et Dawsoii ? (ît Vivier?... Quel t(!nips ! il a plu hier à emporter les maisons ! maintenant, il fait presque froid. J'ai mal à la tête, damné feuilleton ! je ne le commencerai pas, voici huit jours que je recule, je n'ai pas la moindre idée sur le sujet qui m'est imposé.... Quel métier!... Où trouver du soleil et du loisir? être libre de ne penser à rien, de dormir, de ne pas entendre pianoter, de ne pas entendre parler du Prophète, ni des Élections, ni de Rome, ni de M. Proudhon, de | regai'der à travers la fumée d'un cigare le monde s'écrou- '■ftr..., d'être bête comme dix-Ituit représentants...

Ah! mon Dieu! mon Dieu! quel sacré monde vous nous itvsa tiiii lu! Vous fûtes bien mal inspire de vous reposer

î* Cumruuniquée par M. Emile Laurent.

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