Correspondance inédite
Le Constituant Thibiiudeau^ personnage très en vue à Poitiers, à la fin de l'ancien régime, fut assez effacé dans la suite par la célébrité de son fils, le fameux Conventionnel. Dans la ville où il est né, beaucoup connaissent les principaux traits de sa vie : Sa carrière d'avocat, son œuvre d'historien, son rôle de procureur syndic à l'Assemblée provinciale de 1787, son élection aux États Généraux, aux fonctions de procureur syndic du district de Poitiers, et à la présidence du tribunal criminel, son rôle de procureur général syndic, onlin son élévation à la présidence du tribunal
d'appel créé à Poitiers par la Constitution de l'an VIII. Mais personne encore n'a étudié son tempérament politique; et nous avons jugé utile de le faire, d'après sa correspondance inédite. Peut-être y aura-t-il profit pour l'histoire générale, aussi bien que pour l'histoire du Poitou^ à déterminer quel fut l'état d'âme de ce député siégeant obscurément parmi la majorité de l'Assemblée Constituante, quels intérêts lui parurent les plus importants à défendre, quelles impressions produisirent sur lui les grands événements dont il fut le témoin. Dans les rangs des Patriotes, il ne passait pas pour un homme d'action ; il demeurait muet en séance publique, et ne contribuait que par ses votes au succès de la Révolution. Caractère indécis, esprit peu étendu, honnête homme, toujours animé du désir d'être utile à son pays, il personnifia, ce semble, une importante fraction du parti constitutionnel.
Les documents, où nous avons puisé pour fixer sa physionomie, appartiennent à des dépôts publics et à des collections particulières. 11 existe à labibliothèque de Poitiers des lettres de Thibaudeau le père, acquises depuis longtemps, ou faisant partie du groupe des papiers Piorry récemment acquis ; il s'en trouve d'autres aux Archives de l'Hôtel de Ville, dans les registres municipaux, et quelques-unes dans les collections de MM. Tornezy et Ernest Cesbron ; mais les plus intéressantes, à coup sûr, sont celles qu'a bien voulu mettre à notre disposition M. le professeur Guérilaud, ce dont nous lui sommes profondément reconnaissants. Dans leur ensemble, les lettres de Thibaudeau forment deux catégories bien distinctes; car les unes sont adressées à la municipalité de Poitiers ou au directoire du département de la Vienne, et les autres, de caractère plus intime*
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU ni
parfois confidentiel , ont pour destinataire un membre de l'administration départementale, M. Piorry, plus tard député à l'Assemblée Législative et à la Convention Nationale.
On sera surpris, sans doute, que le chef de la famille Thibaudeau, et l'homme dont on a coutume de faire l'adversaire implacable des Thibaudeau, se soient trouvés, au début de la Révolution, aussi étroitement liés qu'ils furent plus tard divisés. En moins d'un an (1790-1791), le ConstituantThibaudeau écrit à Piorry plus de quarante lettres d'oii il ressort clairement qu'il est son ami politique, professe pour lui la plus grande estime, et le prend môme pour confident. Il le tient au courant de ce qui se passe à Paris^ et se renseigne, par lui, sur les événements de Poitiers. Il lui envoie les a nouveautés » littéraires et politiques. Il le félicite de ses succès électoraux ; et, quand il regagne Poitiers, tandis que Piorry, à son tour député, se rend à Paris, il lui recommande un de ses fils, à qui Piorry d'ailleurs fait bientôt obtenir un emploi (1).
L'avocat-historien Thibaudeau était peu fait pour la vie politique. Sa correspondance le montre d'une façon surabondante, et son fils le déclare plus d'une fois, dans ses Mémoires. Très attaché à ses habitudes, et même casanier, d'une santé chancelante , et d'une imagination qui le portait à s'exagérer ses souffrances, il fut, pour ainsi dire', épouvanté à l'idée de quitter Poitiers^ pour aller prendre place au États Généraux. Il n'était jamais retourné à Paris^ depuis qu'il s'y était fait recevoir avocat au Parlement, en 17G1, et c'était pour lui chose inconcevable que
(i) Correspondance Thiliaudeau. Vers juin 1700; du 17 au 24 février 1791 ; mars i']f)i ; juillet 1791 ; l'à août 1791 ; septembre 1791, etc.