S2 CORRESPONDANCE
pour maintenir le bon ordre sur la route du Roi, ont écrit de la Ferté-sous-Jouarre, 14 lieues de Paris, que le plus grand calme régnoit sur toute la route; qu'une armée de gardes nationales s'était rendue de tous les départemens voisins à Chàlons, oii le Roi avait couché (1).
M. Thouret a lu, au nom du Comité de constitution, un projet de décret pour faire faire le procès aux auteurs de l'enlèvement du Roi; il y a lieu à discussion; le grand nombre de gardes nationales qui régnoient dans l'Assemblée a obligé de suspendre la séance, pour rétablir l'ordre (2).
Toutes les gardes nationales de Paris ont défilé au milieu de la salle d'Assemblée, en faisant le nouveau serment rapporté plus haut, en présence du président. Cela a duré une heure et demie (3).
Pendant la nuit un courrier a remis des lettres qui portent que le Roi et la famille royale ont couché cette même nuit à Épernay (4).
24 juin.
Le secrétaire lit une lettre de la Société des Amis de la Constitution de Chartres, qui apprennent qu'à la nouvelle du
(i) La leltredes trois commissaires rPétion, laTour-Maubouiçet'Barnave, datée du 23 juin, est in ejctenso dans les Arch. Pari. (XX\'Il, p. 449)-
(2) Voir le décret proposé par Thouret et ajournc(Arch. Pari., XXVil, 452-453). Le récit de Thibaudeau relate l'incident omis dans le procés-vcrbal de l'invasion de l'Assemblée par les g^ardes nationaux.
(3) Le procès-verbal parle seulement de dcputations de la ^[■arde nationale, et donne les harangues de La Fayette et du président de l'Assemblée, licauharnais (Arch. Pari., XXVII, 453-/|54).
(/l) Foà-, sur ce sujet, la lettre du Directoire du déparlement de la Marne (Arch. Pari., XXVli, p. 454).
DU CONSTITUANT THIBAUDEÂU ir)3
départ du Roi tous les bons citoyens se sont rendus à la séance de la Société et ont tous juré de mourir, s'il le falloit, pour la défense de la Constitution (1).
M. de Rochambeau, officier général, cordon bleu, et M. de Bellegarde sont venus prendre ^congé et les ordres de l'Assemblée Nationale, pour se rendre sur la frontière, OLi ils ont le commandement des troupes (2).
L'Assemblée Nationale a ensuite passé à l'ordre du jour, et rendu plusieurs décrets sur des liquidations de l'arriéré (3).
On a aussi décrété qu'il ne serait fait de payemens de pensions qu'à ceux qui justifieraient par un certificat de municipalité visé par le district de leur résidence habituelle dans le Royaume, et qu'il ne serait fait de payemens d'appointements aux officiers et autres fonctionaires publics, qu'autant qu'il seroit justifié qu'ils sont à leur poste (4) .
Autre décret portant qu'on laissera aller librement dans l'intérieur du Royaume tous les voyageurs, sans aucune inquisition, si ce n'est dans les cinq lieues des frontières. Ce décret a été rendu sur ce qu'on a exposé que les courriers envoyés par les Ministres et l'Assemblée Nationale étoient arrêtés à chaque municipalité, et obligés de montrer leurs dépesches, ce qui ralentissoit le service, qui étoit pressant (5).
(i) Voir l'adresse des Amis de la Constitution de Chartres, du 28 juin (Arch. Pari., XXV[I, p. 404).
(2) Le procès-verbal ne parle pas à ce moment de Rochambeau; il mentionne uniquement le serment doM.de Iiellei»'arde, maréchal de camp(/6ù/.). Rochambeau comparait seulement quelques heures plus tard (//>ù/.,p. 478).
(3) Voir le prujel de décret présenté par Brevet de heaujour sur la liquidation et le remboursement de la dette de l'Etat (Arch. Pari., XX VII, pages 404-47O).
(4) Le décret fut adopté sur la motion de Gombert, amendée par Camus (Arch. Pari., XVll, 477).
(5) Le décret sur la circulation des voyageurs et des courriers proposé par Énuneryse trouve dans les Arch. Pari., (XXVII, 478).
i54 CORRESPONDANCE
L'aide de camp de M. de Lafayette, qui avait couru sur les traces du Roi, a rendu compte de son voyage ; il a dit que le Roi lui avait assuré que son intention n'était pas de sortir du Royaume, mais seulement d'aller jusqu'à Montmédy; il avoit cependant un passe-port pour Francfort, comme je le dirai dans la suite (1).
Une députation du Directoire du district de Clermont en Argonne est venue rendre compte à l'Assemblée Nationale des mesures que ce Directoire avoit prises à Varennes, ville de son territoire, pour empêcher que le Roi ne passât outre et ne sortît du Royaume (2). Les députés ont fait l'éloge du procureur sindic du district qu'on avait tenté d'etTrayer et de séduire par des menaces et des promesses; cette députation a aussi attesté le civisme des dragons du d3' régiment en garnison à Clermont, à qui M. Dalmas, par ordre de M. de Bouille, avait fait prendre les armes pour aller ouvrir les passages au Roy ; les dragons, instruits par la municipalité des projets de leur chef, et étant déjà à cheval, n'ont répondu au commandement « marche o qu'en mettant pied à terre ; le plus grand nombre des officiers ont pris la fuite; les dragons sont ensuite allés sous la conduite d'un de leurs officiers^ et avec les gardes nationales, à Varennes pour protéger le retour du Roy.
Les mêmes députés de Clermont ont remis le procès-verbal fait par le Directoire du district qui contient des traits et des élans de patriotisme, de la part de tous les habitants de ce pays là, de toute condition et de tout sexe; les
(i) M. de Romeiif, aidc-de-camp de La Fayette, accompag'nait la dcpiitalion du directoire du district de Clermont. Son rapport est in-extenso dans les Arch. Pari., XXVII. pp. /|78-47t).
(2) L'orateur de la députation de Clerinoul était Martinet, administrateur ; le procureur de la commune de N'arennes, dont il fil l'éloijc, était M. Sauce {Ibid., XXVII, p. 479 j *^^' l'ourncl, op. cit., p. i84).
femmes ne l'ont pas cédé aux hommes, dans leur empressement à accompagner le Roy et à maintenir le bon ordre; l'Assemblée a ordonné l'impression (1).
Il y a, joint à ce procès-verbal, un passe-port remis par les gens de la suite du Roy, en date du o juin, donné à Paris, signé Louis, et contresigné: Montmorin, par lequel il est enjoint de laisser passer la baronne de Corst, allant à Francfort, avec deux enfants et trois domestiques (2).
L'Assemblée Nationale a, sur le champ, envoyé chercher M. de Montmorin par la garde (3) ; dans l'intervalle de l'arrivée de ce ministre, l'Assemblée Nationale a décrété, après quelque discussion, que les cloches inutiles seroient fondues pour faire de lamonnoye moulée, des sous et demi sous(4).
Un courrier est venu dire que le Roy et sa famille couchoient le soir, vendredy,à Dormant, et qu'il étoit acompagné dans son voyage par une multitude innombrable de citoyens, et par une armée de gardes nationales de plus de dix mille hommes; que la paix et le bon ordre régnaient partout sur la route (5).
iM . de Montmorin est entré. Il a rendu compte du passeport signé de lui; cependant ne se rapellant point précisé-
(i) Voir le procès-verbal du Directoire du district de Clcrmont (Arcli. Pari., XXVII, pp. 480-482).
(2) Voir le passeport de .Montmorin pour la baronne de KorfF, in-exlenso (Arch. Pari., XXN'II, p.481); voir an sujet de celte baronne, Fournel (p. G(i, note i) : elle avait commandé le carrosse qui amena le roi dès le 22 décembre 1790, ce qui prouve que le dessein de Louis XVI était déjà arrête à ce moment. Sur l'histoire de ce passeport, Fournel, p. tJ8.
(3) Montmorin est convoqué sur la motion de Muij-uel de Nanthou (Arcli. Pari., XXVII, p. 48i)-
(4) Voir la discussion et le décret sur le coula!,'-e des cloches (Arch Pari., XXVIl, p. 484).
(.0) Voir la lettre des commissaires de l'Assemblée datée de Dormans, le ii.!\ juin (Arch. Pari., XX\'II, p. 490)-
lod CORRESPONDANCE
ment les circonstances d'une chose à laquelle les chefs ne font pas, pour l'ordinaire, grande attention, il n'a pu donner toutes les explications nécessaires ; il a été arrêté qu'il se retirerait, avec quatre commissaires de l'Assemblée Nationale, dans ses bureaux, pour vérifier les faits (1).
Il a été reconnu, par les registres, que le passe-port délivré à la baronne de Corst avait été accordé sur la demande de l'Ambassadeur de Russie ; sa lettre était dans un des cartons; il avoit été expédié un second passeport à cette dame, sur une lettre du s''Simonin,qui disoit que la baronne avait brûlé le premier par distraction (2).
Ainsi, M. de Montmorin a été pleinement justifié.
Les lettres venues de Dormant anoncent que le Roy y couché la nuit du 23 au 24, et qu'il seroit le lendemain à Meaux et le jour suivant à Paris (3).
Dans la scéance de la nuit, l'Assemblée Nationale a discuté différentes affaires ; il lui a été rendu compte des dispositions pour l'armée. Il résulte, des rapports et états fournis, qu'il y a dans le Royaume, de la poudre et des munitions de guerre pour 8 ans, des vivres pour 18 mois pour une armée de 200.000 hommes, et des effets de campement comme tentes et ustensilles pour trois armées de 60.000 hommes chacune (4).
On s'est occupé d'une instruction pour la vente des biens nationaux (5).
(i) Voir sur la comparution de Montmorin et les incidents qui racoompaguèrent (Arch. Pari., XXVII, 484-/,8G).
(2) Voir les lettres de M. de Simolin, ambassadeur de Russie (Arch. Pari., XXVII, /|88) ; sur son rôle (Fournel, p. 68).
(3) Voir la lettre des commissaires de l'Asscmblce datée du 24 juin (Arch. Pari., XXVII, p. /jqo).
(/|) Voir le rapport de M. de Mcnou sur la situation militaire (Arch. Pari., XX vu, p. fjo/,).
(5) Voir le rapport de Boutevillc-Dumetz sur l'instruction concernant la
23 juin. — On a donné lecture à l'Assemblée nationale de différents procès-verbaux faits par la municipalité de Verdun qui rapportent ce qui s'est passé dans cette ville sur la nouvelle du départ du Roy, et la satisfaction que tous les citoyens ont témoigné de ce qu'il n'était pas sorti du Royaume. On y voit aussi que la ville de Metz avait, aussitôt cette nouvelle, envoyé quatre mille hommes de gardes nationales avec quinze pièces de canon, qui s'étoient arrêtés sur le rapport de la marche rétrograde du Roy ; que les soldats de toutes les troupes de ligne, dragons , hussards, et autres, qui sont dans les quartiers, s'étaient joints aux gardes nationales, et qu'on avoit arrêté M. Dalmas et trois autres aides de camp de M. de Bouille chargés de ses ordres par écrit, dont ils prétendirent ignorer les suites ultérieures. M. de Bouille s'est sauvé (1).
Tel est, Messieurs, l'état actuel des choses au moment où je vais clore cette lettre, samedy midy; la rapidité du récit a pu me faire omettre quelques faits, mais je vous garantis la vérité de ceux que je rapporte, d'après les détails qui en ont été faits à l'Assemblée Nationale ; puissent ces récits produire partout le même effet. Les citoyens de tout état, et quels que soient leurs opinions et leurs intérêts particuliers, se sont ralliés pour veiller au secours de la patrie ; nous n'avons plus dans l'Assemblée Nationale cette différence de partis, ce choc d'opinions, ces motions insidieuses qui ont tant affligé les honnêtes gens; tous les décrets ont été rendus
vente des biens nalionaux [Ibid.). C'est peu après que le procès-verbal place la comparution du maître de poste Urouet et du commis Guillaume [ibid., p. 5o8).
(i) Voir dans le procès-verbal de la séance du samedi 20 juin la lettre et le procès-verbal de la nmnicipalitè de Verdun (Arcli. l'arl., XX\ 11, pp. 5i2-ji5;.
lo8 CORRESPONDANCE
à l'unanimité, et c'est à qui développera partout le plus de patriotisme et d'énergie dans les circonstances difficiles oii noustrouvons le peuple. Dans toutes les classes, il ne respire que la paix et la tranquillité ; il recommande l'oubli de tous les mécontentemens individuels et l'obéissance aux lois.
C'est à ces traits qu'on reconnaît les bons citoyens et les vrais Français (1).
(i) Sur le contrecoup des événements de Varennes à Poitiers, voici le récit résumé tiré des délibérations de la commune.
Réunion extraordinaire du conseil et des notables au sujet du départ inattendu du roi et du décret du 2 1 . La garde nationale a occupé les diverses portes pour arrêter les personnes suspectes ; on a fait la « vérification de tous les voyageurs que l'on a conduits en très grand nombre, sans rien trouver de suspect ». La Société des Amis de la Constitution est assemblée et ne s'occupe que de ce qui peut contribuer au repos et à la tranquillité des concitoyens. On observe qu'un armurier, Perrin, ne cesse de s'occuper de nettoyer des sabres, carabines et pistolets. Un garçon de café Duchaine a dit savoir où est le dépôt d'armes. Ce garçon convoqué indique le magasin Perrin. Les commissaires vont chez ce dernier qui nomuie les particuliers pour lesquels il a nettoyé les armes : ils les ont achetées du garde magasin de la ville qui vend les armes de rebut au nom de l'Etat. On fait l'inventaire des armes trouvées au dépôt de Puigarreau, et on en remet une partie au commandant de la Garde nationale de Saint-Saturnin. — Députation de la Garde nationale de Vivône demandant moyennant argent de la poudre et du salpêtre. A la fin du jour, entre Ingrand, député du birectoire, pour siéger la nuit avec une partie des officiers municipaux. Vers 7 h. 1/2 arrive un courrier expédié par lAL de Nérac , député de Bordeaux à l'Assemblée Nationale, qui annonce qu'on a rencontré le roi à Varennes, à 7 lieues de Metz. Cette heureuse nouvelle a tranquillisé les esprits (2 3 juin 1791. Reg. n" I Delibér. municipales).
Lettre du Directoire, 24 juin- Le Directoire invite la municipalité à nommer des délégués pour se rendre au département à 10 h. du soir et délibérer sur les précautions à prendre. Hier à 10 h. les commissaires des corps administratifs et militaires (garde nationale et ligne) se sont assemblés au département et ont prêté le serment civique. Aujourd'hui, à 1 1 h., les soldats des gardes nationales et des troupes de ligne le prêteront. Patrouilles fréquentes à faire par tous les citoyens de 18 ans à 70 ans, et gardes.
Proclamation de la municipalité à la garde nationale pour l'exhorter au serment.
Nomination d'un Comité permanent composé de 2 députés de chaque compagnie pour expédier provisoirement toute affaire intéressant l'ordre et la sécurité publique.
A 9 h., un courrier de l'Assemblée Nationale confirme la nouvelle de l'arrestation du Roi. La municipalité, le Directoire du département et celui du district accompagnés de la garde nationale se rendent à la place des Giliers ; discours du procureur général syndic du déparlement ; prestation du serment de fidélité à la Constitution, à la nalion, à la loi el au Roi, \m\v les officiersde lu garde nationale et du régimentdu Roi JOid. Reg. n° i).
J'ai l'honneur d'estre avec respect, Messieurs, voire très humble et dévoué serviteur.
(Signé) Thibaudeau, Député à l'Assemblée Nationale.
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
25 juin 1791.
Je VOUS envoie, mon cher Confrère, des nouvelles du jour ; il y a d'autres pièces qui m'ont manqué dans ce moment ; j'écris d'ailleurs une lettre très détaillée au département, à la municipalité et aux Amis de la Constitution ; cela a fini de m'excéder (?), après pvoir passé les nuits et les jours à la salle, car les séances sont continues, mais j'ay voulu qu'il n'y eut aucun doute à Poitiers sur les principaux faits.
Le Roy a couché la nuit dernière à Chastre avec sa famille et sera sous peu à Paris ; il est accompagné de dix mille (?) gardes nat(ionaux) (1).
A Piorry le Jn^
Thibaudeau à, Piorry (Collection privée. — Autographe).
(iG juillet 1791).
Monsieur et cher Confrère, La fédération s'est très bien passée icy, toutes les gardes
(i) Cette lettre est probablement du 2.j juin au nintin ; la famille royale et les commissaires rentrèrent à Paris le 25 à 7 heures {cuir le récit de Barnave. Arch. l'arl., XXVII, 529-53 1).
160 CORBESPONDANGE
nationales du département de Paris y assistoient, ce qui ne comprend pas une grande circonférence, parce que le département ne contient hors Paris que St Denis, le Bourg la Reine et quelques autres paroisses de l'arrondissement; il s'y est trouvé plus de 80 mille hommes de gardes nationales (1). J'imagine que dans tous les départements toutes les gardes nationales se seront ainsi réunies par députation ou en corps ; ces rassemblemens ne peuvent estre que très utilles, parce que nostre force réside principalement dans les gardes nationales et qu'il est bon de montrer quelquefois ces forces pour en imposer aux malintentionnés.
Il n'y a icy aucun trouble quant au culte, parce qu'il n'y a d'églises ouvertes que celles des paroisses; les réfractaires avoient tenté de se rassembler dans une église particulière, celle des Théatins, sur le quay,avec une inscription conforme au règlement fait par le Département, dont les principes ont été adoptés par un décret de l'Assemblée Nationale ; mais les troubles que cette église a occasionnés les ont obligés de renoncer à ce projet (2)'; et s'il n'y avoit partout que les églises paroissiales ouvertes, il faudroit bien que les personnes séduites reviennent peu à peu d'un entestement qui produit tant de scandales. Est-ce que dans nos paroisses, on ne fait pas les mêmes prières, le même culte qui y ont eu lieu depuis qu'elles sont construites? Ne sont-ce pas des prêtres ordonnés par l'Église? Enfin a-t-on fait le moindre changement dans la manière de prier Dieu? Ce n'est donc qu'un entestement suggéré par l'intérêt personnel de certains prestres qui empêche nos habitans d'aller aux
(i) Sur la Fédération du i4 juillet 1791 à Paris, voir Michelet, Hist. de la Rév. fr., II, 820.
(2) Il s'agit des troubles du 2 juin donti'éi*-lise des Théatins futje théâtre et qui anieuéreut la clôture de cette église (Sciout ,11, pp. 274-270).
paroisses. En fermant les autres églises, il faudra bien qu'ils y viennent,
J'ay reçu les autres originaux que vous m 'avès adressés de votre rente de 100 livres due par les huissiers. Je ne chargerai à cet égard personne de la suite de cette affaire, tant que je pourray la faire moi-même; j'en ay déposé les copies collationnées que vous m'avès envolées le 22 mars dernier au bureau de liquidation, du moins je crois que ce sont les mêmes; j'ay jugé inutille de déposer les originaux tout à l'heure, parce que l'Assemblée Nationale n'a point encore décrété le mode de la liquidation de ces rentes, ni pour le principal ni pour les arérages, attendu que l'arérage de 1790 doit être payé par les anciens débiteurs, et que l'arérage de 1791 ne sera payé qu'en 1792.Quantau principal,iln'y apoint encore de décret qui en ordonne le remboursement; ainsi il n'y a rien à faire quant à présent(l). Si lors de mon départ cela ne pouvoit pas se finir, je vous remettrois entre les mains d'un honnête homme qui fait icy mes affaires de pareil genre.
L'affaire du Roy est jugée d'hier vendredy, et on a décidé que son caractère d'inviolabilité le mettait à couvert de toute accusation. Les accusés de conspiration sont dénoncés au tribunal d'Orléans pour estre jugés (2).
Ce jugement n'est pas sans présenter beaucoup de difficultés et d'inconvéniens, mais nous étions de toutes parts entourés d'écueils. Je sens bien qu'il est dangereux de
(i) Il s'agit sans doulc dans ce passade des renies assignées sur les offices ministériels supprimés et dont l'Assemblée avait ordonné le remboursement. (Arch. Pari., XXIV p. /\3?) ; XXV. 01)2).
(2) Sur la discussion fameuse relative à la déchéance du Roi et qui se prolongea du i3au 16, voir les Arcli. Pari., XXVllJ (pp. 23i-3;)0). On sait que leiGun décret suspendit l'exercice des fonctions royales jusqu'au moment où l'acte constilutiouucl serait présenté au Roi {lOid., p. 377). Cf. Michelet, i i,32i et sq.
confier le pouvoir exécutif à un homme qui s'est déclaré l'ennemi de la Constitution et qui par sa faute alloit attirer des maux infmis sur le roiaume ; mais aussi n'esl-il pas de première nécessité de conserver rinviolabililé du monarque? S'il peut être accusé une fois, il le peut mille, et peut avoir autant d'accusateurs qu'il y a d'hommes dans l'empire, et alors sera-t-il obligé de faire face à des milliers d'accusations? Les cas que l'on sait personnels à Louis XVI n'étoient point dans la Constitution comme moïens de déchéance, mais nous venons de les y mettre. Le Roy au surplus n'est pas mauvais par caractère, il n'est que faible et très faible, mais comme il en écliape d'une belle, il y a lieu de croire qu'il y réfléchira à l'avenir ; et puis il y auroit une guerre civile entre les partisans du Roy et les régens, guerre entre les prétendans à la régence et leurs partisans, attendu les circonstances actuelles, guerre avec tous les Roys allés à la maison de Bourbon. Toutes ces considérations m'ont déterminé ; d'ailleurs il reste sans pouvoir jusqu'à l'achèvement de la Constitution.
Beaucoup de gens qui ne peuvent que gagner dans les révolutions et qui vouloient nous conduire à la République ont soulevé une partie du peuple contre nous ; il y a eu des attroupemens, des menaces; nousavons même été repoussés par un attroupement à la sortie de l'Assemblée jeudy dernier (1), et obligés de nous sauver comme nous avons pu. Il faut actuellement traverser des bayes de bayonètes et passer au travers des batteries de canons, la mèche allumée, pour aller à l'Assemblée Nationale. Voilà ce qu'ont produit les déclamations, les affiches qu'on a mis contre nous au
(i) Jeudi i/| juillet.
coin des rues ; mais nous avons toujours resté fermes et inébranlables, sans avoir peur; nous avons passé par tant d'épreuves que nous sommes faits au danger. On veut aujourd'huy que les départements soient consultés (1) ; c'est pour augmenter les troubles et les divisions, parce que, sûrement, ils ne seroient pas de même avis dans tout le roiaume. Voilà l'état des choses. Nous avons suivi le party qui nous a paru le plus conforme à la Constitution et aux circonstances. J'ignore comment cela sera pris dans les départemens. Vous m'en donneras, s'il vous plaît, un mot quant au nôtre.
J'imagine que cela va accélérer l'achèvement de la Constitution, s'il ne survient pas de troubles qui nous arrêtent.
Vale.
Thibaudeau,
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(19 juillet 1791).
Monsieur et cher Collègue,
Vous estes, je crois, de la Société des Amis de la Constitution (2) ; je n'en ay pas la hste ; je ne veux point écrire à nos frères officiellement, mais je vas vous exposer des cho-
(i) C'est Robespierre qui avait proposé de consulter la nation (Journal des Débats, n» 784. — Arch. Pari., XXVIll, .•>7o et sq.).
(2) La Société des Amis de la Coiislitution s'était fondée à Poitiers au débutde juillet i79o(Délibéralions delà commune de Poitiers gjuillet 1790) : elle ne comptait à ses débuis qu'une vini,^t,'iiuc de membres, parmi les(("ueU Thibaudeau fils, le futur convenlionuel, les avocats Piorry et Chauveau, le
ses importantes, persuadé qae vous en ferés usage suivant vottre prudence.
Vous sçavés le décret rendu à l'égard du Roy (1); en tout cas. je vous en envoie un exemplaire ; nous avons été, comme vous penses bien, dans une grande perplexité pour prendre un parti ; nous savons très bien que le Roy est un homme faible, plus faible que méchant, mais ce caractère n'en est pas moins dangereux. Cependant, il fallait examiner et les principes et les inconvéniens de l'un et l'autre party, et nous n'avons pas pensé qu'il y eut la moindre apparence d'adopter le party qui nous étoit proposé démettre le Roy en jugement, pour le destituer ensuite, et mettre son fils à sa place, la Constitution ne le permettant pas. D'ailleurs, cela aurait jette le roiaume dans des guerres cruelles entre les princes prétendants à la Régence entr'eux,pour la préférence, et entr'eux et les partisans du Roy, enfin avec toutes les puissances alliées et amies de la maison de Rourbon ; enfin le ducret est rendu.
Les partisans des sistèmes contraires ont fait les motions les plus incendiaires dans les clubs, les journaux, et enfin
vicnirc Sabourin, le curé Dcbclliolr, l'avocat Arnault, le procureur Desvaux [Ibid. — Thibaudeau, Biographie — Mémoires, pp. 1 19-120). La Société se réunissait au couvent des Augustins et son action devint rapidement prépondérante (Thibaudeau, /6/f/., pp. 120- 122); elle transféra ensuite son siège au couvent des Jacobins, comme celle de Paris à laquelle elle s'affilia. Une association rivale, appelée Société Littéraire, essaya de contrebalancer son influence, mais fut dissoute par le Directoire le 19 mars 1791 (Reç. des délibér. du Directoire, 1791, t'o(»o-Oi ; Papiers Piorry, i f. GO ; Thibaudeau, ibid., p. 123). Pour la Société des Jacobins de Paris, roir l'excellenle étude de AL Aiûard, Eludes et Leçons sur la Révolution franeali^e, in-i8, Alcan, 1890, p[). 71 etsq. ; et le Recueil de Dor.pour Vhist. du club des Jacobins, pp. Aulard. Jouaust, 3 vol. in-8, 1889-92). On sait que la Société avait des tendances monarchiques jusqu'en juin 1791 (-\ulard, p. 78); elle eut une attitude constitutionnelle jusqu'en juin 179:; (Ibid., p. 87).
(i) C'est le décret du i5 juillet 1791 (Arcli. Pari., XXVIII, p. 335) ou bien celui du iG qui suspendait le Roi de ses pouvoirs, mais ne prononçait pas la déchéance (Ibid., p. 377).
à la tribune de la Société des Amis de la Constitution des Jacobins (1). Il y a parmi les grands chefs du party différentes vues; les uns veulent la République, espérant y jouer un grand rôle, par leur réputation de popularité ; d'autres veulent la régence pour la faire donner à ceux de qui ils espèrent de l'employ; les aristocrates se fourent partout, affm d'amener les troubles et l'anarchie, qui est le meilleur moïen de faire revenir le despotisme. Enfin les choses ont été portées au point, à la Société des Jacobins, que tous les députés, hors deux ou trois qui sont R(obespierre) P(étion) et R(œderer) s'en sont retirés et ont juré de n'y plus reparaître : ils ont comencé à en former une nouvelle aux Feuillans (2); presque tous les députés qui étoient des Jacobins ont souscrit pour la formation de celle des Feuillans ; il y en a cependant encore quelques uns qui ne vont plus aux Jacobins, mais qui veulent rester neutres.
Tout le mal vient de ce qu'on n'a pas fait attention au choix des sujets dans celte société ; le nombre en est infini ; il est bien fâcheux que cette société, qui a rendu tant de services dans le commencement de la révolution, soit aujourd'huy tombée dans le discrédit, et que la partie, je peux dire la m.eilleure, fasse scission et s'en éloigne.
La Société de Poitiers va, je crois, recevoir des adresses ou lettres de l'ancienne et de la nouvelle Société ; si j'étais du conseil, j'opinerois pour ne faire réponse à l'une ni
(i) Il s'a2;-it ici des motions faites par Danton et Robert poir la destruction de la monarchie dans ies séances du club, les 21 et i:>. juin 1791 (Aulard, pp. 86-87), ^^ d^ 1^ pétition imaginée par Laclos (i.l-iG juillet) pour le remplacement de Louis XVI [Ibid., pp. 87-88) « par les moyens constitutionnels ».
(2) La scission entre la nouvelle Société des Jacobins et ses éléments modérés, qui fondèrent le club des Feuillants, se produisit après les fameux incidents du Champ de Mars (17 juillet).
l'autre, de quelque temps. Si la société de Poitiers a quelques adresses à faire, elle peut comuniquer directement avec l'Assemblée Nationale qui en reçoit actuellement une infinité des difTérentes sociétés des Amis de la Constitution, surtout depuis les derniers troubles, et par lesquelles adresses les sociétés protestent de toutes leurs adhésions aux derniers décrets comme aux autres (1).
Actuellement, et voilà le plus fâcheux, sçavéy-vous ce qu'ont produit toutes ces motions violentes contre le décret sur la royauté? Dimanche trois à quatre cents brigands, trangers pour la plus part, et soudoyés, ont attiré un peuple immense au Champ de Mars, pour faire une fédération contre l'Assemblée Nationale, et pour essaier les forces de ce peuple, et le faire au carnage; on a coupé la tête à deux invalides qu'on prétend avoir trouvés cachés sous l'autel de la patrie, dans la charpente. La garde a accouru et a arrêté ces factieux qui entroient promener les deux testes dans les rues de Paris.
Le même jour, au soir, l'attroupement a recommencé au même endroit; il a fallu déploier le drapeau rouge et publier la loy martiale ; la municipalité et la garde nationale s'est transportée au Champ de Mars ; ils (sic) y ont été assaillis de pierres et de coups de feu. La garde nationale, sans ordres et de son propre mouvement, se voiant ainsi attaquée, a fait feu de toutes parts; il y a eu douze hommes des séditieux tués et autant de blessés. I\I. de la Fayette avoit été raté le
(i) Avant que la leUre de Thibandeau fût parvenue à Piorry, la Société des Amis de la Constitution de Poitiers avait décidé à l'unanimité de féliciter les membres de la Société do Paris (|ui s'étaient retirés au\ Feuillants, « pour leur obéissance à laloiet auxilécrotsdc nos aun-uslos représentants ». Elle avait écrit aux membres du club des Jacobins pour les eni^-afirer à se réunir aux Feuillants (kj juillet lyfji.Dciibér. de la commune de Poitiers, nouv. série, Hcg. i).
malin d'un coup de fusil. Enfin tout a été dissipé. Paris a été le soir dans la plus grande agitation , mais il y a eu un ordre admirable dans la garde nationale. Les forts de la halle, les piques du faubourg St-i\.ntoine ont fait le service avec la garde nationale, et personne n'a remué ; la nuit a été tranquille ; hier lundy il n'y paroissoit pas. La municipalité a fait des proclamations pour défendre les groupes et motions au coin des rues, et quand il s'en formoit, les patrouilles passoient hardiment au travers et les dissipoient ; aujourd'huy mardy, le calme règne toujours (\).
Nous avons les plus grandes obligations à la garde nationale ; sans elle, l'Assemblée Nationale était pulvérisée, Paris était livré au pillage, et la famille Royale !... Ça fait frémir, et voilà ce qu'ont produit les violentes déclamations des orateurs des clubs avant et depuis les décrets. La veille, un attroupement de quatre à cinq cents hommes essaïa de nous intimider par des menaces et nous fit reculer en sortant de la salle ; mais, le lendemain, nous n'en n'avons pas moins prononcé suivant notre conscience. Il y avoit d'abord un assez bon nombre de députés opposés au décret, mais dans la discussion ils se sont rendus, de sorte que quand il a fallu opiner sur le décret proposé, il n'y a pas huit personnes au plus qui se sont levées pour opiner contre. Cette unanimité de près de mille députés est cependant bien imposante, caron ne peut pas présumerque toutecette massesoit oucorrompue ou ignorante, comnie le disent nos adversaires (2).
(i) Comparerce récit avec le procès-verbal du conseil crénéral de la cornmunedc Paris du dimauche 17 juillet (Arch. Pari., XXVIII, pp. 3;)8-/((ii). M. Aulard a rapproché et contrôle les lémoig-nai^es dans son élude sur F iailly et l'ailaire du Champs-dc-.Mars, Révol./r., 1890, Voir aussi Miciielet,
(2) Il s'ptjit de la fameuse discussion sur la déchéance du Roi {i3-i6 juillet 1791) (Arch. Pari., XXVIII, pp. 23i et sq.).
iG8 CORRESPONDANCE
Ce que je vous dis des Jacobins, je ne l'écris qu'à vous, quoyque j'aye raconté l'affaire du Champ de Mars à beaucoup de nos concitoyens.
Vais.
Thibaudeau à, Piorry (Colleclion privée. — Autographe).
(17 au 23 juillet).
Je vous envoie, mon cher collègue, tout ce que l'Assemblée Nationale a fait imprimer dans l'affaire du Roy. Tout est au statu quo. Le calme est parfaitement rétabli icy . Je désire qu'il en soit de même chez vous.
Les moines nous donnent partout bien du mal; vous verrez dans tous les papiers publics les mesures extraordinaires qu'jl a fallu prendre pour réduire ceux d'Alsace, et les empêcher de continuer tout le mal qu'ils faisaient ou voulaient faire (1). En général l'esprit est partout le même, parce que ces gens là, soumis à un seul homme, pensent et agissent en masse, et sont partout les mesmes. 11 ne faut cependant pas de violence; mais les corps administratifs doivent faire tout ce que l'opinion publique et le salut du peupledemandent; ilnes'agitpas de leur faire du mal, mais, qu'ils soient là ou là, cela n'est pas à mettre en parallèle
(i) Sur le rapport de ses commissaires dans les déparlements de l'Est, la Conslituautc approuve, le lâ juillet, l'arnHé du Directoire du Bas-Rhin sur les religieux cl ecclésiasiiqucs d'Alsace. Sur les troubles excités par la Conslilution civile, voir les pièces reproduites dans les Arch. Pari., XXVIII, pp. 387-894; el le récit, d'ailleurs assez partial, de Sciout (II, pp. 4io-4i3).
avec la Iranquilité de toute une ville. Prenez garde que cette affaire ne soit poursuivie trop vivement dans le tribunal (1) ; il pourrait en résulter les suites les plus funestes. • Je vous souhaite bonne santé, paix et tranquilité ; tout est calme icy quant à présent.
Thibaudeau.
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(24 juillet au ler août).
Vous me demandez, Monsieur et cher confrère, si on doit ajouter foy au bruit d'insurrection du 24 juillet au 4 août. Nous n'avons entendu parler ici de rien de si précis à ce sujet, mais on se défie grandement de tous les étrangers qui abondent à Paris. La municipalité travaille à en faire le recensement, pour faire connaître tous les étrangers, afin qu'étant connus on les surveille de plus près (2). Du reste on n'entend plus parler de rien. Paris est dans un calme profond ; mais c'est souvent l'avant-coureur de la tempête;
(i) Après le i[\ juillet, le Directoire delà Vienne avait invité les maisons reliii^-ieusesà fermer volontairement leurs chapelles; une émeute avait en effet été diris^ée contre celle des Capucins. Les maisons reliîj^ieuses refusaient, invoquant la loi du 7 mai (Rep;-. des délibér. municip., juillet lygi.Reg. n" I, nouv. série. — Resr. des délib. du Directoire, i5 juillet 1701. Arch. Dép. K. i,f°99). . J /J .
(2) Les i5 et iG juillet, la Constituante avait adopté les premiers articles de la loi sur la police municipale, et enjoint à la commune de Paris de prendre des mesures pour la surveillance des étrang-ers (Arch. Pari., XXVIII, pp. 3G4-36G); l'expulsion des étrangers commenra après les événements du Champ-de-Mars (rapport de Bailly, 2.3 juillet, sur le recensement des habitants de Paris. Arch. Pari., ibid., p. 543).
170 GOBRESPONDA.NCE
surveillez exactement tout le monde, vous qui avez aussi beaucoup d'étrangers, dit-on, dans votre ville.
Les prêtres réfractaires ont causé des soulèvemens considérables dans deux ou trois endroits du royaume, et il y a eu des paysans tués ; mais le calme est rétabli partout (1). Il n'y a eu qu'un cri dans l'Assemblée contre tous les prêtres réfractaires des départements, lorsqu'on a rendu compte de ces affaires. Le département de la Seine-Inférieure est chargé, pour commencer, de présenter un plan de distribulion de tous les moines et prêtres dans les lieux où ils ne puissent faire de mal (2),
Le comité s'en occupe aussi, et il y aura, à ce sujet^ un règlement général, puisqu'on ne peut espérer ni paix ni trêve avec ces gens là, pas plus qu'avec les nobles. Il faut donc les surveiller tous, de manière d'abord à ce qu'ils ne puissent nous faire de mal, et ensuite à ce qu'on ne leur en fasse pas non plus à eux, car il ne faut pas suivre les mauvais exemples ; la voix de l'humanité doit toujours se faire entp-ndre aux bons patriotes.
Je vous souhaite le bonjour,
Thibâudeau.
A Piorry le jeune.
(i) Il y avait eu en effet des troubles en Vendée, en Alsace, et dans le pays deCauxau sujet de la Constitution civile du rler^'é ( Vo//* les rapports de Goupilleau et de Vieillard de Coulances, 28 et 28 juillet. Arch. l'arl., XX^'I1I, 548, 770;. Il y en eut aussi à Brie-Conite-Robert et à Douai [lOid., XXIX, pp. i2r>-i8G)/l)e là, le /[ août un projet .de décret contre les prêtres non conformistes {//jid., 181-184).
(2) Il s'aij;'it du décret du 2.3 juillet 1791 rendu sur le rapport de Vieillard ; l'article 4 confère au Directoire de la Seine-Infericure les pouvoirs dont parle Thibâudeau (Arch. Parlein., XXVII, ôrjo-ôôi).
M. Thibaudeau, député, à M. Piorry, membre du Directoire du Département (Bibl. Muoicip. Mss Qo 30G, papiers Piorry. — Autographe).
(fin juillet 1791).
Je viens, mon cher confrère, d'avoir une conférence avec le ministre de Tiniérieur et monsieur de Saint-Romain, son chef de bureau, et son faiseur en cette partie. Ils m'ont fait des observations qui m'ont infiniment touché et dont je vais vous rapporter le précis.
1° Les foires et marchés sont établis pour l'utilité publique ; il faut suivre l'impulsion de la majorité de ceux qui y ont intérêt; et si le plus grand nombre de ceux-ci veut s'assembler plutôt dans un endroit que dans^l'autre, ne fautil pas se conformer au vœu du plus grand nombre des intéressés à la chose?
2° Si on voulait aussi considérer Tintérêt des habitans du lieu où la foire se tient, quand il y a diversité d'avis parmi les habitans, il faut alors se décider par la majorité des suffrages de ceux qui forment la communauté.
3" Les principes dans cette matière étant de droit et d'intérêt public, les traités faits anciennement ne peuvent lier les individus actuellement existants.
De là on conclut :
1° Que si le plus grand nombre des intéressés aux foires de Chauvigny veulent s'assembler dans la ville basse, per-
17â CORRESPONDANCE
sonne n'a le droit d'en empêcher, el le les faire aller dans un autre endroit.
2° Que s'il y a diversité d'avis dans la communauté de Chauvigny, il faut suivre le vœu de la majorité de la commune. Croiez-vous, par exemple, que si on voulait, dans . notre ville, transférer les foires de la ville basse dans la ville haute, les habitans de la ville basse eussent le devoir d'en empêcher, et qu'on pût critiquer la délibération de la commune, sous prétexte qu'il y a plus d'habitans intéressés à la chose dans une partie de la ville que dans l'autre?
3" La transaction de 1705 ne peut être une loi perpétuelle ni obligatoire pour les individus actuels, parce que, dans cette matière, les circonstances de localité peuvent bien changer dans l'espace de 80 ans; d'ailleurs il s'agit ici de la liberté naturelle de s'assembler pour vendre et acheter. Dans une ville, les vendeurs et les acheteurs sont maîtres de choisir le lieu qui leur paraît le plus commode. On ne peut pas leur opposer ce qui a été convenu et pratiqué il y a 80 ans.
Voilà, mon cher confrère, le précis des raisons que ces MM. m'ont donné pour relater les suites de cette affaire. Et puis, pour un si modique intérêt, faut-il faire marcher une armée et faire couler le sang, dans une circonstance surtout où il n'y a malheureusement que trop d'autres sujets de division, et où il est de la plus grande importance de ne point donner lieu aux troubles publics? Il ne faut quelquefois qu'une étincelle dans les temps orageux pour donner lieu à un embrasement.
Le plus fâcheux est que l'autorité du Directoire a été compromise sur cet artic'e ; mais quand j'ay fait cette représentation au ministre, il m'a dit: «Voulez-vous aussi que
DU CONSTITUANT THiBAUDEAU 173
je compromette la mienne, et que, 'si je donne des ordres rigoureux, je sois obligé de les soutenir par la force des armes, ou de reculer, pour une misère de cette espèce? » Voilà, mon cher confrère, le résultat de ma conférence, d'après laquelle le ministre (1) a pensé que le département n'avait que la voie de la négociation pour assoupir cette affaire. J'ai laissé au secrétaire la lettre du directoire, etl'acte qui y est joint; il m'a dit qu'il y réfléchirait encore, et qu'il ferait une réponse que le ministre signerait (2).
(i) Le ministre de l'inlérieur était Valclcc de Lessart; M. Saint-Romain (Pétig'nyde), chef de bureau, avait été auparavant l'^r commis au secrétariat d'Etat de la maison du roi et s'occupait de l'administration générale [Almanach royal 1790, p. 227).
(2) L'affaire dontThibaudeau parle estéclaircie par les renseignements que nousdonnent les papiers Piorry. On trouve dans ceux-ci, à la date de juin 1791, un mémoire adressé au nom du Directoire de la Vienne par Piorry à Thibaudeau. En voici le résumé. Les habitants de la haute et de la basse ville de Chauvigny étaient en désaccord au sujet des foires. Par une transaction conclue en 1705 [Voit- celte transaction, Arch. de la Vienne G. 28..), il avait été convenu que les marchés alterneraient entre la haute et la basse ville, et que l'une en jouirait cinq mois et l'autre sept. Mais la basse ville avait violé la transaction : elle prétendait tenir son marché du samedi et ses foires pendant toute l'année, et priver ainsi la haute ville des siennes. La municipalité de Chauvigny, soutenue par la garde nationale de la ville basse, avait imposé ce changement à la haute ville. De là, pétition au Directoire qui ordonne l'exécution de la transaction de 170."), annule les délibérations de la municipalité de Chauvigny, et envoie sur les lieux Piorry avec le secours de la force armée pour prêter main-forle à la loi (Délibér. du Directoire de la Vienne, lOjuin 1791. Rc^'. K. i,fol. 88, Arch. Dép.). Piorry, arrivé à Chauvigny, trouve les « séditieux prêts à perdre la vie plutôt que de renoncer à leur élablisscment » ; il veut empêcher dans la ville basse la tenue du marché du samedi. II est entouré, « menacé de la lanterne et son escorte est forcée de se replier ». Le ministre de l'intérieur, de Lessarl, auquel le Directoire fit part de l'affaire, répondit le /j juillet « que l'on était libre de se réunir dans tous les lieux publics pour vendre et acheter .;, mais qu'il se prêterait volontiers à faire exécuter les arrêtés du Directoire dont l'autorité avait été méconnue. Le Directoire essaya de transiger avec les officiers municipaux, mais ceux-ci restèrent intraitables. Seconde lettre du ministre le 2.") juillet, conseillant de nouvelles négociations. C'est alors que Piorry demande à Thibaudeau d'intervenir auprès de Lessart, pour terminer un différend qui menace d'allumer « une guerre éternelle entre la haute et la basse ville ». (Piorry à 1 hibaudeau, finjuillet 1791. Papiers Piorry, fol. 5o. Bibl. Municip.).
17i CORRESPONDANCE
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(27 au 28 juillet 1791).
J'ai moi même remis votre lettre au sujet du casernement au ministre (1) ; il m'a dit comme je m'y attendais bien qu'il fallait faire vérifier si le local était convenable ; je lui ai proposé de prendre les instructions de M. Bauvallon,'qui est ici, que je vois souvent et qui me paraît bien patriote : nous en sommes convenus, et je vais en prévenir M. de Beauvallon (2).
La question du logement de la garde nationale n'est point encore décidée. L'organisation de ce corps n'est pas encore entièrement finie; on y travaille (3). Ainsi il faut attendre pour fixer le lieu de leur logement.
Je vous souhaite. Monsieur et ami, le bonjour, et bonne santé.
Il faut pas penser à avoir de canon du gouvernement; tout se porte sur la frontière et on ne peut y suffire.
(i) Le ministre de la guerre était du Portail.
(?,} Reg'nault de Beauvallon, commissaire ordinaire des g'uerres divisionnaire, demeurait à Poitiers et à l'intendance de cette ville, rue de l'Eperon, quartier A, n" i48 (Al/nunac/i royal 1790, p. 197. — Alinanach prorincidl du Poitou, p. 119).
(3) La Constituante s'occupait, depuis le 21 juin, de l'organisation des gardes nationales (Arch. l'arl., XXVIL 3g3); le i3 juillet, elle fixa leur uniforme, le iG, leur armement, et depuis le 27 juillet, elle discutait une loi générale sur leur organisation (Arch. Pari., XXVIII, 223^ 36i, 711); la discussion finit le 28 juillet.
Thibaudeau à Piorry (Collection privée — Autographe).
(i*'' au 5 août 1791-)
Monsieur et ami,
La scission de la Société des Jacobins est décidément sans remède ; actuellement, libre à celle de Poitiers de s'affilier à l'une ou à l'autre ; je ne vous donnerai point d'avis là-dessus, parce que pourrais sans doute me tromper, comme sur le dernier, dont je vous avais fait part à ce sujet (1).
Il n'est pas possible de vous faire avoir des canons ; on porte tout ce qu'on a de forces sur la frontière (2).
J'étais encore il y a deux jours avec M. Beauvallon, au bureau de la guerre, et je demanday à M. Daurange, chef pour le casernement, qui a depuis longtemps dans son portefeuille votre travail sur le casernement, je lui demandai de le mettre sous les yeux du ministre, afin qu'il le présentât au comité militaire: il me répondit, comme la dernière fois : « Il n'y a pas de fonds pour cette dépense, » et puis il me renvoyait toujours aux maisons religieuses (3). Je lui dis
(i) Sur cette scission, voir les notes de la lettre n» LXV.
(2) Le 22 juillet, Lainelh avait présenté et fait adopler un décret sur les mesures de défense extérieure (Arch. l*arl.,tonie XXXIII, pp. !jo()-jj2o). La Prusse et l'Autriclie venaient de se rapprocher (mai ly^ij ; Léopuld II avait adressé une circulaire aux souverains sur les affaires de France, et il concluait, le 20 juillet, un traité avec la Prusse ; à la fin d'août avait lieu l'entrevue de Pillnitz (H. de Sybel, l'Europe pendanl la lier, fr., II, pp. 278- 3i4- — A. Sorel, rEurope et la /iéroliition, tome II). C'est alors que fut décidée la levée des volontaires par hi Constituante.
(3) Sur cette affaire du casernement, voir lettre n^ LXII. — De Beauvallon est le commissaire des guerres déjà signalé, en résidence à Poitiers avant M, de Vareilles, Pour M. D'Aurange, voir plus haut.
que, fonds ou non^ cela n'empêchait pas qu'on ne fît toujours le travail de l'approbation du plan, pour être exécuté dans un temps ou dans un autre ; que quant aux maisons religieuses, il n'y en avait pas de convenable. Il me promit cependant de s'en occuper, mais je crois que vous parviendriez plus facilement à avoir la maison des Bénédictins ou tout autre bâtiment national; vous verrez tous les principes à ce sujet, et la forme de se pourvoir, dans le Code militaire de l'Assemblée Nationale, à la date du 2 de ce mois {Journal des Débats n" 772), et surtout l'article 6 du titre 4.
Sivous adoptiez ce parti, ilneseraitquestion que d'en faire un arrêté au directoire du département, et une lettre au ministre 011 vous demanderiez l'un ou l'autre plan. Il n'y aurait pas de mal d'avoir l'approbation du commissaire des guerres ; si c'était M. Bauvallon, je vous répondrais bien de lui. Mais je ne sais pas comment M. de Sommières (I) prendra la chose ; il ne sera pas sans doute content de la plainte que vous avez portée contre lui, avec juste raison, au sujet des armes du magasin. On en est très mécontent au bureau de la guerre, et il a déjà reçu une réprimande à ce sujet. Un des commis m'a dit qu'il avait porté une somme de 60 fr., je crois, en recette pour les armes dont il avait fait raison; mais j'ai observé que cela ne suffisait pas, et qu'il fallait satisfaire le département, et au moins répondre à sa lettre. Ils m'ont assuré n'en avoir pas reçu, et je le crois, car M. de Sommières n'est pas favorisé dans le bureau. Avant de remettre la lettre du déparlement au comité militaire,j'ai jugé devoir demander moi-même justice au ministre; on m'a
(i) M. de Vareilles-Sommières, commissaire-ordonnateur des guerres, grand-juge militaire de la 21° division (troupes du Cher, Creuse, Vienne, Haute-Vienne, Indre et Allier), demeurant à Poitiers, place Royale {Alrnanach provincial, 1792, p. i32), avait succédé à M. de Beauvallon.
promis une réponse par écrit, et si je ne l'obtiens pas de suite, j'iray plus loin.
Je crois qu'il ne faut point que vous parliez de cela devant notre confrère G"", parce que M. de Sommières pourrait le savoir; on le dit toujours fort lié avec les nobles; je n'en sçais rien.
Nous sommes fort tranquilles dans ce moment; et point de nouvelles majeures; nous comptons nous mettre, la semaine prochaine, à la rédaction de la charte constitutionnelle, que les comités ont déjà revue (1).
Je vous désire bonne santé, paix et tranquilité.
N'allez pas trop loin pour venger les Capucins (2).
Thibaudeau à, Piorry (Collection privée. — Autographe).
(.'» août lyyi.)
Je viens, Monsieur et cher confrère, de porter au comité d'aliénation vostre lettre et copie d'arrest concernant la Grand'Maison, et aussi un mémoire que M. Labady (3) m'a envoie sur le même sujet,par lequel il demande à continuer de jouir par provision de ce domaine, en attendant qu'il ait
(i) La révision de la ^'Onslitiition commença le 5 août. Voir ci-dessus.
(2) Voir ci-dessous pour la question do la fermeture du couvent des Capucins à la suite de l'émeule du i/f juillet 1791.
(3) Labady, doyen de la P'aculté de théolog'ie, demeurait rue des Feuillants (Almanach du Poitou, i78()et 1791); il avait été nommé en 1791 (janvier) par le tribunal de l'Université, pour remplir les fonctions de principal du collèg-e Slc-Martlic, et expulsé par le Directoire et la municipalité (24 janvier 1791. Keg-. desdélibéi-. du Dii-ectoire, K. i, fol. /(i).
été fait de nouveaux règlemens sur l'enseignement; M. Creusé de Châtellerault est chargé de faire rapport au comité et ensuite il vous répondra.
Il est étonnant que, dans aucun de ces mémoires, on ne dise ni le temps d'exercice qu'avait M. Labady quand il a eu le traitement, ni ce que vaut la Grand'Maison.
Il est fort douteux si l'Assemblée Nationale actuelle aura le temps de s'occuper du nouveau régime d'enseignement (1), parce que nous avons décrété hier, nemïne contradicente, que les assemblées électorales se formeraient du 25 de cemois au 5 août, pour nommer nos successeurs qui viendront sur le champ nous remplacer (2). Nous allons d'abord nous occuper jusque là de la révision de la Constitution, dont la collection est imprimée ; nous commencerons lundy ; je vous envoie un exemplaire (3).
Je n'ay encore pu trouver le temps de conférer avec le ministre, de l'affaire de Chaùvigny ; ce sera pour lundy prochain (4).
Je dis un mot à l'ami Gennet de l'affaire de la navigation (5),
(i) En effet, l'Assemblée Constituante laissa aux assemblées qui suivirent le soin de réorj^^aniser l'enseignement. Toutefois, elle avait chars^'é un de ses Comités d'étudier la question ; Talleyrand rédiii;-ea à celte occasion un très remarquable rapport (A. Duruy, V Instruction publique et la Révolulion. — Arcb. Pari., tome XXX, pp. 447 et sq., 10 septembre 1791).
(2) Parla loi du 29 mai 1791,1a Constituante avait décrété que les assemblées électorales se réuniraient le ler juillet (Arcb. Parlem., XXVI, 5o4) (litre i^'', art. i^r) ; mais le 24 juin un décret avait ajourné la réunion (Arch. Pari., XXVil, /(86). C'est entre le 5 el le 7 août 1791 (jue la Constituante ordonna que les assemblées électorales seraient convoquées du 20 août au 5 septembre (Arcb. Pari., XXIX, 240). 11 y a donc un lapsus dans ce passage de la lettre.
(3) Le f) août, Thourel donna lecture du projet de Constitution (Arcb. Pari., tome, X\IX, pp. 207 el sq.); la discussion générale commença le lundi u aoùl {Ibid, p. 2O2).
(4) Voir sur cette affaire la lettre n" LXIX.
(5) L'Assemblée s'était occupée à diverses reprises des travaux publics. Le projet qui tenait le plus au cœur des Poitevins était le rétablissement de
Je vous souhaite le bonjour et bonne santé
Thibaudeau.
Vous me dittes, fort en abrégé, que vous avès l'ait mettre le scellé au petit séminaire (i); je me suis douté que le R.P. général se donnerait quelques mouvemens à cet égard et j'y ay veillé ; j'ay en effet trouvé au Comité d'aliénation un mémoire par lui fourni, dont je vous envoie copie; voyès si vous voulès y répondre; vous pouvès prendre votre temps, car d'après quelques observations que j'ay fait au comité, il ne se pressera pas de revoir ce mémoire, et je crois bien qu'il restera tout à fait dans l'oubli, ou même jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la congrégation des Lazaristes (2), ce qui poura se décider tout à fait à la quinzaine.
la navif^alîon du Clain (La Marsonnière (de), la Navig-. du Clain. Bulletin des Anliq. de V Ouest, iSgGj. Dès le i3 août 1791, les dcpulés Laureuce et Faulcon exposaient au conseil de la commune de Poitiers qu'il serait avantageux de s'occuper du rétablissement de ^la navii^abilité de cette rivière (Délibér. du cons. de la cora. de Poitiers, 21 août 1790. Reg. 197); le 20 octobre, une députalion descommerçans demandait qu'on rendît le Clain navigable de Poitiers à Chàtellerault (20 octobre 1790, ibid). Le 11 novembre, Thibaudeau lui-même, au nom du Directoire du district, priait le Conseil général de la Vienne d'examiner la question de la navigation du Clain (Délibér. du Cons. gén. de la Vienne, 11 novembre 1791. Arch. Dép. série L),
(i) Les Lazaristes et leur supérieur Chaudey, qui dirigeaient le i^-rand séminaire de Poitiers et le petit séminaire Saint-Ciiarles, étaient les rhel's de la résistance à la Constitution civile du clergé. Le 28 juillet, le Directoire de la Vienne, « vu leur refus de prêter le serment et le renvoi opéré par eux en janvier des séminaristes d, considérant « leurs menées contraires à l'esprit de la Constitution )>, ordonna qu'ils seraient déchus de leurs fooctions, que le petit séminaire serait fermé comme établissement désormais inutile, que le supérieur et le directeur seraient expulsés dans le délai de trois jours (arrêtés du Directoire de la Vienne, 28 juillet et 4 août 1791. I^eg. K. I, fol. io2-io3, Arch. Dép ).
(2) La congrégation des Lazaristes avait été exceptée du sort des autres ordres religieux, comme vouée à renseignement.
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(9 au 12 août 1791).
J'envoie aujourd'hui aux officier? municipaux de Poitiers pour 3000 livres de petits assignats, pour leur caisse patriotique ; et je leur mande de s'adresser à vous pour avoir de la monnoye de la Rochelle, conformément aux derniers décrets que je leur ai fait passer l'ordinaire dernier (1).
Nous commençâmes hier vendredi la discussion de la rédaction de la Constitution. On passa la déclaration des droits de l'homme, et le préambule du titre 1"; une discussion sur la liberté de la presse nous a arrêté quelque temps, et n'est point encore terminée (2).
(i) La municipalité de Poitiers avait org'anisé en faveur des ouvriers, le 12 juillet, une caisse de confiance pour l'échange au pair des petits assignats. Elle avait écrit à Thibaudeau qui lui envoya 3ooo assignats de 5 I. La municipalité prit un arrêté pour empêcher l'accaparement des petits assignats et décida qu'on fournirait par semaine i5oo I. de ces petites coupures, pour les distribuer les mardis, vendredis et samedis, à ceux qui présenteraient une valeur de pareille somme en bons de la caisse de confiance, qu'on ne pourrait délivrer qu'un seul assignat par jour à la même personne, et qu'on tiendrait des états nominatifs de tous ceux à qui on délivrerait les assignats (Délibér. du i4 août iGoi. Re»-. n° i).
Une pièce de la collection Tornezy contient les remerciements adressés à Thibaudeau pour l'envoi d'assignats de loo sous de la valeur totale de 3oool. et une demande de loooécus d'assignats de 5 1. par semaine. En voici la conclusion : « Veuillez faire en sorte de nous faire passer régulièrement nos assignats chaque semaine, et vous pouvez compter sur notre exactitude à vous rembourser; nous vous enverrons même d'avance de gros assignats pour les échanger à la caisse. »
Les officiers nnuiicipaux de Poilicrs ; Creuzé, maire ; Boncennc, Motet, Gaillard, Allard et Fradin.'
Poitiers, \l\ août 1791.
M. Thibaudeau, député à l'Assemblée Nationale.
(2) Les préhminaircs de la Constitution, c'est-à-dire la Déclaration des
M. d'Eprémesnil qui revient, dit-on, de Tournay, sans avoir rien fait, déclara, au nom de tous les siens, persister dans leurs précédentes déclarations, sans les expliquer (I). Trois nobles de notre costé, qui sont M" de Croix, d'Harambureet Dillon, ont déclaré ne prendre part à la délibération sur la noblesse ; on a passé à l'ordre du jour (2).
Je vous le souhaite bon, et bonne santé.
Thibaudeau
J'ai reçu votre lettre, hier au soir; votre correspondance par la poste de Limoges retarde beaucoup icy, parce que nous ne recevons les lettres par cette voie que la veille du départ du courrier, ce qui est embarassant pour répondre. Je n'ai rien reçu des Amis de la Constitution.
droits, avaient été adoptés le H août (lundi); le vendredi 5 août, Thoiirct avait déposé son rapport. Le titre premier (dispositions fondamentales {garanties par la Constitution) concernait la liberté de la presse : Huzot et Pétion })résenlèrent à ce sujet des observations^ (g août, Journal des Débats, no 8io; Arch. Pari., XXIX, p. 2<)2).
(i) Duval d'Eprémesnil, le célèbre chef de l'opposition en 1787 (Cf. H. Carré. Un c/tp/ d'opposilion parlemcn/aiiT. Ownl (l'/'J/)rémesnil. fiévol, française, octobre iH()7), conseiller au Parlement de Paris, dépiilé de la noblesse de Paris hors-les-murs, l'un des chefs île l'exlrcme droite dans la Constiluante, protesia dans la séance du 8 août contre les décrets constitutionnels, comme attentatoires « aux principes constitutifs de la monarchie française », Il fut a[)puyé par l'abbé Maury, .Madier de .Montjau, de Vaudreuil, etc. (Arch. Pari , XXIX, 200).
(2) Ces détails manquent au procès-verbal reproduit dans les Archives Parlementaires. Les trois représentants ici désignés étaient M. le comte de Croix, député de la noblesse d'Artois, le comte Arthur Dillon, député de la Martinique, et le baron d'Haramburc, député de la noblesse de Touraine (Cf. iJrette, tome H).
18i2 CORRESPONDANCE
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
i3 août 17Q1.
Monsieur et ami,
Toutes les nouvelles dont vous me faites part sont puisées dans les journaux des aristocrates, et dans celui de Prud' home qui, dans son genre, est aussi mauvais (1). Il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce qui se débite, fors sur ce que l'Assemblée Nationale ne reculera pas d'une ligne, les ennemis fussent-ils aux portes de Paris. Mais ils en sont bien éloignés, et rien n'annonce la guerre dans les pays contigus à nos frontières ; aucune puissance ne la désire ; tout le monde la craint, et l'Empereur plus que tous les autres, parce qu'au premier choc il perdrait tous les Pays- Bas, et sûrement pour toujours (2).
Nous n'avons d'inquiétudes que sur la réponse que fera le Roy, quand on lui portera la Constitution (3) ; ce qui fait craindre des troubles, c'est qu'il ne s'entoure chaque jour
(i) Les journaux royalistes les plus connus étaient les Actes des Apôtres, VAini du Roi, le Journal de Paris, le Mercure, etc. (Voir les éludes de Marcellin Pellet). Quant au journaliste Prud'homme, il était le principal rédacteur des Révolutions de Paris, journal hebdomadaire. (Voir l'art. Prud'homme, Biogr. Michaud. Supplément, tome 74, p. loG).
(2) On était lUa veille de l'entrevue de Pillnitz (27 août); les vues de Thibaudeau ne sont pas très éloignées de la réalité. L'Empereur Léopold ne désirait pas la guerre, et sa fameuse déclaration du 27 août, qui excita tant d'émotion en France, n'était, au fond, qu'un moyen de leurrer les émigrés (A. Sorel, II, 202-203).
(3) Le 5 août, La Fayette avait demandé que la Conslilulion, une fois décrétée, fût soumise à l'approbation du Roi (Arch. Pari., XXIX, 217). On craignait que le Roi refusât son acceptation : si le Roi, en fait, accepta la Constitution, ce fut pour gagner du temps et préparer l'intervention de l'étranger (Sorel, II, 270-275).
que de nos plus fameux aristocrates, qui vont lui faire la cour ad tunium, par départements. Aucun patriote n'en approche, ce qui fait craindre qu'il ne fasse encore quelque école ; mais, comme ces gens là sont de mauvaise foy, ils lui conseilleront aussi un parti de mauvaise foy ; acceptez toujours, lui diront-ils, et ensuite, dans d'autres temps, vous pourrez vous défendre sur ce que vous n'étiez pas en pleine liberté. Voilà l'opinion la plus vraisemblable sur ce qui arrivera.
Nous travaillons toujours à la révision de la Constitution. Cela nous tiendra plus que je ne pensais, et au moins toute la semaine prochaine. Nous en sommes restés, hier vendredi, à l'article 7, secteur 3. Les aristocrates nous ont fait la première attaque, pour revenir sur nos pas. C'est Malouet qui était leur orateur ; il a été vite éconduit (1).
D'autres presque aussi dangereux ont aussi entrepris d'entamer la Constitution. C'est au sujet du marc d'argent, article 7, secteur 2. Le comité proposait quarante journées de travail dans les villes^ trente dans les campagnes, et une exception pour les fermiers sans propriété.
Le plan a été vivement attaqué au fond; cependant il avait beaucoup de partisans, mais on a regardé que c'était là un projet dangereux des intrigants patriotes qui voulaient commencer par faire entamer la Constitution en un point, pour ensuite, cette brèche faite, tâcher de faire révoquer les décrets sur les places du ministère et l'éligibilité à la législature. Il y a eu une lutte terrible, pendant deux jours, sur cette question. Cela nous fit dîner jeudi, à cinq heures et demie, et je vis l'heure, deux ou trois fois, que le parti
(i) Voir sur la discussion du vendredi 12 août, au sujet de l'article 7 de la section 3 du titre 3 de la Constitution, les Arch. Pari., XXIX, 38 1 et s([.
18i CORRESPONDANCE
ferme l'emporterait ; ce ne fut qu'à force d'amendements et de tapage qu'on l'emporta. Enfin, hier vendredi, il fut proposé à la fin de la séance, et dans le moment où on ne savait plus où on en était, il fut proposé d'ajourner cet article à la fin de la Constitution, parce qu'au moins si l'Assemblée Nationale revient sur le décret du marc d'argent, on ne pourra pas en faire un prétexte pour revenir contre d'autres décrets (1).
L'Assemblée est en général fort mécontente de la rédaction du Comité ; on fait partout des rectifications et des ajoutés à leur rédaction ; c'est ce qui nous retarde. Nous nous sommes tenus en garde contre les propositions faites par des gens qui ont toujours passé bons patriotes, mais on les connaît pour des intrigants, des ambitieux qui voudraient faire révoquer les décrets sur le ministère et l'éligibilité des députés sortans (2).
Thibaudeau
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(vers le 20 août i79i)-
J'ay reçu, monsieur et cher Confrère, la lettre que vous m'avés fait le plaisir de m'écrire et celle du directoire pour
(i) La discussion sur les conditions d'électorat dura, en effet, le 1 1 et le 12 août; elle fut très vive. Thouret. Barnave, Le Chapelier, rcpréscntèreot le parti Feuillant ; Pélion, Buzot, Rœdorer. Robespierre, le parti avancé. La discussion Huit par l'adoption d'une motion d'ajournement de l'article 7 présentée par le député Veruit-r (Arch. Pari., XXIV, I^ôù-SSq).
(2) Il s'an:it ici des députés Feudlanls, Thouret, Barnave, Lameth et leurs amis, devenus suspects pour s'è:re rap[)rochés de la luoaarchic, et qui l'uriMit joués par la lU'iuc (Sorel, 11, 2G0-2(i<j).
le comité ecclésiastique ; je crois en effet avoir répondu à nostre confrère Braud (1), que le Comité de Constitution ne répondoit plus aux lettres qu'on lui écrivoit, parce qu'il jugeoit qu'il falloit s'adresser au pouvoir exécutif, mais d'autres comités répondent, notament celui ecclésiastique ; j'y ay remis la lettre du directoire, etj'ay lieu de croire qu'on lui répondra à ce sujet.
A mon avis je crois que la demande des PP. Durand et Stéphanousky (2) est légitime.
Vous estes trop scrupuleux à porter vos décisions ; que vous fait l'avis d'un comité qui n'est souvent que l'avis d'un seul de ses membres? Vous avès plus de pouvoir et d'authorité que tous les comités de l'Assemblée Nationale ; ils vous donnent des consultations où ils se trompent quelquefois tout comme un autre.
La pétition du s'' Perronneau peut être de bonne foy, mais elle n'est pas dans les termes de la loy, et je crois que vous avés bien fait de rejetler sa demande.
Je ne perds point de vue l'affaire du casernement, et je vas encore aller au Comité militaire pour voir si le bureau de la Guerre y a envoie les pièces comme il me l'avait promis (3).
Il n'y a goint de nouvelles extraordinaires icy ; tout y est en paix; les émigrés s'agitent beaucoup sur les frontières,
(i) Brault, procureur q'énéral syndic du départemcut. Nous ne savons de quelle affaire il est question.
(2) Nous iîçnorons à quel ordre appartenait le P. Durand. Quant au P. Slephanowsky, c'était un [jrofesscur de lliéolcji'ie de l'ordre des Jacobins (La Liborlièrc, Soiioeiiin; du vii'iia; Poitiers, p. O7).
(3) On voit par un billet de M. de 13eauvallon, adressé à Thibaudeau, le 25 août, que M. de Bt-auvalion était allé voir M. Daurani^e ; ce dernier devait discuter avec Thibaudeau l'alTaire du casernenn^ul et de l'acquisition de la maison des Bénédictins ^M. de Beauvallon à Thibaudeau. Pap. Tliib, f" 70).
mais on ne croit pas qu'ils veuillent et puissent rien bazarder; il y aurait trop de risques à courir pour leur teste (l). Je vous souhaite le bonjour et bonne santé.
TniBAUDEAU
Thibaudeau à Piorry (^Collection privée. — Autographe).
(S. d. — 22 août 1791)-
Je suis bien fàcbé, Monsieur et ami, de ce que vous me mandés s'estre passé au directoire entre M. Butant et vous mais je vous blâme d'avoir quitté la partie ; le bien public exigeait que vous restassiez à votre poste pour y braver tous les orages, quels qu'ils puissent estre ; ainsi je vous conseille très fort d'y rentrer ; il faut mépriser les injures et aller son chemin tout de même (2).
(i) On sait que les émigrés, et'notamment le comte d'Artois et Galonné, s'agitaient beaucoup à Coblenz, Turin, Berlin et Vienne, pour amener une entente entre la Prusse, l'Autriche et la Sardaigne (juillel-aoùt 1791. A. Sorel, C Europe et la Rénoluliûn, tome II).
(2) Piorry avait donné sa démission démembre du Directoire de la Vienne à la suite d'une discussion violente où il avait été outragé par son collègue Bulaud, Voici la lettre de démission qu'il adressa le lO août :
Messieurs,
Obligé par la nature de mon serment de remplir avec zèle et courage les fonctions civiles et politiques qui m'ont été confiées, j'ai acquis, comme vous, la libre faculté de manifester mon opinion pendant la tenue de nos séances. J'ai rempli, je le crois, ce devoir imposant et sacré, et je ne cesserai de le remplir encore, toutes les fois qu'il s'agira de l'intérêt de ma patrie.
Animé des sentiments les plus purs, pouvais-je imaginer. Messieurs, qu'une opinion contraire à celle d'un de mes collègues eût pu m'atlirer les plus cruelles disgrâces. Troublé dans mes fonctions, outragé et calomnié publi-
Les anciens gardes du Roy etbeaucoap de nobles affluent icy et aux environs, de toutes les parties du roiaume ; ils croient que le Roy va avoir la clef des champs, qu'ils lui feront alors une armée de 5 à G. 000 hommes de cavalerie, et qu'ils passeront sur le ventre à la garde nationale des campagnes pour emmener le Roy à Luxembourg. Mais on n'en est pas là; ce projet bien connu et éventé fera peutêtre prendre des mesures de circonstance; ils n'oseront rien entreprendre à Paris même (1). Le député extraordinaire de la municipalité arrive aujourd'huy lundy ; ils se montrent bien au moins nos municipaux! Je vas demain le promener partout où il faudra ; s'il y a du nouveau avant le départ du courrier demain, je vous en instruiray (2).
quenient, il est de l'honneur et de la dig-nilé du directoire de me justifier, ou je suis indigne de participer à l'avenir à aucune de ses délibérations.
J'attendrai dansle silence le plus respectueux la justice que vous me devez ; mais je me félicite d'avance de pouvoir être à même de repousser avec succès les traits envenimés de mes calonmialeurs.
Je suis. Messieurs, votre collègue, (Sig-né) P. S. Piorry.
P. S. Je demande que la présente lettre soit insérée dans le procès-verbal de votre séance, et que vous délibériez à l'instant sur l'affaire qui me concerne, afin que je puisse employer les moyens qui sont à ma dispositions (Bibl. .Municip. Mss. u° 300. — Papiers Piorry).
Le i8 août, le procureur syndic, au nom du Directoire, invitait Piorry à oublier le passé et à reprendre ses fouclions (Papiers Piorry, lettre du proc. syndic lirault).
La démission de Piorry avait été motivée par les injures que lui avait adressées Butaud au sujet de l'affaire des Capucins et de la rixe entre la g^arde nationale et le régiment en garnison à Poitiers. A l'occasion de celte rixe, on avait tiré quelques coups de pistolet qui n'avaient lait aucun mal. Piorry écrivait à ce moment à Thibaudeau : <( Le régiment part le 28 du mois; les aristocrates parlent avec des passeports; il laut un coup de peigne, ou on ne pourra les contenir; on annonce à Poitiers la contre-révolution pour le 2O ». {Souociiirs de T/iifjuiideaij,p[). Tli. Ducrocii, p. 72).
(i) On était au moment où se préparait l'enlrevue de Pillnilz. De là, les bravades des émigrés et des royalistes (Sorel, II, 2/\ù-2^>^).
(2) Sur l'envoi du député extraordinaire de la municipalité de Poitiers, on trouve dans le registre des délibérations du conseil général de la cornnmne, des détails explicatifs. A la date du 20 août, un des membres du Conseil (observe que « la municipalité ne peut voir avec indifférence la majeure partie des jeunes erens en état de servir, les gardes du corps et autres officiers de cette ville et des environs , partir et demander des passeports sous
Thibaudeau à Piorry (Colleclion privée. — Autographe).
(20 au 27 août 1791)'
Je répons. Monsieur et ami, sur plusieurs articles intéressant le département.
1° Soyez tranquille sur l'affaire de M. Labady. J'ay lieu de croire que vous recevrez sous peu une réponse satisfaisante du comité ; une maladie du premier commis de ce comité a suspendu le travail à ce sujet. Mais il est fait depuis ; le comité vous écrit aujourd'hui une lettre par laquelle
différents motifs, et qui ont tous, il y a apparence, le même principe; qu'il est incontestable qu'ils gagnent tous la frontière, et que ce sont autant d'ennemis qui cherchent tous à renverser noire constitution et ravir notre liberté ; que le bon ordre et la sûreté publique sembleraient nécessiter que l'on prenne des précautions; que l'on pourrait en instruire l'Assemblée Nationale, mais que plusieurs personnes se plaignent de ne pas recevoir de ■ réponse à des lettres qu'ils ontécriles à des amis et à des membres de l'Assemblée Nationale, que cela fait soupçonner que les lettres patriotiques sont interceptées, que, pour être plus certain que l'Assemblée Nationale en sera instruite, il conviendrait envoyer un courrier exprès, et sur ce que l'on a dit que le sieur Trigant, maître de poste, ferait avec plaisir le voyage : Ouï le procureur de la commune, les avis pris, a été arrêté qu'il serait écrit au président de l'Assemblée Nationale pour l'instruire de ces différents départs qui répandent l'alarme et la crainte, et que l'on dépêcherait un courrier pour être plus certain de la remise de la lettre et mettre l'Assemblée Nationale à même de prendre les précautions que sa sai^-esse lui suggérera ». Dans la même séance, la municipalité rédise et envoie une adresse à l'Assemblée pour demander la proscription des prêtres réfractaires,(( qui ne mettent que le trouble en agitant les esprits sous prétexte de religion ». (Déliber du 20 août 1G91. Reg. u"^ i). Sur son passage, Trigant avisait les municipalilés de Tours et d'Orléans des départs insolites qui se produisaient en Poitou. Le 28 le président de la Consiituanle accusait réception du message confié à Trigant, promettant (pi'on ferait mention dans le procès-verbal de l'Assemblée des craintes manifestées |)ar la municipalité de Poitiers (Délibér. du 2G août 1791, l^og. n" 1, mention de ces lettres). On trouve encore dans ce registre mention d'im maudeuicnl de 3.')o livres, pour frais de voyage, au profit du sieur Trigant (8 octobre 1791).
il approuve votre conduite et réserve à M. Labady à se pourvoir au comité des pensions.
2" Nous ne savons pas encore si nous aurons le temps de nous occuper des détails de l'instruction publique. L'ancien évùque d'Autun a là dessus un travail tout prêt ; il ne faut que le moment de le mettre à l'ordre du jour (1).
3' Vous avez été grand train dans l'affaire des séminaires, mais il n'y a pas de mal à cela ; je crois cependant que vous ferez bien de suspendre les opérations, pour parvenir à la vente, jusqu'à ce que l'Assemblée Nationale ait statué sur le sort des congrégations séculières^ ce qui ne tardera pas (2).
4° Quant à l'affaire des Capucins (3), ils ont donc trouvé un protecteur dans celui qui fait les fonctions de Procureur syndic (4). Je n'en ai pas la moindre connaissance, parce qu'il ne me ditmot de son administration, et il ace droit-là. Ainsi je ne m'en plains pas. Le dernier règlement à faire au sujet de tous les prêtres était mis hier soir à l'ordre du jour, mais le rapporteur ne s'est pas trouvé prêt; cela ne peut aller loin (5).
5° J'ai reçu plusieurs exemplaires de la délibération con-
(i)On sait que le, rapport de Talleyrand sur rinstruclion publifjue fut déposé le lo seplemlire lyç)! (Arch. j'arl., XXX, t\l\']).
(2) Jl s'agit ici de la mise sous séquestre du grand et du petit séminaire de Poitiers et de l'expulsion des Lazaristes.
(3) Une émeute ayant eu lieu le \!\ juillet contre le couvent des Capucins de Poitiers, le Directoiredu départemenlavait ordonné leur réintégralion le i5 juillet, s'ils le requéraient; mais, en t'ait, le couvent ne fut pas rouvert (Reg. du Directoire du département. Arch. Dép. K. i. i5 juillet 1791 — et de la municipalité, Arcli. Municip. n. s., no i).
(4) Le Directoire du district avait demandé la réintégration des Capucins. C'était un avocat, .lalian de La Ronde, (jui y faisait les fonctions de procureur-syndic en l'absence de Tliibaudcau (Cf. Reg. du Dir. de district, juillet 1791. Arch. Dép.)
(.5) C'est le projet de décret présenté le 4 août et renvoyé aux «oniités, sur les mesures à prendre contre les prêtres réfraclai-es (Aich. Pari , XXIX, p. 484).
cernant nos prolestants ; l'opinion est très bonne en ellemême; cependant je n'aurais pas été d'avis d'y donner la publicité de l'affiche, parce que cela peut donner lieu à des insurrections contre les dénoncés, ou contre leurs propriétés, et c'est ce qu'il faut éviter avec le plus grand soin, parce que, de ces sortes d'insurrections à la guerre civile, il n'y a quelquefois qu'un pas, et ce que nous devons uniquement craindre, dans ce moment, ce sont les troubles intérieurs (1).
J'ai régalé nos camarades de cet imprimé pour faire voir combien il y a de patriotisme dans notre ville ; et j'ay quelquefois besoin de venir ainsi à l'appui, car il y a une ancienne tradition qui n'est pas à l'avantage de nos concitoyens, surtout cela par exemple l'éloignement de l'assemblée électorale jusqu'au jour même qu'expire le délay n'a pas été bien prise (2). Ce sont, dit-on^ comme des gens qui vont à confesse la veille de la Quasimodo. Je ne sais pas les raisons qui ont pu engager le Directoire à éloigner ainsi, surtout y ayant la nomination de l'évêque à faire, et qui est pressante ; je dis le directoire, parce que je ne crois pas que Braud ait ainsi fixé ce jour sans prendre l'avis du directoire. Les uns disent que c'est à cause de la moisson ; mais on répond que la campagne est déjà toute découverte; moy, je dis que c'est parce que le directoire désire que nous restions ici le plus longtemps possible, et que par conséquent nos successeurs viennent le plus tard qu'on pourra ; mais, dans le vrai, je n'y entends rien. Les autres départements se pressent au contraire on ne peut plus, et désirent grande-
(i) L'Adresse de la niunicipulilé de Poitiers, au sujet des prêtres réfractaires, est mentionnée ci-dessus, p. 192, noie.
(.'.) L'Assemblée cleclorale de la Vienne ne se réunit que le 4 scplombre; on trouvera anMoniteur du 1 5 septembre les noms des députés qu'elle élut.
ment notre remplacement, et ils n'ont pas tort, soyez en très sûr, et pour cause. L'assemblée électorale commence à Paris le 26 de ce mois.
6° J'étais, je crois^ en relation particulière avec notre amiGennet,au sujet des projets de navigation(i), mais, comme sa maladie me prive depuis quelques jours de sa correspondance, je vais la reprendre avec vous.
Vous verrez, parle bulletin cy joint, que nous n'avons pas donné un moment de repos à M. de la Millière^ à qui cette affaire était renvoyée comme directeur général des ponts et chaussées. Nous sommes enfin allés au jour convenu chez lui, MM. Laurence, Faucon et moy pour notre département, et M. Briaud pour celui des Deux-Sèvres. L'Assemblée générale des ponts et chaussées s'en était occupée et avait fait un rapport qui nous était favorable. M. de la Millière nous l'a lu ; il en résultait qu'il y avait deux travaux proposés qui n'avaient pas précisément de relation nécessaire l'un à l'autre.
Le premier est de rendre le Clain, la Vùne et la Sèvre navigables jusqu'à Niort.
(i) Le Directoire de la Vienne avait prescrit à l'ing'énieur en chef Delapeyre de lever les plans et de dresser les devis des travaux de navii^-ation du Clain de Poitiers à Chàtellcrauit. Il avait sollicité, avec le Directoire des Deux-Sèvres, le ministre des finances d'accorder un crédit pour dresser les devis des travaux de jonction entre la Sevré et le Clain (Délibér. du Direct, de la Vienne, 20 avril i7tji. Ret;-. K. i, f» 70). M. delà Millière avait écrit à ce sujet à Thibaudeau le billet ci-joint:
a M. de la Millière n'avait point perdu de vue le billet que M. Thibau- « deau lui avait lait l'honneur de lui écrire, mais l'objet sur lequel il dé- « sirait le voir exigeait des renseignements qu'il n'a pu se procurer (jue « depuis peu de jours ; il sera à ses ordres, ainsi qu'à ceux de MM. les Dépu- « tés de la Vienne et des Deux-Sèvres, dcmaiulundi, vers six heures et demie « du soir.
« Ce dimanche, i/j août 1791.
« M. Thibaudeau, député à rAsseiublée Nationale, rue dos Auyustins, n° 38 (Papiers Thibaudeau, Bibl. Municipale). »
d92 CORRESPONDANCE
Le second de faire un canal de Niort h la Rochelle.
Le dernier article éprouve des difficultés, parce qu'il y a des réclamations contre :
\° de la part de Marans que cette entreprise ruinerait ;
2° de la part du déparlement de la Vendée qui pense que ce canal ferait préjudice à ses marais.
3" La dépense en est énorme.
4° L'utilité de ce canal n'aurait lieu qu'en temps de guerre, parce que, dans l'état actuel, on est obligé de prendre le large en mer pour aller de Marans à la Rochelle ; et, en temps de guerre, les corsaires sont là qui prennent les bateaux.
Nous avons représenté à M. de la Millière que, malgré l'utilité que le canal de Niort à la Rochelle pouvait présenter, ce n'était pas là notre principal objet, ni le plus essentiel. Le point important est d'établir la navigation de Châlellerault à Niort, parce que la navigation ayant lieu de Niort à la mer, une fois qu'elle serait également établie de Niort à Châlellerault, ce passage de la communication des deux mers^ la Manche et l'Océan, se trouverait ouvert dans tout l'intérieur du royaume, par la Loire et la Sèvre.
M. de la Millière a approuvé notre manière de voir ; il en a, en conséquence, rédigé le résultat portant que les députés du département de la Vienne et des Deux-Sèvres se restreignaient, quarit à présent, à demander l'établissement de la navigation de Chàtellerault à Niort.
Le second point a été d'avoir des fonds pour faire lever les plans. Nous lui avons représenté qu'il pouvait en faire prendre sur les fonds de secours, comme avaient été accordés les 12001. déjà données; mais combien vous faut-il?
A cela, nous avons dit que nous ne pouvions précisément savoir la somme nécessaire, mais que nous pensions que, pour faire lever les plans, une somme de 6000 1. serait suffisante. Il n'en a pas été éloigné, mais, pour l'ordre de la chose, il faut, nous a-t-il dit, que cette fixation soit d'abord faite par une demande des départements. Nous lui avons bien offert de faire nous même cette demande officiellement, pour éviter le retard, mais cela n'était pas possible, suivant les règles d'administration.
M. de la Millière va donc faire une lettre qui sera signée par le ministre de l'intérieur, par laquelle il vous exposera l'état de la question, et vous demandera quelle somme vous croyez être nécessaire pour la dépense de la levée et travaux des plans.
Il en écrira autant au département des Deux-Sèvres. Je crois que vous ferez bien de porter votre demande à 6000 1.
Il faut que vous soyez prévenu de vous tenir en garde et prendre vos précautions vis-à-vis le déparlement de Niort. Je sais qu'il y a beaucoup de membres de cette administration qui ne voient pas de bon œil ce projet, dans l'idée où ils sont que Niort cessera d'estre l'entrepôt, et qu'il passera peut-être à St-Maixent et à Poitiers; mais ce qu'ils pensent perdre par là sera bien réparé par l'ouverture d'une communication dans les terres ; mais il y en a qui ne veulent pas voir cela. Je crois fort que nos députés des Deux-Sèvres n'en diront rien au directoire de Niort, parce que les députés qui s'en mêlent ici sont de St-Maixent et de la Motlie. Voyez là-dessus. Messieurs, suivant les connaissances que vous avez des personnes et des localités, si vous avez quelques démarches à faire vis-à-vis MM. de Niort pour les XX 13
engager à agir de concert avec vous, sur la demande que le ministre va faire.
Il est réglé avec M. de la Millière que les travaux des plans seront faits par l'ingénieur du département, chacun dans sa partie. M. de la Peyre va être ingénieur en chef du département de Poitiers ; on va en nommer un pour le département de Niort, dont on dit beaucoup de bien. Quoique ces deux ingénieurs feront la besogne, chacun sur son territoire, il serait bien à propos qu'ils agissent de concert.
7° Voilà pourtant une lettre bien longue. Encore me restet-il des choses importantes à vous dire.
J'ai fait rapport au comité ecclésiastique de l'affaire concernant le s' Airault. Le comité a jugé devoir renvoyer l'affaire au ministre de l'intérieur, pour donner des ordres nécessaires, pour expulser le s^'Airaut de celte place, s'il ne veut pas faire le serment. J'écris par cet ordinaire le résultat au directoire du département, en attendant que le ministre réponde. Le comité a été fort étonné de ce que, dans le doute même, le commandant ait préféré un party qui peut avoir des suites fâcheuses à celui de renvoyer tout simplement le prêtre entêté, ce qui ne présentait aucun inconvénient (1).
Je vous écris fort à la hâte, et n'ay pas même le temps de relire ; je me fie à votre prudence sur ce que vous jugerez communiquer de ma lettre.
Notre Constitution ne tient plus qu'à quelques articles
(i) Le sieur Ayrault est probablement raumônîor qui disait la messe au quartier de iMonlierueuf, où loi^-eail le régiment du Koi-Cavalerie ; c'était un réfractaire ; de 1;\ une pétition des patriotes de ÎNIontierncuf qui dcinandèrent sou reiuplacenierU par un assermenté (G août), et à la suite d'une émeute, le renvoi de cet aumônier (i4 août) (Délibér. du Directoire de la Vienne, 0 et i5 août 1791. Arcb. Dcp. Reg. K.i, f" loOct sq.)
additionels qu'on n'a pas voulu discuter avant qu'ils fussent imprimés, parce qu'on ne se fie pas ànos faiseurs du Comité. On en reprendra, je crois, la discussion. aujourd'huy samedy ou demain (1).
Il nous vient de beaucoup d'endroits des avertissements de prendre garde à nous. Paris est plein de croix de St- Louis et de nobles et prêtres déguisés ; mais je ne crois pas qu'il y ait rien à craindre ; il y a eu une tentative au Palais Royal ces jours derniers, mais les aristocrates ont été battus et mis en prison. On ne peut encore savoir ce que fera le Roy.
Vale. Thibaudeau.
Thibaudeau à Piorry (Coliection privée. — Autographe) .
(S. d. — 21 août 1791).
Savés-vous que la municipalité de Poitiers vient de se faire un honneur inflni auprès de l'Assemblée Nationale par le message qu'elle lui a envoie. Aussi en a-t-elle raporté la réponse la plus satisfaisante qu'ils rendront sans doute publique (2).
Nous avons reçu pareil avis de beaucoup de corps administratifs du roiaume, principalement du Limousin et de la
(i) Les cincf premiers titres tle la Constitution avaient été ado|)tés du 5 au 2.) août; ou disciilail depuis les articles additionnels (uotaninicnt le vendredi 27 août) (Arcli. Pari., XXIX, 727 et sq.).
(2) Sur le nieissagede la municipalité de Poitiers, voir ci-dessus, pp. 187-188.
Bretagne, d'où il s'est envolé également un essaim de bourdons, pour venir icy ; mais ils ne font pas icy autant de bruit que dans les provinces , ou pour mieux dire ils n'en font pas du tout, et on ne s'aperceverait pas de leur arrivée, si nous n'eussions pas été ainsi prévenus de beaucoup d'endroits. On a cependant doublé les gardes et les patrouilles à Paris. Beaucoup de ces Messieurs sont aux environs de Paris. J'en ay pourtant vu de ces nouveaux venus sur le pavé de Paris, qui sont des gens plus accoutumés à manier la plume que l'épée, et qui ne sont, je crois, dangereux que pour le conseil, car je ne les crois pas assez fous pou.r répandre l'argent, comme d'autres le font. Les municipalités sont partout averties de surveiller exactement et de dissiper le moindre attroupement.
On est fort tranquille à Paris et on ne s'aperçoit de rien d'extraordinaire. J'ay appris que vous faisiez une garde exacte à Poitiers, et vous avés raison, car il n'y a que des troubles intérieurs à craindre ; il est bien sûr qu'il n'y aura point de guerre au dehors. Les princes négotient déjà pour rentrer, et c'est, assure-t-on, par une suite de cette négotiation, que le comité a proposé, comme article additionel à la Constitution, de conserver aux membres de la famille royale seulement la qualité de princes. Cela fut dit tout haut à la tribune, jeudy dernier (1). En conséquence, on a cherché un médium pour ne pas leur laisser de quahté qui eût trait, ou à la féodalité ou à la propriété et dénomination d'un pays.
11 a semblé juste de leur attribuer un titre qui annonce
(i) C'csl le jeudi ^f) août (juc sOuvrit celle discussion sur les membres d; la famille Royale ; elle fut Uès vivo (Arch. Pari., XXIX, 708 et sq. Journal des Débals, u" ^■z(>) .
qu'ils sont de la dynastie royale. En conséquence, il a été décrété qu'ils se qualifieraient seulement de princes français. Ainsi, on ne dira plus le prince de Condé ni M. de Condé prince, comme quelques-uns le voulaient, mais seulement Louis-Joseph^ pj^ince français^ ou le prince Louis- Joseph; et ainsi des autres, Orléans, Conty et d'Artois, et leurs enfans et descendans, tant qu'il y en aura qui auront un droit éventuel au thrône. Cette affaire des princes nous a tenus trois jours (1).
Lettre de Thibaudoau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(S. d., 29 au 3o août 1791) (2).
Je VOUS envoie. Monsieur et ami, un numéro qui contient la décision de l'affaire de Tribert et la discussion du jour (3),
Nos émigrans s'écoulent vers la frontière de jour à autre, 011 il y a du trouble dans trois régimens, parce que les soldats ont voulu porter à leurboutonnière le ruban patriotique ; les officiers ne l'ont pas voulu souffrir; de là est venue une loy martiale militaire qui peut être bien dangereuse (4).
(i) C'est le 26 août que fut adopté l'amendement de M. d'André portant qu'oc n'attribuerait aux membres delà famille royale que leur nom de baptême, suivi du titre de prince français (Arch. Pari., XXIX, 7-i.^).
(2) Celte lettre non datée doit être de tin d'août 1791 .
(3) Le i3 janvier 1791, l'Assemblée, sur la motion de M. de Menou, au nom du Comité des rajjporls, décrète que .lérémie Tribert sera indenmisé des vexations et dommai'-es qu'il a éprouvés (notamment à Poitiers, dans l'émeute du 10 seplend)re 1790, où ses moulins et sa maison furent pillés) (Arch. Parlem., XXll, 208-210). Le 28 août 1791, la Constituante adopte un décret d'indemnité en faveur de Tribert (/A«V/.,XXX, 3."i).
(4) S'agit-là de l'affaire de Nancy (révolte des régiments de Bouille, rap-
198 GORRESPOiNDANGE
Tout est d'ailleurs fort tranquille icy ; je vous en souhaite autant.
Thibaudeau.
Thibaubeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(2 septembre 1791).
Voilà donc enfin, Monsieur et ami, la Constitution entièrement finie et close, de manière à n'y plus retoucher; elle a été relue aujourd'hui vendredi (1). Il n'y a plus qu'un article de rédaction pour demain, et dès qu'il y en aura une expédition au net, elle sera présentée au Roy. Il sera alors libre de faire et de dire tout ce qu'il voudra, et d'aller où il jugera à propos. L'Assemblée Nationale en a agi avec la plus grande franchise et loyauté ; le Roi en agira-t-il de même ? On l'espère ; mais on ne peut encore en être assuré, car il voit toujours mauvaise compagnie (2).
port du 6 décembre 1790. Arch. Pari., XXI) ou de l'affaire de Belfort du 21 octobre (rapport du 20 janvier 1791. Arch. Pari., XXII, 356), où Latour, colonel du Royal-Liégeois, avait insulté les officiers municipaux (Arch. Pari., XX, i3G)? Il est plus probable que celte lettre se réfère à l'insubordination du 2e bataillon du OS* et des 17* et 38« d'infanterie (Voir lettre du ministre de la guerre Duportail, 20 août 1791. Arch , Pari. , XXIX, 704. — Rapport du député Boullé, 7 septembre 1791. 7^/V/.,XXX, 262). A la suite de cette révolte, Chabroud présenta un décret relatif aux moyens de rétablir la discipline: ce décret, en i4 articles, fut adopté le 28 août (Arch. Pari., XXX, pp. 4 et sq.).
(i) Le vendredi 2 septembre, Thourel relut l'acte constitutionnel avec ti)utes les corrections, additions et suppressions décrétées par l'Assemblée. La Constitution fut adoptée en dernière lecture jus(ju"au titre Vil (Arch. Pari., XXX, 1Ô1-171). Le o septembre, la Constituante termina la seconde lecture et décida l'impression immédiate et l'envoi aux départements (/6/(/., p. 190).
(2) Le 3 septembre, furent nonnnés les députés chargés de présenter
Il y a déjà des députés nommés et rendus. Garand de Coulon est nommé à Paris (1). Il est convenu dans l'Assemblée Nationale que ces Messieurs, en arrivant, iront se faire inscrire aux archives, parce qu'aussitôt qu'il y en aura deux à trois cents, nous leur céderons la place.
J'attends ce matin des nouvelles de nos nominations de députés, et j'espère vous voir sur la liste. Je vous suis fort obligé de vos bonnes intentions à mon égard; on m.'en a témoigné pour la partie judiciaire (2) ; mais il faut laisser agir le Saint Esprit, qui planera sans doute sur vostre assemblée.
Je vous souhaite le bonjour, force et courage.
Thibaudeau.
A Piorry le Jeune.
Thibaudeau à Piorry (Colleclion privée. — Autographe).
5 septembre 1791 .
La Constitution a été entièrement finie le samedy 3, vers
lacte constitutionnel au Roi [Ibid., p. 190). On avait des craintes sur sa décision ; et ces craintes étaient fondées, comme l'ont prouve les documents publiés de nos jours (Sorel, II, 273). La résolution du Roi resta eu suspens du f\ au i3 septembre.
(i) Les élections de Paris avaient commencé dès le 26 août: Garran de Coulon, l'un des députés parisiens à la Lé^-islativc, était né à Saint-.Maixent; il excrrail la profession d'avocat à Paris et avait été déjà nommé président dutribuual de Cassation fîVé le 19 avril 17/pj, mort le 19 déc. 181O) (Biot,^-. Michaud. Suppl., tome LXV, p. 157 ; art. malveillant).
(2) Le corps électoral de la ^'icn^e nomma en elfct Thibaudeau président du tribunal criminel du département. (Journal, pp. Th. I)ucroc(|, p. 71. A. C. Thibaudeau. 75/o^r. — Mèin., p. i/|0.) Thibaudeau eut 118 voix. Ses Souvenirs placent à tort l'assendjléc électorale au /( août; elle se tint le 4 septembre. (Refj. de la municipalité de Poitiers, 3 et 4 septembre 1791. Reg'. du Directoire de la Vienne. Arch. Dép. K. 1).
midy ; il a été arrêté qu'elle seroit le même jour présentée au Roy, par une députation de soixante membres (1) ; il s'y en est trouvé plus de deux cents, parce qu'y est allé qui a voulu ; il était neuf heures du soir. L'état major et des détachemens de garde nationale ont accompagné la députation. Le Roy l'a reçue dans le grand salon du conseil ; il étoit debout et derrière lui les ministres et autres. Thouret lui a dit en lui remettant l'acte constitutionel : « Les représentants de la nation viennent offrir à l'acceptation de Votre Majesté l'acte constitutionel qui consacre les droits imprescriptibles du peuple Français, qui maintient la vraie dignité du thrône, et qui régénère le gouvernement de l'Empire. »
Le Roy a répondu d'un air affable et très affectueux : u Je vais examiner la Constitution que l'Assemblée Nationale vous a chargé de me présenter ; je lui feray connoître ma résolution dans le délay le plus court qu'exige l'examen d'un objet si important. Je me suis décidé à rester à Paris, et je vais donner au commandant général de la garde nationale Parisienne, les ordres que je croiray convenables pour le service de ma garde. •>•>
Le dimanche matin les portes des Tuileries, qui avoient été fermées depuis vingt jours, ont été ouvertes ; il s'y est rendu un peuple innombrable ; on s'est promené tranquillement comme à l'ordinaire.
A midy, Thouret a rendu compte à l'Assemblée Nationale de ce qui s'étoit passé la veille chez le Roy (2), comme je
(i) Le titre VII et les articles avaient élc adoptés le 3 septembre et la Constitution déclarée achevée. Le même jour, on dési^-nait les députés chargés d'aller présenter l'acte constitutionnel (Arch. Pari., XXX, iStv 190).
la) Le 4 septembre, Thouret rend compte de la présentation tie l'acte constitutionnel au Roi (Arch. Pari., ihicL, p. 194)- Le récit de Thibaudeau complète le rapport de Thouret.
l'ay rapporté en començant, et a déposé sur le bureau le rapport que le Roy lui avoit remis écrit de sa main dans les mêmes termes cy dessus, et Thouret a ajouté : « D'après ce que nous avons vu et entendu chez le Roy, tout nous pronostique que Tachèvement de la Constitution sera le terme de la Révolution. » On a beaucoup applaudy, et ainsi soit-il ! La semaine ne passera pas sans que le Roy accepte.
TmBAUDEAU.
LXXXTI
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe)
Septembre 1791 .
Je vous envoie, Monsieur et ami, les pièces originales concernant votre rente, que j'avais gardées^ parce qu'on m'avait dit au bureau que les copies collationnées que j'avais déposées étaient sufQsantes, jusqu'à ce qu'on fût dans le cas d'elîectuer la liquidation, la reconstitution ou le payement de l'arér âge. Rien de nouveau icy ; je vous souhaite une bonne santé; quand je dis rien de nouveau, il y a cependant un événement qui me concerne, c'est que la municipalité me fait un procès pour l'erreur d'adresse d'une lettre que j'ai écrite dans le service que je leur ai rendu pour l'échange des petits assignats. Avis à ceux qui se mêlent des affaires de cette municipalité, pour y regarder de bien près; j'espère cependant que je m'en défendrny avec avantage.
Si vous trouvez occasion de rendre service à mon fils, j'espère bien que vous ferez tout votre possible, et je vous en auray une vraie obligation.
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
(Septembre 1791).
Je VOUS envoie, mon cher Confrère, le bulletin du jour, et vous félicite de toute mon âme des nouvelles marques de confiance que vous venez de recueillir de vos concitoyens (4); je vois avec plaisir que le parti patriote a enfm un grand dessus dans votre ville (2).
Thibaudeau à Piorry (Collection privée. — Autographe).
9 septembre 1791.
J'ay reçu, Monsieur et ami, une lettre de mon fils qui me dit que vous voulez bien avoir la complaisance de lui faire
(i) Allusion à l'élection de Piorry, le /( septembre, comme député à l'Assemblée Législative.
(2) Les élections donneront en effet la majorilé aux patriotes ; avec I*iorry, avaient été élus Allaid, IJulleroche, Ingrand, .Marliueau, l'i'essac dos IManchcs, Guillaud de rLlanche, Alontaut cl Désillcs, tous « patriotes modéréâ et constitutionnels » (A. C. Thibaudeau, Biof/r. — Mém., p. i3ij).
tenir celles que je lui écriray; je vous en envoie une que je n'ai point cachetée, parce que vous serez content et bien aise de lire les nouvelles de ce pays-cy.
Je suis charmé de ce que mon espérance n'a pas été trompée^ quand je vous parlais dans la dernière lettre que je vous ai écrite de la nouvelle carrière dans laquelle vous alliez entrer (1).
Thibaudeau.
(i) Piorry venait d'être élu député. On voit, par ce qui reste de la correspondance de Thibaudeau, que celui-ci, revenu à Poitiers et devenu président du tribunal criminel, continue de correspondre avec Piorry. 11 l'entretient des affaires du tribunal, du district, du département ; il lui recommande son second fils pour un emploi. C'est seulement en 1790 que les deux amis se brouillèrent à l'occasion de la lutte contre les Girondins, et devinrent ennemis mortels.
INDEX
(Les chiflfres romains désii^'nent l'introduclion, les chifiFres arabes la correspondance et les notes.)
AfFry (d'), officier suisse, i4i, 142.
Aftiches du Poitou (jourual), 5, G, 7, 14, 7O.
Açenois (régiment d'), 40, iSy.
Agier, député du Poitou, l\2, 5i,
Aigre (Charente j, XII, 3o.
Airvault (Deux-Sèvres), 04, 74, 7^, 7G.
Alençon (Orne), 71.
Allard, officier municipal de Poitiers, député de la Sienne, 180,
Allemagne, i4-^.
Alleux "(les), i58.
Alquier, député, 04.
Alsace, X, 1G8, 170.
Amis de la Conslilulion (société ou club), à Poitiers, XXV, XXVI, III, i34, i58, ij(j, iG3, iG4, i65, iGG, 175, 181 .
Amis de la Conslilulion (club des), à Chartres, i52, i53.
— à Paris, (voir Jacobins).
— à Valence, i5i.
Andrault, député suppléant du Poitou, 1 14.
André (d'), député. 197 .
Angers (Maine-et-Loire), XXI, 17.
Angle (Vienne), XII, 3o, 53, 07, 05, GG, G7, i35.
Aiii^lelerrc, i45.
Angliu [V), rivière, 57.
Augoumois, XII, 26, 43, G5.
Anjou, 26, 42.
Aruault, avocat à Poitiers, 164.
Artois (province d'), 181.
Artois (comte d'), 18G, 197.
Assemblée Constituante, IV, V, VI, Vlll, XI, XIII, XVI, XVII, XX, XXII, XXIV, XXV, XXVII, XXVIII. XXIX, XXX, 10, II, 12, i4, i5, iG, 18, 20,21, 23, 25,28, 3o, 3i, 32, 34, 38, 44, 4.5, 47, 5o, 5i , 52, 54. 56, 57, 59, Go, 61, G2, G3, G5, GG, G8, G(j, 70, 71, 78, 82, 83, 8G, 87, 91, 92, 9>^. 04, 07. "3, 1 14, I iG, 117, 119, 120, 122, 123, 124, 12G, 128, i3o, i33, i34, i3G, i38, 139, i4o-i58, iGo, iGi, 1G2, 1G4, iGo, 167, 1G8, 1G9, 170, 17G, 177, 178, 180-184, '88, 189, 195, '97. 'fl8, 109, 200.
Aubry-Diibochet, député, i23, 124.
Auguslius (couvent et districl de Poitiers), 93.
Aulard, op. cil., 3, 164, iG5, 167.
Aumont (duc d'), XXVIII, 143.
Aunay (Charente-Inférieure), 59.
Auuis (province d'),3o, G4.
Autriche. 175, 18G.
Aulun (Saùne-el-Loire), 7G, 189.
Availle (Vienne), J7.
Avignon, XVIII, 12G, 128, 129.
Ayrault, aumônier de régiment à Poitiers, 194.
INDEX
Bailly, maire de Paris, 126, 147,
Barbier, membre du Directoire de la
Vienne, 11 5.
Barbault, procureur à Poitiers, m.
Barbault de la Motte, secrétaire de
la Commission provinciale, 38.
Barbot, procureur à Poitiers, 99.
Barbot, membre du Comité militaire
de Poitiers, XXIV, 98.
Bar-le-duc (Meuse), 66.
Barnave, député, VII, 118, i3o, i/jS,
Barret, substitut du procureur de la
Commune à Poitiers, 67.
Bastille (prise de la), IV, 8.
Baudouin, imprimeur, io4.
Baudia, officier municipal de Sainte-
Ménéhould, i5i.
Beaucaire, 44- Beauharnais (Alexandre de), député,
Beauvallon (Regnault de), ancien
commissaire des f^uerres à Poitiers,XXI, 174, 175, 176, i85.
Belfort (Haut-Rhin), 198.
Belleroche, membre du Directoire
de la Vienne, député, ii5, 202.
Bellegarde (de), maréchal de camp,
i53. Bénédictins (de Poitiers), 176, i85.
Béra, procureur à Poitiers, 100.
Bergasse, député, 34, 35.
Berlin (Prusse), 186.
Berry (province de), XII, XVII, 3o,
Bertegon (Vienne), 58.
Beuxes (Vienne), 58.
Bijeu, procureur à Poitiers, O7, ni.
Bion, député de Louduu, 4ij ^^•
Biroteau des Burondières, députe du Poitou, 42.
Bizard, député, 109.
Blanc (le) (Indre), 53, 58.
Boncenne, officier municipal de Poitiers, 67, 180.
Bordeaux (Gironde), i58.
Bernier (Dutrou de), député du Poitou, 65.
Bouille ('marquis de),g-énéral en chef de l'armée de l'Est, i48, i5o, i54, 157, 197.
Bouin (île de), 63.
Boullé, député, 198.
Bourg-es (Cher), 121.
Bourg--la-Reine (Seine), 160-
Bouron, député du Poitou, 9, 4i,
Boutteville-Dumetz, député, 97, 122,
i56. Brault, avocat, procureur-syndic du
Directoire de la Vienne, 38, 11 5,
Bretag-ne (province de), !\'2, 52, 59,
Bretle, op. cit., 3, 44» 53, 12G, i44. Brevet de Beaujour, député, i53.
Briault, député du Poitou, IV', 7, 12,
Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne),
Brillât-Savarin, député, 112.
Briois-Beaumetz, député, i3o.
Bruneval (de), vicaire général de
Poitiers, 08.
Bureaux de Pusy, député, 69.
Bussière (la), 60.
Butaud, membre du Directoire de la
Vienne, 186, 187.
Buzot, député, 181, 184.
Cacn (Calvados), io3.
Caloane (de), ancien contrôleur général des tiiiauces, i86.
Camus, député, i4o, i53.
Capucins (district de Poitiers), 98,
Capucins (religieux) , de Poitiers,