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mené le soir à une société {London debaûng sodetyY composée principalement de jeunes gens qui se réunissent pour discuter des sujets politiques et autres... J'ai remarqué une grande facilité et un bon débit dans la plupart des jeunes orateurs que j'ai entendus... Ce qui m'a le plus étonné, c'est le discours d'un jeune homme de beaucoup de mérite, M. Mill, dont j'ai fait la connaissance, qui parla le dernier, et qui reprit l'un après l'autre tous les points abordés dans la discussion, même ceux les plus étrangers au sujet, et donna en peu de mots son opinion sur chacun de ces points avec une mesure, un bon sens et une connaissance de la matière tout à fait surprenante. »
J. S. Mill était alors le jeune homme qui s'est décrit lui-même dànsV Autobioffrapht/^ muni par son père, James Mill, — le collaborateur et ami de Bentham, VauleurdeV Histoire des Indes, —
1. Voir sur cette Société les ch. iv et v de V Autobioff raphy de Mill. Mon père notait plus tard que panni ces jeunes gens se trouvaient Roebuck, Chadwick, Charles Buller, Elphinstone, Erskine Perry, qui marquèrent depuis leur place dans le monde politique. V Au tobiog raphy di été traduite en français sous le nom de Mes Mémoires^ Alcan, 1875..
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de cette extraordinaire instruction intensive, presque prodigieuse comme précocité, qui avait avancé de dix ans sa maturité par rapport h ses compagnons d'âge.
« Cependant, écrit Fauteur de YAutobiographt/y un même défaut se retrouvait dans tous les procédés d'instruction, à d'autres points de vue si admirables, de mon père, comme aussi dans tous les modes de sa pensée: il comptait trop sur l'intelligibilité de l'abstrait présenté seul sans le secours d'aucune forme concrète...
L'éducation qu'il me donna était mieux faite pour me former au savoir qu'à l'action. »
Quoi qu'il en soit, à 22 ans, J. S. Mill était déjà employé supérieur à la Compagnie des Indes, écrivain et publicisle connu par sa collaboration à la Revue de Westminster et à d'autres feuilles de couleur beiUhamiste, chef écoulé du groupe déjeunes gens qui propageaient ce qu'on a appelé le « radicalisme philosophique ». Il venait de passer par la crise (1826) qu'il a décrite en termes si curieux dans ^s Mémoires^ par cette période de doute où, à force d'abuser de l'analyse et de l'examen de son propre
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esprit, il faillit voir « s^évanouircoamieunrêve » la confiance qu'il avait mise dans Tobjeclif proposé à sa vie, et qui consistait à « travailler à réformer le monde » ; — objectif auquel il avait lié toutes ses idées de bonheur personnel, « se flattant de la certitude de jouir d'une vie heureuse s'il plaçait son bonheur sur quelque objet durable et éloigné, vers lequel le progrès fût toujours possible et qu'on ne pût épuiser en Tatteignant complètement» — « J'avais acquis l'expérience, continue l'auteur, que l'analyse produisait des conséquences qu'il fallait corriger en cultivant concurremment d'autres facultés... 11 me sembla dorénavant d'une importance capitale de conserver une balance convenable entre les facultés. La culture du sentiment devint un des points cardinaux de ma croyance morale et physique. »
(( A cet âge d'heureuse expansion, écrivait plus tard mon père au sujet de son nouvel ami, à cet âge où d'inévitables épreuves n'ont pas encore ralenti l'élan du cœur, une liaison qui, dans ses premiers temps surtout, amena entre nous d'intimes communications, me permit d'appré-