‹ Correspondance inédite avec Gustave d'Eichthal (1828-1842)-Chapitre 16 sur 33 · XI« LETTRE · texte numérisé non relu

XI« LETTRE

India-House, 29 novembre 1834.

us auriez le droit de m'en vouloir, de n'avoir âpondu à deux lettres telles que les vôtres : silence je vous Tassure n'était pas de Tinence. J'ai été profondément intéressé par les détails que vous m'avez fournis sur la î *, et très satisfait des nouvelles que vous me ez de vous-même. Entre mes occupations nt été particulièrement nombreuses, et ma se naturelle, j'ai toujours différé, sentant e ne devais pas écrire une courte lettre et ant devant la peine d'en écrire une longue, j'espère que maintenant nous correspon- \ régulièrement ; cette lettre pourra vous 3sser, étant écrite tandis que nous sommes eine crise politique.

prés la dissolution deTÉcole Saint-Simoniennc, mon père té chargé en Grèce, de la direction du « Bureau d'éconolitique » sorte de ministère des travaux publics. — E. D'E^

Vous avez entendu parler de la démission du ministère Whig, et du retour du duc de Wellington, qui attend cependant que Peel soit revenu dltalie pour former un ministère. Quand cet événement fort inattendu s'est produit, il a d'abord inquiété nos amis qui savaient combien la tiédeur, la temporisation et Timbécillité générale des Whigs avaient refroidi Tardeur de la nation à les soutenir, et il ne paraissait pas improbable que le pays, n'ayant pas meilleure opinion des Whigs que des Tories, laissât tranquillement aller les choses. C'était ce que les Tories même espéraient. Mais le résultat les a complètement désabusés. — La conduite du peuple a été noble. Il y a eu un cri unanime dans la nation, qu'elle ne voulait des Tories sous aucun prétexte, déclarant, en même temps, qu'elle n'était pas satisfaite des Whigs, et qu'il lui fallait un ministère qui ne lui apportât pas seulement les conséquences du « Reform Bill » mais d'autres réformes organiques, le suffrage étendu à tous les house-holdersy les élections tous les trois ans, le vote au scrutin. Heureusement Lord Durham venait de se placer à la tête des radicaux, d'abord au dîner offert à Edimbourg à Lord Grey, en relevant le gant que Brougham lui avait jeté,

ensuite au banquet que lui ont offert les refon^mers de Glascow, où il s'est déclaré publiquement partisan des trois réformes constitutionnelles que j'ai mentionnées plus haut. Ses paroles ont été répétées comme un écho par toute la nation, et actuellement le parti du mouvement compte unanimement sur lui. Il y a déjà eu quelques adresses au roi pour le nommer ministre.

Néanmoins il ne sera pas ministre maintenant, peut-être jamais : il est trop vaniteux, trop impérieux et trop esclave de son seul « tempérament ». — Mais ne craignez rien pour nous.

Les Tories, d'abord très gonflés, ont à présent l'oreille basse : l'opinion grandissante est que Peel, en voyant l'état du pays, n'acceptera pas le gouvernement ; et s'il refuse, le duc de Wellington ne persévérera pas.

En tous cas, s'ils acceptent le pouvoir, ils ne survivront pas au premier jour de la session, sauf s'ils renchérissent sur les Whigs en fait de mesures populaires. Leurs propres calculs ne leur donneraient pas une majorité aux élections, s'ils dissolvaient maintenant le Parlement, et je crois qu'ils ne le feront pas.

En tous cas, soyez certain que le mouvement aura fait de grands progrès, par ces événements

même. Vous serez heureux d'apprendre que BuUer et Roebuck ont joué un rôle des plus actifs dans cette crise et se sont particulièrement distingués, surtout Buller qui n'a cessé, depuis le premier jour, d'être à la tête des reformer s de Londres. Roebuck n'était pas à Londres à ce moment. Ils sont assurés de figurer avant peu, parmi les hommes importants, dans l'histoire de leur pays.

Pendant les deux dernières sessions, la réputation et l'influence de Roebuck ont grandi d'une manière qui vous étonnerait et au Parlement et au dehors. Les autres Radicaux nous ont tous déçus, même Grote qui a été très inactif. Seul, un membre de la Chambre des Communes s'est distingué dans le pai ti populaire : Clay dont nous n'attendions rien. Je crois certain que les Whigs reviendront au pouvoir, les Tories ne leur résistant plus de front, et le peuple les poussant plus que jamais par derrière ; ou bien il y aura un Ministère Tory qui fera plus pour le peuple que n'ont encore fait les Whigs, et une forte opposition populaire, composée de Radicaux joints aux meilleurs d'entre les Whigs.

Et maintenant, un mot de notre rôle pcrson-

168 LETTRES DE S. MILl.

nel dans le Mouvement, Un des membres Radicaux, ami de Buller et de moi, Sir William Molesworlh, est en train de fonder une revue, à ses propres frais, dans laquelle écriront tous nos amis, ainsi que les écrivains du Mouvement auxquels nous avons jugé utile de nous adresser ; pas un n'a refusé. Cela sera de beaucoup, si je ne me trompe, la meilleure revue publiée jusqu'ici. Vous ne devrez pas y chercher une doctrine générale et unitaire; vous savez aussi bien que moi que les esprits Anglais ne sont pas encore mûrs pour cela, mais ce qu'il y a de vues d'atenir en Angleterre y sera présenté en grand détail. Le but est de rallier les Radicaux instruits autour d'un drapeau commun et d'amener les autres Radicaux à les suivre. Et maintenant, j'ai une prière à vous adresser.

Vous pourriez ^tre utile à nous et à notre cause, et servir en même temps la Grèce, en vous servant de notre Revue comme moyen de faire connaître ici l'état présent de la Grèce. Si vous nous envoyiez, soit sous forme d'un compterendu du livre de Thiersch, soit sous forme d'une étude personnelle, un article sur l'histoire récente et l'état et les espérances actuelles de la Grèce, vous nous seriez très agréables. Nous

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n'avons pas d'objection à publier des critiques, môme sévères, sur la conduite de notre propre gouvernement et de ses fonctionnaires, pourvu que nous ne soyons pas engagés à citer des faits compromettants qui ne pourraient être justifiés.

Nous avons la plus parfaite confiance en vous, et nous publierions sans hésitation tout document venant de vous ou recommandé par vous.

Le même article pourrait servir à vos vues de colonisation, en publiant les facilités et les avantages que le gouvernement Grec offre aux colons, et en montrant l'avenir très favorable que l'état du pays offre aux entreprises de ce genre. Notre premier numéro sera publié dans deux mois, mais j'espère que vous pourrez soit écrire, soit faire écrire pour nous un article qui paraîtrait dans le second numéro.

Je suppose que vos plans de colonisation sont déjà mûris.

Je ne doute pas que vous n'ayez raison de croire désirable que la première émigration soit composée de capitalistes, d'ouvriers de métier et d'artisans. Je ne doute pas de votre succès. Un grand nombre de personnes de cette catégorie émigrcnt chaque année de notre pays, et

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si elles ont confiance dans la sécurité des personnes et des propriétés en Grèce, elles y émigreront aussi volontiers qu'en aucun autre pays. Le seul conseil que je puisse vous suggérer est de désigner quelque maison commerçante d'Angleterre comme agent du gouvernement grec pour Témigmlion, et de faire partout connaître par elle les conditions dans lesquelles le gouvernement accorde des terres, et les avantages de tout genre qu'il offre. Le grand point est de convaincre nos capitalistes qu'eux et leurs propriétés seront en sûreté.

Je suis vraiment heureux de ce que le gouvernement grec ait eu le bon sens de placer un département aussi important entre vos mains et dans celles d'hommes tels que vous me décrivez vos deux collègues. S'il choisit aussi bien tous ses autres agents, je n'ai aucune crainte pour la bonne administration du pays. L'absence d'une aristocratie terrienne et les profondes racines que les institutions populaires et municipales paraissent avoir dans le pays, sont d'immenses avantages.

Avez-vous vu le livre d'Urquhart « La Turquie et ses ressources? » Si oui, est-il digne de crédit ?

LETTRES DE S. MII.I. 171

Je VOUS en prie, n'imitez pas ma négligence, mais écrivez-moi bientôt, et croyez-moi toujours ■ Votre dévoué et affectionné

J. S. MïLL.

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