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Rappelez-moi, je vous prie, à Duveyrier et à vos deux chefs, si du moins leur haute mission ne les a pas empêchés de garder quelque trace de moi dans leur mémoire.
Tout à vous,
J. S. MiLL.
Je vous félicite de Tacquisition du Globe,
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Ville LETTRE
Londres, 30 novembre 1831.
Mon cher d'Eichthal,
Je vous connais trop bien pour vous parler d'autre chose que de J'oeuvre vraiment grande et apostolique à laquelle vous vous êtes voué, et que pour ma part, bien que je sois loin d'être entièrement d'accord avec vous, je me suis habitué à considérer comme Toeuvre de régénération sociale sans contredit la plus importante qui se poursuive aujourd'hui.
Je vous suis très reconnaissant à vous et à vos associés d'avoir bien voulu me croire digne de recevoir le Globe, Quand bien même je n'aurais envers vous d'autre sympathie, ce serait toujours pour moi un noble spectacle que celui d'une Iroupe déjeunes hommes marchant, comme vous faites, le front levé et défiant le monde.
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ihO LETTRES DE S. MILL
Mais la lecture journalière du Globe jointe à diverses autres causes, m'a fait sensiblement me rapprocher de beaucoup de vos opinions, et je vous regarde comme étant décidément à la tête du mouvement de la civilisation.
Je suis maintenant disposé à croire que l'organisation sociale que vous avez conçue, sauf les modifications que Texpérience pourra vous suggérer, deviendra probablement Tétat final et permanent de l'espèce humaine. Seulement je diffère de vous en ceci qu'il faudra, je crois, bien des siècles pour amener l'humanité à ce point. En attendant, il faudra se contenter d'approximations, au moyen de ces changements graduels, de ces moyens transitoires qui sont si admirablement indiqués et discutés dans vos écrits, et qui, indépendamment de ce qu'ils préparent, sont d'incontestables etpositives améliorations. Votre système, fallût-il même le considérer comme impraticable, différerait cependant de tous les autres systèmes auxquels on a pu faire le même reproche, sous ce rapport que, si le but final ne peut être atteint, ici du moins tous ou presque tous les avantages pratiques se trouvent sur le chemin qu'on suit.
Vous pensez, je le sais, que tous ceux qui
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adoptent votre système, prouvent par là même qu'ils sont capables de suffire à tout ce qu'il devrait exiger d'eux, s'il devenait universel. Ce n'est pas mon avis ; mais puisque c'est le vôtre, c'était votre devoir de commencer, comme vous l'avez fait, l'expérience de réalisation sur l'échelle où il vous était permis de le faire. Je suis cette expérience et la suis avec toute la sollicitude et l'anxiété d'une personne qui y rattache toutes ses espérances d'une prompte et rapide amélioration de la société humaine.
Si des hommes dont les vues sont si larges, l'enthousiasme si ardent et si généreux, l'intelligence si pénétrante et si vigoureuse, devaient être incapables de réaliser leur propre conception du devoir, quelle espérance resterait-il pour le reste de l'humanité ? Si au contraire la société Saint-Simonienne se maintient sans schisme et sans hérésie, si elle continue à propager sa foi, et à multiplier le nombre de ses sectateurs, dans la proportion de ces doux dernières années, et cela pendant quelques années encore, alors je verrai comme un rayon de lumière luire à travers les ténèbres. Mais alors même qu'il n'en serait pas ainsi, ce qui s'est fait ne serait pas perdu. Je ne désespérerai pas plus que vous ne devrez
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le faire, mais ce sera une douloureuse chute de nos espérances.
Ecrivez-moi quelquefois, mon cher ami, ne craignez pas que votre peine soit perdue. Je n'ai jamais lu un seul article du Globe qui n'ait eu son effet sur moi, et par lequel je ne me sois plus ou moins senti amélioré.
Et si l'heure était venue pour l'Angleterre (si aujourd'hui il n'était pas aussi impossible de faire accepter parmi nous aucune vue organique, que cela aurait été le cas pour votre maître Saint- Simon dans le paroxisme de la Révolution française), si le moment, dis-je, était venu, je ne sais si je ne renoncerais pas à toute chose au monde, pour devenir, je ne dis pas un d'entre vous, mais comme vous. Mais notre 10 août, notre 20 juin, peut-être notre 18 Brumaire sont encore avenir. Et qui de nous sera encore debout quand l'ouragan aura passé ?
A vous de cœur,
J. S. MlLL.
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IXe LETTRE
Londres, 6 décembre 1831.
, Mon cher d'Eichthal,
Depuis que M. Arles m'a communiqué votre billet, je n'ai cessé de réfléchir à vos idées sur la propagation de vos principes, dans ce pays, et de rechercher à quelles personnes il y aurait avantage à envoyer le Globe. Je vous conseillerais de ne pas Tadresser aux journaux influents ou aux membres influents du Parlement. Il ne serait pas lu, ou lu juste assez pour n'être pas compris. J'ai cependant pensé à quelques personnes auxquelles il serait utile de l'envoyer. Je sais que plusieurs d'entre elles sont jusqu'à un certain point préparées à accueillir favorablement beaucoup de vos opinions. D'autres feront connaître votre doctrine en la combattant. Maintenant que vous avez déjà été violemment attaqués
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par Soutliey, dans un recueil aussi répandu que The Quarterltj Review, et signalés dans plusieurs journaux très lus, comme une réunion de rêveurs et de visionnaires, il est à désirer que vous soyez encore bien plus attaqués, et par une grande variété de personnes, de manière à ce que votre doctrine étant attaquée de toutes parts, elle puisse mettre à nu et révéler au grand jour toutes ses faces. Chacun de vos adversaires en spécifiant ce qviil désapprouve, révèle à un autre ce qu*il peut approuver.
Tant que vous ne serez attaqués que comme anarchistes ou égalitaires niveleurs, vous n'attirerez pas l'attention ici ; mais quand vous serez représentés par A comme anarchistes, par B comme absolutistes, par C comme égalitaires niveleurs, par D comme hiérarchistes, par E comme hérétiques, par F comme religieux mystiques, par G comme sentimental is tes, par H comme métaphysiciens et économistes politiques, et ainsi de suite, le public verra qu'une absurdité possédant tant d'aspects différents ne peut pas être tout à fait une absurdité, ou du moins que ce n'est pas une absurdité comme les autres, et qu'elle est digne d'étude.
Parmi les jeunes membres du Parlement (car
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guant aux vieux il n'y a rien à en espérer) je n'en connaisquedeuxquipourraienttirerquelqueprofit de la lecture du Globe, et encore je n'en répondrais pas. L'un est M. T. Hyde Villiers, celui qui a soumis au Parlement la proposition d'égaliser les droits sur les vins Français et les autres vins étrangers. Il a maintenant une place dans le gouvernement. Il est secrétaire de VIndia Board, et c'est là son adresse. Son frère est en ce moment à Paris comme l'un des commissaires chargés de négocier au sujet du libre échange.
L'autre membre du Parlement auquel j'ai fait allusion est M. Edward Lytton BuUwer. Il est l'auteur de plusieurs œuvres littéraires qui ont eu beaucoup de succès, et il est actuellement rédacteur du New Monthbj Magazine, publication périodique, qui se vend beaucoup, très frivole jusqu'à ce jour, mais qui sous sa direction prend un tout autre caractère. Si vous la lisez jamais, vous y remarquerez des vues d'avenir, ce qui est excessivement rare dans ce pays.
Ce n'est pas la peine d'envoyer le Globe à aucun de nos journaux quotidiens; mais si vous l'envoyiez à M. Sterling, l'un des principaux rédacteurs du Times, cela pourrait être utile. Je sais que M. Sterling a lu certains articles du Globe dont il
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a été 1res satisfait. Vous pourriez encore adresser le Journal à deux de nos meilleures feuilles provinciales, The 5'co/.s7?^«^^, journal écossais, etleBrighton guardian ; le premier, malgré quelques préjugés, est le ^\w^ progressif àQ tous nos journaux, en exceptant à peine The Examiner, Le journal de Brighton est remarquable par une certaine force, et une certaine hardiesse de pensée. Vous devriez certainement envoyer le Globe au Colonel J.Perronet Thompson, le principal propriétaire de la Westminster Review, Il connaît en partie votre doctrine, et en approuve certaines parties, quoique tout en en désapprouvant d'autres. Je crois qu'il a quelque idée de parler de vous dans sa Revue. Je suis persuadé que nul ne peut le faire sans d'énormes erreurs à moins d'être un lecteur régulier du Globe. Si votre envoi est adressé au bureau de The Westminster Review, cela lui sera remis.
Si vous voulez envoyer le Globe à Southey, voici son adresse : Robert Southey esq. Keswick Cumberland. Votre frère vous renseignera pour l'envoyer au Professeur Wilson d'Edimbourg, le principal rédacteur du Blackwood Magazine. Si vous le faites, il parlera sûrement de vous ; il vous louera et vous attaquera, et dira de vous
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beaucoup de choses que le public n'écoutera que venant de lui et qui exciteront sa curiosité. Il a fait ainsi pour notre école « utilitaire » de Tanciennc Westminster Review, Mais il dépendra du hasard et de Tétat de son esprit qu'il vous traite d'hommes à bonnes idées ou d'imposteurs.
L'un des hommes les plus progressifs de ce pays est le D"" Whately, nommé récemment archevêque de Dublin, ce qui en soi-même, équivaut à une révolution dans l'Eglise.
Il est qualifié pour recevoir le Globe, Tel est aussi le Rev. J. Blànco White (Oriel Collège, Oxford) un prêtre catholique Espagnol qui a de hautes facultés : il est maintenant membre du clergé Anglais. Il connaît au moins le livre de Comte, et je ne doute pas qu'à présent il ne connaisse vos publications. Somme toute, il est bien disposé en votre faveur. Toute impression produite sur ces deux hommes se propagera au loin.
Vous devriez envoyer le Globe à M. James Stephen, conseiller au Colonial office, l'un des hommes les plus capables qui touchent au gouvernement, et qui y joue un rôle des plus imporportants, quel que soit le ministère. Bien que Chrétien évangélique, c'est-à-dire quasi puritain et allié à des puritains, il est l'un des hommes les
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plus progressifs que nous ayons, et je Fai entendu parler de votre maître Saint-Simon en termes très élogieux. Je crois qu'il serait très utile de lui envoyer le Globe qui l'intéressera beaucoup, s'il a ips de le lire.
Empson, professeur de droit à l'East India je, et l'un des principaux rédacteurs de The mrgh Review est indiqué pour recevoir le al.
suppose que vous l'avez déjà envoyé au W.3, Fox, le prédicateur Unitairien homme é et éloquent: si non, faites-le sans retard. rt,-être pourrait-on l'adresser au Rev. Dr d, directeur de l'Ecole de Rugby, près de ngham. Il est l'un des membres les plus es et les plus libéraux de notre clergé, mais connais pas assez sa tournure d'esprit pour de l'effet que lui produiront vos doctrines.
i je penserai à quelqu 'autre personne, je 'écrirai.
près ce que m'a dit M. Arles à propos des ications récentes survenues dans votre é, je serais enclin à croire à leur utilité l'école ; mais j'ai appris avec un très vif : que M. Bazard et plusieurs autres s'étaient liés de vous. Je pense que j'apprendrai par
le Globe les détails que j'ignore encore. Sinon, je vous prie de m'écrire, car rien ne m'intéresse plus que d'être tenu au courant de l'histoire intérieure de l'école.
Votre bien dévoué,
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Xe LETTRE
ludia-IIouse, 30 mai 1832.
Mes Chers d'Eichthal et Duveyrier.
Je ne pourrai être près de vous le 1'^'' juin, m'étant déjà engagé à passer ailleurs les courtes vacances que m'accorde Tadministration, et je préférerais aller vous voir et voir Paris à une autre époque. Me rendre à un appel tel que celui que le dernier numéro du Globe adresse à ceux qui ont placé leur avenir en Saint-Simon, serait m'associer et m'identifier avec les Saint-Simoniens. Or ceci serait un acte de dévouement religieux, hautement méritoire chez une personne complètement unie à vous ]par les sentiments: mais chez moi, ce ne serait rien de cette sorte, et donnerait même une idée fausse des sentiments que j'éprouve pour votre association.
Je n'ai pas été à Weimar pour assister aux
funérailles de Goethe, ni à Birmingham pour me joindre à T Union Politique, ni à Varsovie pour soutenir les Polonais, bien que mes sympathies fussent avec tous trois, comme elles sont avec vous. Pour cette même raison, et pour d'autres raisons encore, je n'ai pas écrit ainsi que me le conseille Duveyrier, une série de lettres sur le Saint-Simonisme pour le Morning Chrojiicle,
Le Saint-Simonisme est tout pour vous Saint- Simoniens : mais pour moi ce n'est qu'un trait parmi les divers traits caractéristiques et importants du temps où nous vivons. Il y a d'autres sujets et d'autres occupations qui ont autant et même plus de droits à mon intérêt, étant plus urgents en ce moment ; aussi le Saint-Simonisme devra attendre son tour, et vous pouvez être assurés qu'à la première occasion favorable, justice lui sera rendue, selon mon point de vue personnel.
J'ai été extrêmement satisfait des derniers numéros du Globe. Les dissidents de votre société ont certainement eu d'excellents reinplaçants — Cavel, Delaporte et Lagarmitte ne sont rien moins que des hommes ordinaires. A ce propos, je vous prierai de m'envoyer, lorsque
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VOUS m'écrirez, les noms de tous les Saint-Simoniens en retraite à Ménilmontant ou restés rue Monsigny. Je conserverai pieusement leurs noms et désirerais beaucoup être au fait de chacun d'eux. Dites-moi d'eux, séparément, tout ce que vous pourrez.
Dites moi aussi quelles sont vos recherches, vos pensées, vos projets, et où vous êtes en ce moment. J'ai quelques détails sur la partie extérieure de vos vies par la lettre de Duveyrier à Mrs Crellin, mais je voudrais connaître quelles sont vos pensées, vos études et vos travaux d* élaboration y maintenant que vous ne travaillez plus à propager vos idées dans le public.
Cette scission temporaire pourrait être pour vous l'occasion d\in grand progrès. Je pense qu'un Saint-Simonien peut s'instruire seulement par ses propres pensées ou celles d'autres Saint-Simoniens; mais moi qui ne suis pas un Saint- Simonien, bien que j'admire beaucoup les Saint- Simoniens, et qui considère qu'à beaucoup de points de vue, ils sont très en avant de toute l'Europe, je suis cependant fermement convaincu que vous avez encore beaucoup à apprendre, en économie politique, des économistes anglais (si inférieurs qu'ils vous soient
sur d'autres points) et des Allemands en ce qui concerne la philosophie de Thistoire, la littérature et les arts.
Certainement, je suis d'avis que vous les avez dépassés sur certains points, mais je pense aussi que vous êtes restés loin d'eux sur d'autres, et qu'une étude plus approfondie de leui's travaux changerait plusieurs de vos opinions et vous suggérerait beaucoup d'idées positives, de grande valeur, lesquelles réduiraient dans le détail quelques-unes de vos généralités et de vos abstractions.
Quant au retard de ma lettre qui a paru dans le Globe\ vous savez, je suppose, que Desprat l'avait gardée deux ou trois semaines, en attendant une occasion. Elle était très bien traduite, quoiqu'avec quelques omissions et abréviations, qui l'ont rendue plus Saint-Simonienne que je n'aurais voulu.
Ecrivez moi bientôt et souvent, maintenant que vous en avez le loisir.
Toujours à vous,
J. S. MiLL.