‹ Correspondance inédite avec Gustave d'Eichthal (1828-1842)-Chapitre 23 sur 33 · XVII- LETTRE · texte numérisé non relu

XVII- LETTRE

India-Ilousc, 23 février 18U.

Mon cher d'Eichthal,

J'ai bien reçu le Journal des Débats et l'ai BC plaisir. L'idée de votre brochure était si appropriée aux circonstances actuelles, le ne pouvait manquer d'attirer l'attention. uarterley Review, il n'y a pas longtemps, a me proposition dans le même sens, afin irer la liberté religieuse à Jérusalem, en la nt sous la protection de l'Autriche ; ce qui pproche d'une façon curieuse de vos vues i mission de cet Etat dans X^^Deux Mondes.

le temps n'est pas encore venu actuellement opinion publique pourra être amenée à ter un arrangement en Syrie, et elle n'y 3as amenée tant qu'on pourra craindre une •e Européenne ; or cette crainte est plus

vive présentement en Angleterre qu'elle ne Ta jamais été. Vos fortifications de Paris et vos armements ne peuvent, pour beaucoup de gens, avoir d'autre signification que des projets d'agression de la part de la France ; il est inutile d'alléguer comme le font ceux qui connaissent l'état des esprits en France, qu'on poursuit un but purement défensif, car pour tout Anglais ridée qu'il existe n'importe où l'intention d'attaquer la France est si dénuée de sens, que personne ne peut admettre qu'une pareille opinion règne en France d'une façon sincère. Il y a en vérité quelque chose de singulièrement étrange et de lamentable dans la profonde incapacité de nos deux pays à jamais comprendre ou même à admettre comme réels le caractère et les vrais mobiles de l'un et l'autre. J'ai envie d'écrire une brochure ou un article de revue sur ce sujet: mais cela ne produirait, je le crains, aucun etTet. Nous avons là une vraie matière à conversation qui s'étendra à bien d'autres objets, quand nous nous reverrons. Merci, mon cher ami, à vous et à Adolphe de vos aimables propositions relatives à ma visite à Paris. J'ai la très ferme intention d'y aller, mais il y a plusieurs choses qui peuvent m'empècher de faire le voyage l'été

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prochain, et si je le fais, des engagements préalables m'interdiront d'user de vos offres amicales dans la mesure où je l'aurais voulu. Mais ni ces engagements ni aucun autre obstacle ne m'empêcheront, si vous êtes libres, Adolphe et vous, de vous voir beaucoup tous les deux, et de renouer notre ancienne intimité. Je ne doute pas, d'après ce que vous me dites, qu'à ce moment vous serez marié; cela ne sera vraisemblablement pas mon cas ; je ne vous en félicite pas moins de tout cœur, plus sincèrement que je n'ose le faire généralement quand il s'agit d'Anglais en pareille occurrence, car le mariage, ici, neuf fois sur dix, change un homme supérieur en tout le contraire, sans le rendre heureux. Je ne crois pas que ce soit le cas habituel en France, et j'essayerais de montrer pourquoi, si les considérations relatives à cette question n'étaient beaucoup plus complexes que la plupart des gens ne le croient pour y avoir peu réfléchi.

Votre affectionné

J.-S. MlLL.

LETTRES mi S. MILL 191

XVllle LETTRE

India-House, 9 mars 1841.

Mon cher Gustave,

J'ai reçu votre lettre du 2 mars et le paquet contenant les deux exemplaires de votre brochure «rUnité européenne» : j'en ai envoyé un exemplaire à Carlyle. Assurément l'article des Débats ne pouvait donner aucune idée des vues larges et nettes exprimées dans la brochure, et l'article pas plus que celui de VUnivers ne m'a pas paru digne du sujet.

Je ne suis pas surpris que celte publication vous ait donné le « caractère politique * », car elle est tout à fait appropriée aux circonstances et bien de nature à répandre de bonnes idées en France. II est à espérer, et il n'est pas invraisemblable,

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