‹ Correspondance inédite dʹ Auguste ComteChapitre 24 sur 25 · LETTRE A M. J. WINSTANLEY · texte numérisé non relu

LETTRE A M. J. WINSTANLEY

A la vérité, la réaction naturelle d'une telle conduite chez tous les hommes honnêtes et sensés, sans même excepter les révolutionnaires sincères, tend maintenant à consolider notre dictateur actuel, en signalant les méprisables successeurs ou rivaux qu'on lui prépare. Sous la perspective de la désastreuse insurrection heureusement avortée ce mois-ci, le vœu dominant est que M. Bonaparte subsiste autant que Louis XIV, quoique ce bonheur soit peu probable.

Aujourd'hui comme toujours, et même plus que jamais, il n'existe que deux partis vraiment tranchés : le parti de l'ordre, et le parti du désordre; les conservateurs et, les révolutionnaires; ceux qui veulent sincèrement dissiper l'anarchie moderne, et ceux dont les aspirations réelles consistent, sous prétexte de progrès, à perpétuer l'interrègne religieux, afin de maintenir l'indiscipline morale. Dans tout l'Occident, ceux-ci s'entendent pour détruire; tandis que ceux-là, faute d'une doctrine universelle, ne se concertent pas pour construire. Mais le positivisme vient irrévocablement constituer le véritable parti de l'ordre, en faisant principalement consister le progrès à régler la vie humaine, personnelle, domestique, et civique. Ce parti manque jusqu'ici de tête et même de queue ou de membres, puisque les lettrés et les prolétaires lui sont simultanément hostiles : sauf la tacite adhésion spontanée des femmes, il ne se compose que d'un tronc empiriquement formé du concours involontaire des influences les plus intéressées à la tranquillité publique, ce qui d'ailleurs le rend naturel-

lement suspect d'égoïsme. Quand le Grand-Prêtre de THumanité sera directement devenu le chef occidental du parti de l'ordre, la religion pourra bientôt consolider et développer la juste prépondérance habituelle des conservateurs sur les révolutionnaires, de manière à procurer de dignes garanties à la paix universelle, tant intérieure qu'extérieure, en déterminant les prolétaires à cesser de tendre au déclassement et d'employer la violence. Un symptôme immédiat et décisif caractérisera cet avènement des conservateurs systématiques, qui sauront enfin obtenir de l'Angleterre ce que n'en purent jamais tirer les conservateurs empiriques, compléter le consensus actuel de tous les autres éléments occidentaux pour la répression mutuelle des malfaiteurs politiques. Il est vraiment scandaleux que le gouvernement et même la population britanniques se rendent habituellement complices d'un méprisable roué tel que Mazzini, par l'asile commode qu'ils accordent à ce directeur d'assassinats ainsi qu'à ses principaux agents : le positivisme saura bientôt reléguer tous ces misérables agitateurs en Amérique, où leurs coupables intrigues perdront toute efficacité.

Puissiez-vous, mon noble disciple, toujours croître en Vénération et Dévouement.

Auguste Comte.

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