‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 38 sur 80 · A MM. DE L'ACADÉMIE DE DIJON · texte numérisé non relu

A MM. DE L'ACADÉMIE DE DIJON

Monthard, le 16 juillet 1753.

Messieurs et illustres confrères,

C'est avec autant de respect que de sensibilité que je reçois le compliment que vous avez la bonté de me faire au sujet de mon élection à l'Académie française. J'aurais été bien fâché de ne pouvoir compter votre suffrage parmi ceux dont on a bien voulu m'honorer, et je ne puis, messieurs , vous en faire mes remercîments autrement que par les assurances de mon zèle, de ma reconnaissance et

de mon dévouement. C'est dans tous ces sentiments que j'ai l'honneur d'être,

Messieurs et illustres confrères,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon.

(Tirée des archives de l'Académie, publiée en 1819, par C. X. Girault.)

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

7 août 1753.

J'ai reçu, mon cher Président, la petite rescription de 290 livres, et lorsque je serai à Paris, je demanderai un livre d'explication sur l'usage du microscope pour vous l'envoyer. J'ai fait quelques changements à mon discours1, et entre autres, j'ai ôté le considéré et considérable dont, en effet, on pouvait faire une mauvaise épigramme. Je vous embrasse bien sincèrement, et je vous suis attaché pour ma vie.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

A L'ABBÉ LE BLANC

Montbard, le 23 novembre 1753.

J'ai reçu, mon cher ami, votre compliment avec d'autant plus de sensibilité que vous êtes plus en droit de penser que j'avais tort avec vous de ne vous avoir point parlé de mon mariage. Je vous remercie donc très-sincèrement de cette marque de votre amitié, et je ne puis mieux y répondre qu'en vous avouant tout bonnement le motif de mon silence. Il en

était de cette affaire comme de quelques autres, sur lesquelles nous ne pensons pas tout à fait l'un comme l'autre; vous m'eussiez contredit ou blâmé, et je voulais l'éviter, parce que j'étais décidé et que, quelque cas que je fasse de mes amis, il y a des choses qu'on ne doit pas leur dire ; et de ce nombre sont celles qu'ils désapprouvent, et auxquelles cependant on est déterminé. Au reste, je ne doute nullement, mon cher ami, de la part que vous voulez bien prendre à ma satisfaction, et je serais très-fâché que vous eussiez vous-même quelque soupçon sur ma manière de penser. Les mauvais propos ne me feront jamais d'impression, parce que les mauvais propos ne viennent jamais que de mauvaises gens. Mme de Buffon, qui connaît votre ancienne amitié pour moi et qui vous a lu plus d'une fois, me charge de vous faire ses compliments et de vous dire qu'elle aime beaucoup vos lettres. Je compte partir le 15 décembre pour retourner à Paris, où j'espère vous voir souvent et vous renouveler l'assurance de mon attachement.

(Inédite. — Une copie de cette lettre, dont l'original est perdu, appartient à M. V. Cousin, qui a bien voulu nous la communiquer. — M. Flourens en a publié des extraits.)

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Paris, le 24 décembre 1753.

Mme de Buffon m'écrit, monsieur et cher ami, qu'elle a reçu une feuillette de vin blanc que vous avez eu la bonté de m'envoyer ; je vous en fais tous mes remercîments, et je vous promets bien d'en boire à votre santé. Mais, quelque désir que j'aie qu'elle soit bonne, je vous avoue que je ne pourrai boire ici assez longtemps pour vider ce tonneau : il n'y a que vous au monde qui envoyiez des essais d'un pareil volume. J'espère être de retour à Montbard dans le commence-

ment de février, pour y rester jusqu'à Pâques. Je n'ose espérer de vous y voir; mais la première fois que vous viendrez à Montfort, tâchez d'amener M. Lardillon, qui vous est fort attaché, et que je désespère d'avoir sans votre secours. L'abbé Le Blanc vous a adressé une belle lettre 1 sur un beau sujet et bien nouveau2, et sur lequel il aurait dit encore de meilleures choses s'il avait eu plus de temps. Le jour de la réception n'est pas encore fixé 3. Mandez-moi si je vous ai donné les premiers volumes de Y Histoire naturelle in-12, afin que je vous envoie le septième et le huitième qui vont paraître \

Je vous supplie de faire agréer les assurances de mon respect à Mme de Ruffey. C'est avec les sentiments de la plus tendre amitié et du plus entier attachement que je serai toute ma vie, monsieur et cher ami, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte; appartient aujourd'hui à M. de La Porte.)

Page 1