‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · LXXXVIII FRAGMENT DE LETTRE AU PRÉSIDENT DE BROSSES · texte numérisé non relu

LXXXVIII FRAGMENT DE LETTRE AU PRÉSIDENT DE BROSSES

Montbard, le 17 janvier 1767.

.... Je me suis transporté sur les lieux et la chose m'a paru évidente; elle a paru telle aussi à M. Gucneau1, maire de Se-

mur, qui est un homme éclairé ; M. Guenichot2, conseiller à votre Parlement, qui a bien voulu aussi se transporter sur les lieux, en a jugé comme moi. Mais cette affaire est ici soutenue par des prêtres et a été très-mal conduite par ces pauvres gens, qui n'ont ni ressources ni protections. S'ils perdent leur procès, ils seront non-seulement noyés chez eux, mais tout à fait ruinés 3. Je n'y prends d'autre intérêt que celui de l'humanité, et ce motif est bien puissant sur une âme comme la vôtre, et j'y compte plus que si l'affaire vous était recommandée par des puissances.

Il y a quinze jours que je devrais être à Paris; mais le mauvais temps m'a retenu, et je pars dans deux jours pour revenir à Pâques et retourner au mois de juillet. Je vous dis cela d'avance, mon très-cher Président, dans l'espérance que nous pourrons nous rencontrer. Ma santé me tracasse toujours et n'est pas encore parfaitement rétablie. J'entends dire avec grand plaisir que vous vous trouvez très-bien de votre nouveau ménage. Je partage vos joies, mon cher ami, et je vous prie de faire passer mes sentiments et mes respects à votre jeune dame. Ma femme est à Paris depuis cinq semaines, où elle arrange notre nouveau logement, rue des Fossés-Saint- Victor4. Mandez-moi si je vous ai envoyé les derniers volumes de Y Histoire naturelle ; le XVe va paraître, mais il ne contient guère que des tables.

Thomas doit être reçu jeudi5. Savez-vous que l'abbé Coyer6, avec sa petite prédication, s'est mis sur les rangs? Abbé pour abbé, j'aimerais mieux l'abbé Le Blanc, qui n'a manqué la place que d'une voix, qui est mon ancien ami et un très-honnête garçon. Je vous le recommande d'avance ; car il me paraît , mon cher Président , que vous ne pouvez pas rater la première place7. Je ne vous souhaite avec cela qu'un fils, parce que j'imagine que ces deux objets suffisent à votre bonheur, auquel je m'intéresse comme au mien.

Au nom de Dieu, faites quelque chose pour mes pauvres gens de Montbard; j'ai leur affaire fort à cœur, parce que

je la crois très-juste et qu'ils sont les victimes de la passion des prêtres.

Je vous embrasse bien tendrement et de tout mon cœur.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses. — Le commencement de cette lettre manque.)

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Paris, le 13 février 1767.

Ce n'est que depuis quelques jours, mon cher Président, que je suis de retour à Paris et que j'ai reçu votre lettre avec les listes qui y étaient jointes. Je vous remercie d'abord de tous les sentiments d'amitié dont elle est remplie, et je vous supplie de me les conserver, comme en étant digne par le retour de tous les miens. Je vous félicite ensuite sur la gloire de votre Académie ; cet établissement n'a pris forme que depuis vos soins, et vous y avez plus fait que le fondateur même. Je suis bien aise que vous ayez été content du mémoire de M. Gueneau1; c'est un homme d'un mérite supérieur, et je regretterai toujours de ce qu'il a voulu se fixer à Semur, sans pouvoir le blâmer d'avoir préféré une vie aisée et tranquille au tumulte de ce pays-ci. J'habite actuellement une assez belle maison rue des Fossés-Saint -Victor, à mille pas de distance du Jardin du Roi, ce qui me donne la facilité d'y aller à pied pour y donner mes ordres. J'ai cédé mon logement pour étendre le Cabinet, qui commençait à s'encombrer au point de ne pouvoir s'y reconnaître. Si vous voyez notre ami le président de Brosses, je vous prie de lui faire mille tendres compliments de ma part, et de le prier de se souvenir des pauvres gens de Montbard dont je lui ai recommandé le procès. Que dites-vous tous deux du discours de M. Thomas à l'Académie française 9 ? On trouve ici qu'il y a bien de la pensée dans les

premières pages, et bien peu dans les dernières. Je vous embrasse, mon cher Président, avec les sentiments d'un tendre et respectueux attachement.

Mes respects, je vous supplie, à Mme de Ruffey. Dites aussi quelque chose pour moi à MM. vos fils, qui sont maintenant des hommes, et auxquels je souhaite vos talents et vos vertus.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

A GUENEAU DE MONTBEILLARD.

Mercredi soir, 6 mai 1767.

Même réponse à M. de Morges1 que ma proposition, mon cher monsieur, sinon que je consens à payer les 50 mille livres, dans deux années subséquentes : savoir, 25 mille livres en 1769 et 25 mille livres en 1770. J'en serai quitte pour les emprunter alors, et cela ne change rien à mon état2. On m'a dit que Venarey ne relevait pas du Roi, mais de la terre des Grignon3, et cela me déplaît assez. On assure aussi qu'elle doit une redevance à celle de Mussy ; cela me déplairait encore, si M. votre frère* n'en était pas seigneur. Je suis donc bien résolu à n'en donner absolument que les 125 mille livres que j'ai offertes et les 2400 livres de pot-de-vin, ou chaîne, et vous pouvez même assurer M. de Morges que, s'il n'accepte pas, on se retirera.

Je suis dans une véritable affliction de la perte que nous venons de faire d'une de nos meilleures amies, Mme de Scorailless, qui vient de mourir d'une fièvre maligne; je la regrette bien vivement, et ma femme aura bien de la peine à s'en consoler. Ma santé n'est pas si bien que quand j'ai eu le plaisir de vous voir; il m'est survenu, à propos de botte, deux petites indigestions qui m'ont dérangé, et j'ai cessé de m'occuper la tête depuis ce moment.

Bonsoir, mon cher monsieur ; mes tendres respects à vos dames. Je vous embrasse de tout mon cœur, vous estime de toute mon âme, et vous aime autant que vous pouvez le désirer.

Je reçois votre seconde lettre dans le moment, à sept heures et demie, et je vous en remercie, mon cher monsieur. J'écrirai à Mme Boucheron demain matin.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye).

XGI AU MÊME.

Montbard, le 27 mai 1767.

Je n'irai pas plus loin, mon cher monsieur, pour la terre de Venarey. C'est une très-grosse affaire qui me gênerait beaucoup ; d'ailleurs, je n'aime à acquérir que les choses dont je peux jouir, et je préfère de petites acquisitions autour de moi, qui me font grand plaisir et conviennent mieux à ma fortune. Cependant je ne retire pas encore ma parole; mais je vous prie de ne point insister. Si dans huit ou quinze jours vous ne recevez aucune réponse, vous voudrez bien alors retirer ma parole.

Je vous embrasse, mon cher monsieur; mille et mille

respects à vos dames.

Buffon.

(Inédite. — Communiquée par M. Léon de Montbeillard à M. Beaune, qui a bien voulu nous en donner à son tour connaissance.)

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montbard, le 17 août 1767.

J'ai vu M. de Clugny1, et j'ai reçu votre lettre, mon cher Président. Vous avez très-bien fait de l'agréger à votre Aca-

demie2; de pareils sujets ne peuvent que lui faire honneur, et il est très-vrai que cet établissement vous doit non-seulement toute sa consistance, mais encore tout son lustre.

J'ai vu aussi, aujourd'hui, Mme de La Foret, qui m'a dit que vous veniez incessamment à Viteaux. Vous devriez bien pousser jusqu'à Montbard, qui n'en est qu'à six lieues; je serais enchanté d'avoir le plaisir de vous voir et de vous embrasser. Vous le pourriez d'autant mieux qu'on dit que Mme de Ruffey vient passer quelques jours à Montfort.

Je suis et serai toute ma vie, mon cher Président , avec les sentiments de la plus tendre amitié et du plus inviolable attachement, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

XGIII A GUENEAU DE MONTBEILLARD.

Ce samedi soir, 8 octobre 1767.

Il y a un mois, mon très-cher monsieur, que je suis enterré dans ma forge, et j'ai besoin, pour ressusciter, de la présence de mes meilleurs amis. Venez donc avec la chère dame et l'aimable Fin-Fin1, et venez le plus tôt que vous pourrez. Ce charmant moucheron* joindra ses instances aux miennes; elle vous dira des nouvelles de mon fils. Je vous embrasse, mon bon ami, et regrette toujours de vous voir si rarement.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. Geoffroy Saint-Hilaire; publiée par M. Flourens.)

Page 1