A M. WATELET
Montbard, le 14 novembre 1763.
Mme de Buffon vous remercie avec moi, mon cher ami, et de votre beau présent, et des beaux éloges que votre amitié m'a prodigués. Nous avons lu votre ouvrage avec grand plaisir< Je ne suis pas juge du fond, mais il me semble que MM. les peintres doivent vous savoir gré de la manière dont vous parlez d'eux et de leurs ouvrages. Je ne réponds pas que les géomètres , les femmes et même quelques philosophes le soient autant ; mais apparemment vous ne vous en souciez guère.
Vos cinq feuillettes de vin sont parties aujourd'hui, bien reliées et emballées; elles sont adressées à M. de Bourière, fermier général , au petit château, rue et chemin de Clichy sous Montmartre, sans passer par Paris, et je compte qu'elles y arriveront dans huit jours, bien conditionnées. Votre ami aura assurément le meilleur vin de Bourgogne.
Je serai de retour à Paris avant la fin du mois ; je compte sur le plaisir de vous y voir souvent et de vous renouveler les assurances de l'attachement et de l'amitié sincère que je
vous ai voués, et avec lesquels je serai toute ma vie, mon cher ami, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Inédite. —Une copie de cette lettre, dont l'original est perdu, appartient à M. Boutron, bibliophile distingué et possesseur des plus précieux autographes, qui a bien voulu nous en donner communication.)
AU PRÉSIDENT DE RUFFEY
Au Jardin du Roi, le 15 janvier 1764.
Vous ne pouvez vous douter, mon cher Président, du plaisir que vous me faites lorsque vous avez la bonté de me donner de vos nouvelles et de me renouveler les marques de votre amitié. Comptez, je vous supplie, sur le retour de toute la mienne et sur les sentiments de l'attachement le plus sincère et le mieux fondé. Je vois que, toujours occupé à faire le bien, vous augmentez la liste de votre Académie de noms illustres, que vous en augmentez les richesses par vos travaux, et les revenus par vos soins. En vérité les lettres vous doivent beaucoup, et toute votre conduite est bien respectable. Je vous parle ici, non comme votre ami , mais comme le public, qui rend toujours justice au mérite et encore plus à la vertu.
Mes respects, je vous supplie, à Mme de RufTey. Je serais enchanté de voir M. votre fils1, et je n'aurais garde de le détourner de son projet. Mme de Bufïbn me charge de compliments pour vous et pour Madame; elle est au cinquième mois de sa grossesse, toujours fort languissante et ne pouvant pas sortir.
Les pensionnaires de l'Académie des sciences sont tenus, par le règlement, de donner deux mémoires par an, et les associés un ; mais il s'en faut bien que cela s'exécute à la
lettre. Les honoraires, associés libres et vétérans, sont dispensés de tout travail. Il faut de la règle dans les compagnies ; mais il est encore plus nécessaire d'y éviter la pédanterie.
J'ai beaucoup vu Malteste ici ; mais je n'ai pas encore vu Brosses, et je serais très-aise de l'embrasser et de causer avec lui. Adieu, mon très-cher Président; je serai toujours, avec l'amitié la plus tendre , votre très-humble et très-obéissant serviteur.
AU MÊME
Paris, le 26 juin 1T64.
Je ne doute pas, mon cher Président, de votre amitié, ni de la part que vous prenez à ce qui m' arrive1. Je vous remercie donc bien sincèrement des témoignages que vous m'en donnez aujourd'hui. J'ai laissé ma femme, après trois semaines de couches, en assez bon état de convalescence, et je compte retourner à Montbard dans le mois prochain, toujours regrettant de ne pouvoir espérer de vous y voir.
Toutes les compagnies sont bien difficiles à conduire, et je sais, par ma propre expérience, que le zèle et les bonnes intentions nuisent souvent plus qu'elles ne servent. Votre secrétaire2 était un garçon de mérite; mais je l'ai toujours connu un peu susceptible et assez volage. Je ne croyais pas qu'il eût d'aussi grands torts avec vous, vous qui ne voulez que le bien et avec qui il est si facile de vivre. Vous aviez un autre homme que je croyais plus constant et plus doux, et qu'on m'a dit être néanmoins mécontent, c'est M. Lardillon ; je suis fâché qu'il se soit retiré. Il faut que les compagnies soient pédantes, et il faut au contraire que ceux qui les mènent soient
fort lestes. Votre ami, M. Le Gouz-Morin3, peut, à cet égard, vous être très-utile, aussi bien qu'à beaucoup d'autres. Rien n'est plus noble que de donner, et surtout de donner ce qu'on aime, et, sûrement, il aimait son cabinet; et, si le sacrifice qu'il en a fait ne lui a pas coûté, il en est d'autant plus digne d'éloges. Le don de M. du Terrail4 est moindre à mes yeux ; car enfin ce n'est que de l'argent, il en a beaucoup, et Ton ne peut être attaché à l'argent autant qu'aux choses de son goût. Ces deux dons feront grand bien à votre établissement, et vos exemples formeront des sujets qui y feront honneur. J'ai deux volumes de mon ouvrage sur l'histoire naturelle à vous remettre. Je n'ai pas encore vu M. de Brosses, et je compte m'arranger avec lui pour vous les faire parvenir. Mes respects, je vous supplie , à Mme de Ruffey. Je suis et serai toute ma vie , avec un très-sincère et respectueux attachement , monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
AU MÊME
Paris, le 24 février 1765.
Je n'ai reçu votre lettre , mon cher Président , que plus de six semaines après sa date; ainsi vous ne me saurez pas mauvais gré du délai de la réponse. Je vois que le bien public et surtout celui de votre Académie vous occupe continuellement; rien n'est plus estimable; mais, en même temps, je ne voudrais pas que cela troublât votre tranquillité. Il faut tacher de mépriser les tracasseries, ou du moins de ne les pas prendre à cœur ; c'est même le seul moyen de les éviter pour la suite, quoique, dans toutes los compagnies, ce soit un mal épidémique et incurable.
Vous choisissez très-bien les sujets de vos prix1. Une méthode de bonne éducation bien tracée, bien développée, mériterait non-seulement des couronnes académiques, mais des récompenses du gouvernement.
Vous ne m'avez pas même marqué si vous avez reçu les tomes X et XI2 in-4° de mon ouvrage sur l'Histoire naturelle, jue je vous ai envoyés cet été par notre ami le président de Brosses. Les volumes XII et XIII paraîtront après Pâques, et je crois que vous y trouverez quelques morceaux qui vous feront plaisir. Je retournerai à peu près dans ce temps à Montbar d. Il n'y a donc plus d'espérance de vous y voir ; c'est un de mes regrets les plus vifs. Vous étant si anciennement et si sincèrement attaché, il est dur de passer la vie sans vous voir. Recevez au moins les assurances de ces sentiments, et faites agréer mes respects et ceux de ma femme à Mme de Ruffey.
AU MÊME
Montbard, le 20 août 1765.
J'ai fait tout ce que j'ai pu, mon cher Président , pour engager M. Daubenton à vous payer ce qu'il vous doit1. Je l'ai beaucoup pressé, et tout ce que j'ai pu obtenir, c'est qu'il vous enverrait ces jours-ci 300 livres à compte des 1200, et il promet en même temps de payer avant Pâques les 900 livres restant. Mandez-moi, je vous prie, s'il a tenu parole pour les 300 livres. Il m'a promis si positivement que vous les recevriez avant le 20 d'août, que j'ai peine à me persuader qu'il voulût nous manquer à tous deux en même temps.
On nous a dit que M. votre fils l'aîné était à Montfort en bonne santé, et nous espérons qu'il nous fera l'honneur de
nous venir voir pendant son séjour. Je vous embrasse , mon cher Président, et suis avec un sincère et respectueux attachement votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
A L'ABBÉ LE BLANC
Montbard, le 22 septembre 1765.
Je vous avoue, mon cher ami. que j'ai bien des torts envers vous, quoique votre lettre ne soit que la seconde, et non pas la troisième, à laquelle je n'ai pas eu l'honneur de faire réponse. J'ai vu l'article du Mercure1 , et d'abord je fus tenté de vous écrire pour remercier M. de La Place2; mais ayant lu une seconde fois, car on relit volontiers ce qui nous flatte, j'ai cru apercevoir des traits de votre style, et d'autres plus évidents de votre cœur, et je vois avec grand plaisir que je ne m'étais pas trompé. Recevez-en, mon cher ami, tous les remercîments que je vous dois. A l'exception de l'éloge qui est trop fort, cet extrait est très-bien fait, et ce que vous dites des orateurs anciens fait bien de l'honneur à votre philosophie.
Ma femme, qui vous fait bien des amitiés, a relu l'article dès qu'elle a su qu'il était de vous, et elle l'a trouvé encore mieux qu'à la première lecture. Je suis bien aise de vous avoir cette obligation, et encore bien aise de ne l'avoir point à un autre. Ce que vous m'avez marqué de M. de Bourdonné m'a fait grand plaisir ; car je fais plus de cas de son jugement que de celui de tous les philosophes dont vous me parliez, fussentils même de bonne foi. C'est un homme de beaucoup d'esprit et de sens, et qui, de plus, a sur eux l'avantage de connaître le monde et de le bien juger. Faites-lui mes compliments, je vous supplie, lorsque vous le verrez.
J'ai été très-touché de l'accident arrivé à M. le comte de Saint-Florentin3. Cette nouvelle a fait en province la même sensation qu'à Paris ; il n'y a personne qui n'y ait pris un très-grand intérêt. C'est, entre nous , le seul de nos ministres dont j'ai vu constamment désirer la conservation.
J'ai lu un extrait de Y Éloge de Descartes de M. Gaillard *, et je n'ai pas été content du style. Si celui de M. Thomas5 n'est pas meilleur, ce grand philosophe aura été loué avec de pauvres petites paroles 6.
Si vous rencontrez M. du Cros, faites-lui nos compliments, et ne nous oubliez pas non pins auprès de notre ami M. Méat; j'espère que sa santé est actuellement bien rétablie. Nous ferons vendange ici dans huit ou dix jours, et nous ferons assez devin; mais, comme vous savez, ce vin est bien médiocre, et il vaudrait mieux que la grêle fût tombée sur mon finage que sur celui de Beaune, de Pommard ou de Volnay, où il ne reste pas une grappe de raisin.
Je vous renouvelle encore mes remercîments, mon cher ami, et les assurances de l'éternel attachement que je vous ai voué.
(Inédite. — De la collection du British Muséum.)
AU PRÉSIDENT DE BROSSES
Montbard, le 23 septembre 1765.
Dans ma solitude, mon très-cher Président, je ne suis souvent informé que fort tard des choses qui m'intéressent le plus. Ce n'est que de ces jours-ci que j'ai appris la cruelle perte que vous avez faite de votre fils unique1. Je vous assure, mon cher ami, que cette nouvelle m'a causé une véritable douleur; je crois connaître votre cœur, et je me suis peint toute son affliction. Je la partage bien sincèrement; car
je vous suis depuis longtemps et pour toujours bien tendrement attaché.
Je vous envoie ci-joint un ordre pour prendre chez mon libraire deux nouveaux volumes de l'Histoire naturelle. Je voudrais pouvoir vous donner d'autres marques de mon estime et de mon amitié, et je regrette souvent de n'être pas à portée de vivre avec vous, et de vous dire combien je vous aime et combien je désire que vous m'aimiez aussi.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)
AU MÊME
Le 11 janvier 1766.
Je viens enfin, mon cher Président, d'achever la lecture entière de votre excellent ouvrage sur le Mécanisme du langage1, et je ne puis vous dire à quel point j'en suis satisfait. Il m'était bien resté dans l'esprit quelques-unes des idées que vous y avez employées; mais ce n'était que des morceaux d'une mine d'or dont vous venez de tirer toutes les richesses, sans cependant l'avoir épuisée; car nos neveux auront encore à travailler après vous, ou plutôt d'après vous, et je ne désespère pas qu'on ne voie un jour l'exécution de votre grand projet d'un vocabulaire universel. Je pense comme vous que cet ouvrage serait le compendium de nos connaissances, qui deviendra d'autant plus nécessaire qu'elles se multiplieront davantage, et vous aurez la gloire d'avoir donné le premier non-seulement le projet, mais les moyens d'exécution de cet univers grammatical qu'il ne paraissait pas possible d'établir sur des fondements solides et réels. Vous avez, dès aujourd'hui, celle d'en avoir démontré la possibilité, et même la facilité. Vous avez encore celle d'avoir employé dans toute la
suite de votre ouvrage la vraie métaphysique, et la seule qui soit lumineuse, c'est-à-dire la métaphysique tirée de la nature, et d'avoir semé toutes vos pages de vues très-fines dont vous devez vous attendre que quelques-unes échapperont à la plupart de vos lecteurs. Je ne vous dis rien de la prodigieuse érudition que votre livre me paraît supposer ; j'en ai trop peu pour que mon éloge à cet égard pût vous flatter; mais ce que je peux vous assurer, c'est que les savants, comme les gens du monde, me paraissent s'accorder dans leurs jugements, et que votre ouvrage a l'approbation la plus générale et la plus flatteuse. C'est le seul livre que j'aie lu de mes yeux, depuis plus de six mois, à cause de leur faiblesse; mais je l'ai lu tout entier, avec loisir, plaisir et réflexion, et j'y ai appris mille choses que j'ignorais. Je ne puis donc, mon cher ami, que vous féliciter de tout mon cœur sur cette production, qui vous fera le plus grand honneur à jamais.
J'ai outre cela des excuses à vous faire; je vous avoue mon étourderie, qui n'e'st pas pardonnable, et que tout autre que vous aurait eu raison de ne pas me pardonner. Croiriezvous , mon cher Président , qu'en citant les Terres australes, je ne me suis point rappelé que c'était vous qui aviez fait ce recueil? Comme ce sont des copistes qui me font mes extraits, et que ces extraits sont très-nombreux, j'en fais tirer à mesure les faits dont j'ai besoin, et dans cet extrait sur les lions marins, je ne pensais qu'aux voyageurs qui ont exagéré les faits, et point du tout à vous, qui avez rédigé leurs relations2. Si cela se fût présenté à mon esprit sur-le-champ , mon cœur aurait écrit : M. le président de Brosses, qui a retranché de ces relations une infinité de faits faux ou exagérés, et qui y a substitué un grand nombre de vérités, pouvait encore en retrancher, etc. Voilà la manière dont j'aurais pris la liberté de vous critiquer, si j'eusse pensé à vous, et je vous promets que je réparerai ma faute la première fois que j'aurai occasion de citer les Terres australes. Rien n'est plus honnête et plus doux que la manière dont vous vous plaignez de cette sotte inadvertance
de ma part, et j'en ai été pénétré. Je ne puis que vous remercier en vous embrassant bien tendrement et de tout mon
cœur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)
AU PRÉSIDENT DE RUFFEY
Au Jardin du Roi, le 20 janvier 1766.
Je vous avoue, mon cher Président, que les vers du jeune homme m'ont fort étonné ', et d'autant plus qu'il y a moins de feu et plus de maturité , de raison et de style que cet âge n'en comporte. Vous avez très-bien fait de lui donner une place dans votre Académie; c'est un premier encouragement qui pourra peut-être lui devenir utile. Tous les gens de lettres doivent s'intéresser à son sort, et je serais fort aise, en mon particulier, de trouver l'occasion d'aider à l'avancement de ses talents, qui sont déjà très-grands, et qui ne peuvent manquer de le devenir encore davantage.
Je vous envoie ci -joint un ordre pour que vous fassiez prendre quand vous voudrez, et par qui il vous plaira, les deux nouveaux volumes de mon ouvrage sur l'Histoire naturelle; j'espère que vous y trouverez des morceaux dont vous serez content.
Je suis bien fâché de tous les malheurs qui sont arrivés à notre ami le président de Brosses2; il mérite bien d'être heureux, et s'il est raisonnable, il prendra pour consolation le succès de son ouvrage sur le langage. Il a été goûté de tous les gens qui savent penser, et en mon particulier, je l'ai lu d'un bout à l'autre avec autant de plaisir que d'instruction.
Je suis enchanté de tout ce que vous me marquez au sujet de votre Académie; vous en êtes le père et vous en serez l'âme
tant que vous vivrez, et on ne saurait donner trop d'éloges à votre noble manière de penser.
J'ai entrepris de donner la suite de l'Histoire naturelle en planches enluminées, dont je donnerai les explications lorsqu'il y en aura assez pour faire un volume. Il en a déjà paru quatre cahiers de vingt-quatre planches chacun ; chaque cahier coûte 15 liv. en petit papier, et 24 liv. en grand papier. Je ne puis pas vous le donner comme je fais pour mon livre, parce que l'ouvrage appartient à mes peintres et à mes graveurs3, et qu'on n'en tire que quatre cent cinquante exemplaires ; cependant, je serais bien aise que vous l'eussiez et que vous fussiez du nombre de nos souscripteurs. M. de Puligny4, M. du Morey3 et M. Hébert6 ont les premiers cahiers, et vous pourrez les voir chez eux.
Je vous embrasse, mon cher Président, et je serai toute ma vie, avec une amitié tendre et un attachement respectueux, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
AU MÊME
Au Jardin du Roi, le 5 février 1766.
Je vous remercie, mon cher Président, de la peine que vous vous êtes donnée pour l'affaire de Mme la marquise de Scorailles1; les papiers, en effet, ont été envoyés, et elle m'a chargé de vous faire aussi des remercîments de sa part.
Je compte bien, mon cher ami, quoique j'aie cinquante-huit ans depuis le mois de septembre dernier, finir toute Y Histoire naturelle avant que j'en aie soixante-huit2, c'est-à-dire avant que je necommence à radoter; et voici les mesures que j'ai
prises pour en venir à bout. Je donnerai en in-4 encore six volumes, dont les matériaux sont prêts pour la plus grande partie. Ces six volumes contiendront, après l'histoire des quadrupèdes, celle des cétacés et des poissons cartilagineux; ensuite celle des quadrupèdes ovipares et des reptiles , et enfin des matières générales sur les végétaux et les minéraux. Ainsi j'aurai donné en gravure noire tous les animaux dont la forme suffit pour qu'on puisse les reconnaître aisément, et je fais faire en même temps, en planches enluminées , tous les oiseaux qui ont besoin d'être présentés avec des couleurs pour être bien connus, et cela abrège les descriptions plus de moitié. J'ai déjà près de deux cents planches de gravées, dont il en a paru quatre-vingt-seize. Gela fera un ouvrage in-folio en quatre ou cinq volumes qui aura pour titre : Suite de l'Histoire naturelle, par M. de Buffon. Et en effet, je donnerai une explication assez étendue de chacune des planches, et on reliera cette explication avec les planches, dès qu'il y en aura un assez grand nombre pour faire un volume; et comme il en paraît un cahier de vingt-quatre planches tous les trois mois, je compte que dans quatre ou cinq ans au plus l'ouvrage pourra être entièrement achevé. Il n'y en aura en tout que quatre cent cinquante exemplaires, et si vous voulez que je vous inscrive, il faut me faire une réponse promptement, parce qu'il ne m'en reste plus que vingt-six. Je vous conseillerais de le prendre comme M. Hébert, en grand papier, parce qu'il est toujours mieux soigné que le petit papier. D'ailleurs, votre Académie aura nécessairement besoin de ce recueil, qui seul tiendra lieu d'un cabinet entier et complet d'histoire naturelle, et vous devriez prendre cette dépense non pas sur vous, mais sur les petits fonds de vos dépenses académiques. Si vous voulez les quatre cahiers qui ont déjà paru, il vous en coûtera quatre louis , et je vous les enverrai par la voie de M. Hébert; ensuite, il y aura un louis à donner dans trois ou quatre mois, en recevant le cinquième cahier, un autre louis trois mois après, en recevant le sixième, ainsi de suite, parce
que chaque cahier coûte un louis, et qu'à ce prix, que j'ai lixé à nos dessinateurs et à nos peintres, ils ont encore bien de la peine à gagner quelque chose au delà de leurs frais.
Je serais bien aise de voir notre ami M. de Brosses , et je serais bien content si je pouvais espérer de vous voir aussi, personne ne vous étant plus anciennement et plus sincèrement attaché que je le suis et le serai toute ma vie.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
AU MÊME
Avril 1766.
J'ai fait partir hier, mon cher Président, par le carrosse de voiture qui arrivera à Dijon jeudi, une petite caisse à l'adresse de M. Hébert, dans laquelle j'ai mis les quatre cahiers de mes planches enluminées, petit papier, pour le payement desquelles vous m'avez envoyé une rescription de 60 liv. J'y ai joint les volumes X, XI, XII et XIII de mon ouvrage sur l'Histoire naturelle, que je vous supplie de faire agréer à MM. de l'Académie. J'aurais bien voulu leur faire de même un hommage pur et simple de mes planches enluminées ; mais, comme cet ouvrage est pour le compte de mes dessinateurs, et qu'on ne le tire qu'en très-petit nombre, il ne m'est pas possible d'en donner ; il n'y en a en tout que cent cinquante exemplaires en grand papier, et trois cents en petit papier.
Gomme il n'y a dans la caisse que j'ai adressée à M. Hébert qu'un seul cahier pour lui, et deux autres cahiers , l'un pour M. Rigoley de Puligny, et l'autre pour M. du Morey, et que la principale charge de cette caisse est pour l'Académie, il serait juste que le port qu'il en coûtera à M. Hébert fût partagé.
Vous me marquez d'envoyer à M. du Morey la souscription de cet ouvrage ; vous voyez bien bien que ce n'est point une souscription, mais une simple inscription du nom de ceux à qui on la donne, attendu qu'on ne demande point d'argent d'avance, et qu'on ne paye qu'à mesure que l'on reçoit. J'ai donc fait inscrire votre nom pour l'académie de Dijon sur la liste de ceux qui prennent l'ouvrage, et cela est suffisant.
Le maire de Montbard 1 doit arriver ces jours- ci à Paris ; je vous promets de lui bien laver la tète et de le presser de nouveau de satisfaire à ses obligations.
Mes respects, je vous supplie, à Mme de Ruffey. C'est avec les sentiments de la plus inviolable amitié que je serai toute ma vie, mon cher Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Gomme la poste presse, je n'ai pas le temps de donner avis à M. Hébert de l'envoi de cette caisse, et je vous prie de l'en faire avertir.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
AU MÊME
Montbard, le 7 avril 176G.
Je n'ai pu, mon cher Président, vous répondre plus tôt, parce que, depuis plus d'un mois, j'ai été attaqué de violentes coliques d'estomac qui m'ont beaucoup tourmenté, et qui me réduisent encore aujourd'hui au petit-lait et à la diète. Cependant cela va mieux depuis quatre ou cinq jours , et j'espère que l'air de la campagne et l'exercice feront cesser mon mal, que la vie sédentaire et le trop d'application m'avaient causé.
J'ai apporté avec moi les quatre premiers cahiers , grand papier, de nos planches enluminées, que vous avez payés d'à-
vance à M. Hébert; je les adresse, par le earrosse qui passe ici demain, à Mlle Buisson1, au Logis-du-Roi, pour les faire tenir à Mme la comtesse de Rochechouart2. Il y a longtemps que je connais son goût et toute l'étendue de ses connaissances en histoire naturelle, et je suis charmé qu'elle se soit déterminée à prendre ces planches enluminées , qui seront quelque jour fort rares; car, comme je vous l'ai dit, on n'en peut tirer que quatre cent cinquante exemplaires , et j'aurai soin qu'on lui fournisse les meilleures épreuves. Je vous prie de faire avertir Mlle Buisson afin qu'elle retire ce paquet, dont je ferai charger la feuille.
M. Maret 3 a pris la peine de m'écrire, au nom de l'Académie, pour me remercier des derniers volumes que je vous ai envoyés ; c'est un hommage trop légitime pour mériter des remercîments, et ce serait à moi à vous en faire de l'accueil toujours très-obligeant que votre compagnie a eu la bonté de faire à mes ouvrages.
Je vous embrasse, mon cher Président , et je vous supplie de faire agréer mes respects à Mme de Ruffey. Mme sa sœur est ici chez Mme de La Porest. Nous avons eu de leurs nouvelles souvent ; mais nous n'avons pas encore eu l'honneur de
les voir.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
A MADAME GUENEAU DE MONTBEILLARD K
Le 2 mai 17G6.
Pourquoi me laissez-vous dans l'incertitude , madame, sur votre grande opération2? Je ne sais où vous prendre. Ètes-vous à Chevigny3? avez-vous déterminé le temps, le jour de l'inoculation? Si je n'avais pas d'enfant, je saurais tout ce qui vous intéresse sur cela; car j'aurais été à Chevigny vous en
demander des nouvelles, et je vous supplie de m'en donner, si vous avez un moment où vous ne soyez pas occupée auprès de votre enfant. Je vous félicite de votre courage4 ; je plains tendrement vos inquiétudes, et je souhaite ardemment de savoir tous les détails qui vous concernent5. Je vous les demande avec instance. Voilà une lettre pour Mme de Prévôts, que j'attends ici tous les jours. Si vous êtes à Chevigny, je l'enverrai prendre à Semur, si cela vous convient; elle n'aura qu'à me le faire dire.
(Inédite. — Communiquée par M. Léon de Montbeillard à M. Beaune, qui a bien voulu, à son tour, nous en donner connaissance.)
AU PRÉSIDENT DE BROSSES
Montbard, le 27 juin 1766.
Il n'y a que trois ou quatre jours, mon très-cher Président, que j'ai cessé de souffrir. J'ai eu depuis le mois de mars cinq atteintes d'une violente colique d'estomac, dont la dernière a duré douze jours et m'avait entièrement abattu. Je me suis mis au régime du lait, et je m'en trouve très-bien ; les douleurs ont cessé et je reprends des forces. Sans une excuse aussi légitime, je vous demanderais pardon, mon cher ami, de n'avoir pas répondu à votre lettre si honnête et toute remplie de sentiments d'amitié, que vous m'avez écrite dans le temps de votre arrivée à Paris. J'ai été aussi extrêmement peiné du contre-temps qui m'a privé du plaisir de vous voir. Je retourne à Paris le 14 du mois prochain, et peut-être alors en serez-vous parti. Vous devriez au moins, mon cher Président, nous donner un jour ou deux à Montbard; je vous enverrais des chevaux à la Maison-Neuve, qui vous ramèneraient à Montbard, au cas que vous partiez avant le 10 juillet; car, si vous partiez plus tard, cela ne serait plus possible,
étant obligé de partir moi-même le 12 ou le 13 au plus tard. Je vous envoie ci-joint un billet pour M. Daubenton le jeune1, pour qu'il vous fasse tirer une suite de nos animaux et squelettes; et assurément, mon cher ami, je ne permettrai pas que vous payiez les frais de cette petite œuvre, que je serai enchanté de mettre dans votre portefeuille.
Sainte-Palaye 2 et d'autres de mes confrères de l'Académie française ont pu vous dire combien j'avais fait d'éloges de votre dernier ouvrage, et combien j'ai dit qu'il devait vous mériter une place à l'Académie. Entre nous, il est sûr qu'en fait de grammaire il y a autant d'esprit dans votre livre qu'il y a de matière dans celui de Sainte-Palaye, qui cependant lui a mérité cet honneur.
Je vous embrasse, mon très-cher ami, bien sincèrement et de tout mon cœur.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)
AU MÊME
Montbard, le 1" septembre 1766.
De tout mon cœur je vous fais mes félicitations, mon trèscher Président, sur votre heureux mariage1; car je ne doute pas qu'il ne le soit en effet, puisque vous épousez vos amis2, et que votre jeune dame ne peut manquer de tenir de ses dignes parents. Cela me fait d'autant plus de plaisir que j'avais fait quelques ouvertures d'un autre côté, et que je devais vous écrire que ces gens-là portaient leurs prétentions trop haut. Nous chercherons ailleurs pour Mlle votre fille3, et ma femme serait enchantée de vous donner des marques de son amitié, qui depuis longtemps est fondée sur la haute estime qu'elle m'a toujours vu faire de voire esprit et de votre cœur.
Elle est restée à Paris pour nous arranger dans une nouvelle maison à portée du Jardin du Roi, où j'ai cédé mon logement pour agrandir les cabinets. On m'a traité honnêtement pour mes dédommagements, mais non pas magnifiquement1' , comme on le dit à Dijon; et, en honneur, les motifs de l'intérêt personnel n'ont aucune part ici, et je ne me suis déterminé que pour donner un certain degré de consistance et d'utilité à un établissement que j'ai formé. Tout était entassé ! tout périssait dans nos cabinets faute d; espace. Il fallait deux cent mille livres pour nous bâtir. Le Roi n'est pas assez riche pour cela; son contrôleur général a pris un parti qui ne leur coûtera que quarante mille livres pour l'arrangement du tout, et il me paye le loyer de ma maison; ainsi vous voyez que cela ne fera tout au plus que la fortune du Cabinet, et cela me suffit; car je suis content de la mienne, quoique assez médiocre5.
Yous n'avez pas encore votre suite de planches des animaux et de leurs squelettes, parce qu'il faut que vous l'ayez complète, et qu'on achève de graver les animaux du XVe volume; ainsi vous n'aurez le tout que dans deux ou trois mois. Jouissez, en attendant ces squelettes, d'une belle chair bien ferme et bien fraîche, et, dans les plaisirs de l'amour, n'oubliez pas les douceurs de l'amitié et les sentiments tendres et sincères que je vous ai voués pour ma vie.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)