‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 47 sur 80 · FRAGMENT DE LETTRE AU MÊME · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE LETTRE AU MÊME

Montbard, le 15 décembre 1767.

.... Le plan que j'ai fait faire pour démontrer les limites de la lisière de bois l que me contestent les ursulines de Montbard, sera achevé aujourd'hui, et je compte l'envoyer par le prochain messager avec mes réponses à leurs défenses. Je vous prierai, mon très-cher monsieur, d'engager M. de Mussy à jeter les yeux sur le tout, et vous aurez tous deux assez de

bonté pour emboucher un peu mon procureur, et pour lui dire de me marquer le nom des juges et le jour auquel l'audience a été remise.

Par la dernière poste, ma femme écrit qu'elle a eu une très-bonne nuit, et qu'elle commence à se trouver un peu reposée. Je compte partir le lendemain de Noël. Si vous pouviez m'envoyer d'ici à ce temps quelque chose de votre ouvrage, cela me ferait grand plaisir. Donnez-moi aussi vos commissions et celles de Mme de Montbeillard , que j'assure de mon sincère et tendre respect. Je remercie Fin-Fin des amitiés qu'il a faites à mon fils, et vous, mon très-cher monsieur, je ne vous dirai jamais assez combien je vous estime

et vous aime.

(Inédite. — Conservée dans la bibliothèque de Semur.)

XGVI AU MÊME.

20 janvier 1768.

Hélas! mon très-cher monsieur, je ne croyais pas que vous dussiez perdre encore de sitôt la chère personne qui cause aujourd'hui vos regrets douloureux1. Il n'y a aucun de vos amis qui ne connaisse votre âme; mais je crois connaître mieux qu'aucun sa noble et tendre sensibilité : aussi nous vous avons plaint et vous plaignons de tout notre cœur.

La santé de notre pauvre convalescente n'est pas encore assurée; ses forces reviennent bien lentement, et même ne peuvent toutes revenir dans l'état où elle est. Nous avons vu M. de Montbeillard; sa santé est bonne et ses yeux meilleurs, et j'ai eu bien du plaisir à raisonner fer avec lui ?.

J'ai dit à Panckoucke3 que vous ne pouviez guère lui donner de l'agricullure avant dix-huit mois ou deux ans, et il attendra volontiers le temps qui vous conviendra. J'au-

rais été enchanté de recevoir un beau coq4 pour étrennes; mais, en quelque temps qu'il vienne, il sera toujours bien reçu.

Je ne connais rien de nouveau dans la littérature que la Physiocratie de M. Quesnay5. Il a fait autrefois de la médecine pour les individus ; ceci est de la médecine du gouvernement, c'est-à-dire de l'espèce entière. Je vous en garde un exemplaire, que je vous enverrai ou donnerai à mon retour.

Nos poètes se percent d'épigrammes. En voici une bien courte et bonne (si vous connaissiez l'homme!) de Piron contre Poinsinet6 :

Pégase constipé s'efforçait un matin :

Le petit Poinsinet fut son premier crotlin.

Bonjour, mon très-cher monsieur ; mille tendres respects au charmant mouton''; ne m'oubliez pas aussi auprès de Mme Boucheron8 et du beau Fin-Fin. Mme de Messey9 n'est pas encore guérie de son pied brûlé.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

XGVII

AU MÊME

Montbard, 1768.

Quoique la perte que vous venez de faire, mon cher monsieur, fût depuis longtemps prévue, je connais trop votre grande et bonne âme pour douter de votre affliction, et vous ne doutez pas non plus de l'intérêt très-tendre que nous prenons à tout ce qui vous touche. La convalescence de notre pauvre petite malade est si lente que j'en suis désolé; elle est toujours dans un état de souffrance très-fâcheux. La mâchoire est un peu plus ouverte , mais elle ne peut la remuer, et comme depuis si longtemps elle ne mange rien de solide,

la faiblesse est très-grande. Mes respects, je vous supplie, à sa très-bonne amie. Je vous embrasse, mon très-cher monsieur, bien tendrement et de tout mon cœur.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

AU PRÉSIDENT DE BROSSES

Janvier 1768.

Nous savions déjà, mon très- cher Président, que Mme de Brosses était heureusement accouchée1, et c'est votre ancien premier président2 qui nous l'avait appris. 11 n'eût rien manqué à notre satisfaction , si elle vous eût donné un héritier. Votre nom n'en a pas besoin pour durer ; mais il est doux de se perpétuer au physique comme au moral, et la santé de Mme de Brosses étant aussi bonne que vos facultés sont promptes à se réaliser, il y a tout à espérer d'un second essai qui remplira vos vœux et les nôtres.

Nous sommes ici dans l'affliction. Ma femme est sérieusement malade, et d'une maladie qui sera encore longue, et malheureusement toujours douloureuse; sa situation, qui exige tous mes soins, dérange mes projets. Je comptais partir ces jours derniers et aller à Dijon passer deux ou trois jours auprès de vous, et présenter en même temps au Parlement les lettres patentes que j'ai besoin d'y faire enregistrer; c'est au sujet de l'établissement d'une forge et d'autres usines de fer que j'ai commencé d'établir à Buffon et à Montbard3. Je ne pensais pas à cela l'année passée, lorsque vous me fîtes l'honneur d'y venir; mais m' étant occupé pendant l'été et l'automne d'expériences sur la chaleur, et particulièrement sur l'action du feu par rapport au fer, je suis venu à bout de faire avec nos plus mauvaises mines de Bourgogne du fer

d'aussi bonne et meilleure qualité que celui de Suède et d'Espagne. Cette découverte sera certainement utile à l'État, et pour en tirer quelque produit pour moi-même, je me suis déterminé à établir une forge, d'autant que j'ai suffisamment de bois....

(Inédite. —De la collection de M. le comte de Brosses. — Le reste de cette lettre manque.)

AU MÊME

Paris, le 7 mars 1768.

Voici, mon très-cher Président, l'arrêt du conseil et les lettres patentes1 pour ma forge, que vous m'avez permis de vous envoyer, et que vous m'obligerez beaucoup de faire enregistrer au Parlement. Je compte bien que cela coûtera de l'argent, que j'aurai soin de vous rembourser, si vous avez encore la bonté de l'avancer. Après l'enregistrement au Parlement viendra celui de la Chambre des comptes, qui coûtera peut-être encore plus ; mais je n'y aurai pas de regret, non plus qu'à toute la dépense que je fais pour cet établissement, parce que j'ai trouvé des choses qui me seront profitables, en même temps qu'elles seront très-utiles à notre province. J'aurai bien du plaisir à vous expliquer tout cela lorsque j'aurai celui de vous voir. Il suffit, pour vous donner une idée de l'utilité, de vous dire que nous ne vendons nos fers en Bourgogne que 13 liv. le quintal, et qu'on m'offre déjà 24 liv. de celui que j'ai fait fabriquer par ma nouvelle méthode; et en effet, ce fer est d'une qualité supérieure à tous ceux qu'on connaît.

Comme je ne lis aucune des sottises de "Voltaire, je n'ai su que par mes amis le mal qu'il a voulu dire de moi; je lui pardonne comme un mal métaphysique qui ne réside que dans sa tête , et qui vient d'une association d'idées de

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Needham8 et Buffon. Il est irrité de ce que Needham m'a prêté ses microscopes et de ce que j'ai dit que c'était un bon observateur. Voilà son motif particulier, qui, joint au motif général et toujours subsistant de ses prétentions à l'universa- . lité et de sa jalousie contre toute célébrité, aigrit sa bile recuite par l'âge, en sorte qu'il semble avoir formé le projet de vouloir enterrer de son vivant tous ses contemporains3. Il sera tout aussi fâché contre vous dès qu'il vous verra à l'Académie *, et j'espère que nous lui donnerons ce chagrin dans peu , quoique toute notre vieillesse académique ait l'air de tenir bon.

Mes tendres respects, je vous supplie, à Mme la présidente de Brosses. Ma pauvre femme est toujours dans la même situation de souffrances , et je vous avoue même que je ne suis pas sans inquiétudes pour l'avenir; sa maladie sera certainement très-longue. Elle vous remercie beaucoup de la part que vous voulez bien y prendre.

J'oubliais de vous dire que je crois qu'il est convenable que j'écrive un mot à M. le premier président5 au sujet de l'enregistrement de mes lettres patentes, et je le ferai par le premier ordinaire.

C'est avec toute reconnaissance et tout attachement que je serai toute ma vie, mon très-cher Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)

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