ODE A M. DE BUFFON SUR SES DETRACTEURS
Buffon, laisse gronder l'Envie; C'est l'hommage de sa terreur ; Que peut sur l'éclat de ta vie Son obscure et lâche fureur?
Olympe, qu'assiège un orage, Dédaigne l'impuissante rage Des aquilons tumultueux; Tandis que la noire Tempête Gronde à ses pieds, sa noble tête Goûte un calme majestueux.
Pensais-tu donc que le Génie , Qui te place au trône des arts, Longtemps d'une gloire impunie Blesserait de jaloux regards?
Non, non, tu dois payer la gloire; Tu dois expier ta mémoire Par les orages de tes jours; Mais ce torrent, qui dans ton onde Vomit sa fange vagabonde, N'en saurait altérer le cours.
Poursuis ta brillante carrière, 0 dernier astre des Français!
Ressemble au Dieu de la lumière, Qui se venge par des bienfaits.
Poursuis ! que tes nouveaux ouvrages Remportent de nouveaux outrages, Et des lauriers plus glorieux :
La gloire est le prix des Alcides !
Et le dragon des Hespérides Gardait un or moins précieux.
C'est pour un or vain et stérile
Que l'intrépide fils d'Éson
Entraîne la Grèce docile
Aux bords fameux par la Toison.
Il emprunte aux forêts d'Êpire
Cet inconcevable navire
Qui parlait aux flots étonnés;
Et déjà sa valeur rapide
Des champs affreux de la Colchide
Voit tous les monstres déchaînés.
11 faut qu'à son joug il enchaîne, Les brûlants taureaux de Vulcain; De Mars qu'il sillonne la plaine Tremblante sous leurs pieds d'airain.
D'un serpent, l'effroi de la terre, Les dents, fertiles pour la guerre, A peine y germent sous ses pas, Qu'une moisson vivante, armée Contre la main qui l'a semée, L'attaque, et jure son trépas.
S'il triomphe, un nouvel obstacle Lui défend l'objet de ses vœux :
Il faut par un dernier miracle Conquérir cet or dangereux; Il faut vaincre un dragon farouche , Braver les poisons de sa bouche, Tromper le feu de ses regards; Jason vole; rien ne l'arrête.
Buffon ! pour ta noble conquête Tenterais-tu moins de hasards ?
Mais si tu crains la tyrannie D'un monstre jaloux et pervers, Quitte le sceptre du génie, Cesse d'éclairer l'univers.
Descends des hauteurs de ton âme, Abaisse tes ailesde flamme, Brise tes sublimes pinceaux, Prends tes envieux pour modèles, Et de leurs vernis infidèles Obscurcis tes brillants tableaux.
Flatté de plaire aux goûts volages, L'Esprit est le dieu des instants; Le Génie est le dieu des âges, Lui seul embrasse tous les temps.
Qu'il brûle d'un noble délire, Quand la Gloire autour de sa lyre Lui peint les Siècles assemblés, Et leur suffrage vénérable Fondant son trône inaltérable Sur les empires écroulés !
Eût-il, sans ce tableau magique Dont son noble cœur est flatté , Bompu le charme léthargique De l'indolente volupté?
Eût-il dédaigné les richesses ?
Eût-il rejeté les caresses
Des Circés aux brillants appas,
Et par une étude incertaine
Acheté l'estime lointaine
Des peuples qu'il ne verra pas?
Ainsi l'active chrysalide, Fuyant le jour et le plaisir, Va filer son trésor liquide Dans un mystérieux loisir.
La Nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie Qui la voile aux profanes yeux, Certaine que ses nobles veilles Enrichiront de leurs merveilles Les rois, les belles et les dieux.
Ceux dont le présent est l'idole
Ne laissent point de souvenir :
Dans un succès vain et frivole,
Ils ont aussi leur avenir.
Amants des roses passagères,
Ils ont les grâces mensongères,
Et le sort des rapides fleurs.
Leur plus long règne est d'une aurore ;
Mais le Temps rajeunit encore
L'antique laurier des neuf Sœurs.
Jusques à quand de vils Procustes Viendront ils au sacré vallon , Bravant les droits les plus augustes, Mutiler les fils d'Apollon?
Le croirez-vous, races futures?
J'ai vu Zoïle aux mains impures, Zoïle outrager Montesquieu !
Mais quand la barque inexorable Frappa cet homme irréparable , Nos regrets en firent un Dieu.
Quoi! tour à tour dieux et victimes, Le sort fait marcher les talents Entre l'Olympe et les abîmes, Entre la satire et l'encens !
Malheur au mortel qu'on renomme.
Vivant, nous blessons le grand homme; Mort, nous tombons à ses genoux; On n'aime que la gloire absente; La mémoire est reconnaissante; Les yeux sont ingrats et jaloux.
Buffon , des que rompant ses voiles, Et fugitive du cercueil, De ces palais peuplés d'étoiles Ton Ame aura franchi le seuil, Du sein brillant de l'empyrée Tu verras la France éplorée T'offrir des honneurs immortels, Et le Temps, vengeur légitime, De l'Envie expier le crime, Et l'enchaîner à tes autels.
Moi , sur cette rive déserte Et de talents et de vertus, Je dirai, soupirant ma perte:
« Illustre Ami, tu ne vis plus !
La Nature est veuve et muette !
Elle te pleure ! et son poëte N'a plus d'elle que des regrets.
Ombre divine et tutélaire, Cette lyre qui t'a su plaire, Je la suspends à tes cyprès! »
Note 3, p. 77. — Voir la huitième strophe de l'ode de Lebrun, citée dans la note précédente.
Note 1, p. 77. — L'abbé Claude Sallier était mort à Paris le 9 janvier 1761.
Note 2, p. 77. — Buffon était alors directeur de l'Académie française. « J'ai reçu ce matin la visite de M. de Buffon, écrit Diderot à Mlle Volant, au mois de décembre 1760. J'irai un de ces soirs passer quelques heures avec lui. J'aime les hommes qui ont une grande confiance dans leurs talents. 11 est directeur de l'Académie française, et, en cette qualité, chargé de trois ou quatre discours de réception; c'est une cruelle corvée. Que dire d'un M. de Limoges? Que dire d'un M. Watelet? Que dire des morts et des vivants? Cependant il n'est pas permis de les offenser par le mépris; il faudra donc qu'il les loue, et il disait : « Eh bien ! je les louerai, je les louerai bien, et l'on « m'applaudira. Est-ce que l'homme éloquent trouve quelque sujet « stérile? Est-ce qu'il y a quelque chose dont il ne sache pas parler? » C'est bien avec désintéressement que je loue cette confiance; car je ne l'ai point. Tout m'effraye au premier coup d'oeil, et il faut que je
sois de cent coudées au-dessus d'une besogne, quand je ne la trouve pas de cent pieds au-dessus de moi. »
Note 3, p. 77. — Charles-Marie de La Condamine, dont il a déjà été question (p. 238), fut, après Rouelle toutefois, le caractère le plus original et le savant le plus distrait de son temps. Membre déjà ancien de l'Académie des sciences, il fut reçu à l'Académie française le 21 janvier 1761 par Buffon, son collègue dans la première Académie et son ami. Il y remplaçait Vauréal. Le jour de sa réception, La Condamine, qui était sourd, fit distribuer à ses nouveaux collègues cette épigramme dont il était l'auteur :
Apollon n'avait plus que trente-huit apôtres, La Condamine entre eux vient s'asseoir aujourd'hui. Il est bien sourd, tant mieux pour lui; Mais non muet , et tant pis pour les autres.
Le discours de Buffon, malgré son laconisme, n'en fut pas moins très -remarquable. Mme Necker a fait à ce sujet la remarque suivante : « M. de Buffon dit dans son éloge de La Condamine un confrère de trente ans; cependant M. de Buffon et M. de La Condamine n'avaient été réunis à l'Académie des sciences que depuis vingt-sept ans; mais vingt-sept aurait gâté l'harmonie de la phrase. » (Mélanges.) Mme Necker aurait pu remarquer encore cette heureuse construction de la phrase qui rend harmonieux un mot dissonant et dur : S'être livré à la pente précipitée de ces cataractes écumantes. Plus loin, lorsque l'orateur, parlant des voyages de La Condamine dans le nouveau monde , hasarda cette espèce de prosopopée : « La Nature, accoutumée au plus profond silence, dut être étonnée de s'entendre interroger pour la première fois, » la grandeur de l'image saisit l'assemblée, elle en fit à l'orateur l'application, et se recueillit avant d'applaudir; Buffon lui-même, dominé par l'émotion, dut s'arrêter avant de pouvoir achever son discours.
Note k, p. 77. — Claude-Henri Watelet, né en 1718, mort le 12 janvier 1786, était receveur général des finances à vingt-deux ans. Si les charges de finance conduisent à la fortune, elles ne font pas prendre d'habitude le chemin de l'Académie. M. Watelet fut cependant de l'Académie française. Il y occupa la place laissée vacante par Mirabeau, surnommé l'Ami des hommes, et y fut reçu par Buffon le 19 janvier 1761. Il eut pour successeur Sedaine.
Note 5, p. 78. — L'une des deux places à remplir était celle que
la mort de l'abbé Sallier venait de rendre vacante. Elle fut en effet occupée par l'évéque de Limoges, qui vint siéger à l'Académie le 9 avril 1701. Bufifon avait à cette époque quitté ses fonctions de directeur, et le discours qu'il avait préparé ne fut pas prononcé; il se trouve cependant imprimé en partie dans ses œuvres. Jean-Gilles de Coëtlosquet, évêque de Limoges, né le 15 septembre 1700, mort le 21 mars 1804, eut le bon goût de renoncer plusieurs fois à sa candidature, qui était assurée, pour céder la place à des hommes de lettres mieux pourvus de titres que lui-même. Lors de la mort de Vauréal, il se retira pour faire passer La Gondamine, qui fut élu.
Note 1, p. 78. — Charles-Marie Touret deFontette, né le 15 avril 1710, mort le 21 février 1772, était conseiller au parlement de Bourgogne, et en 1771, devint membre de l'Académie des inscriptions. Le jour où Buffon le rencontra à Versailles, il s'y trouvait pour représenter les intérêts de sa compagnie contre les prétentions des élus de la province. Dans les nombreux incidents auxquels donna lieu l'affaire Varenne, Touret de Fontette fut toujours choisi par sa compagnie pour négocier en son nom, soit avec la cour, soit avec le Parlement. Le président de Brosses , prononçant son éloge devant le parlement de Dijon, a dit de lui : c< Son empressement à servir sa compagnie était extrême; presque toujours choisi à cet effet par la grande confiance que lui méritaient ses lumières, il réussit plus d'une fois en des occasions majeures , sachant s'aviser des expédients et conduire les ressorts, mêler l'adresse à la patience, et diriger sa marche sans la mettre à découvert. »
Note 2, p. 78. — La terre de Montfalcon, en Bresse, était le séjour favori du président de Brosses.
Note 3, p. 78. — Ses deux discours académiques, prononcés lors de la réception de MM. de La Gondamine et Watelet.
Note k, p. 78. — Bernard-Joseph Saurin, né en 1706, mort le 17 novembre 1781, entra en 1761 à l'Académie française. Il y remplaça du Resnel, et eut pour successeur Condorcet.
Note 5, p. 78. — Charles Batteux, né le 7 mai 1713, mort le \k
juillet 1780, fut élu membre de l'Académie des inscriptions en 1754, et membre de l'Académie française en 1761.
Note 6, p. 79. — L'abbé Sallier fut mis de bonne heure en rapport avec Buffon, par l'intermédiaire d'un ami commun, l'abbé Le Blanc. De plus, il était son proche voisin, étant né à Saulieu, ville fort rapprochée de Montbard; h tous ces titres, Buffon s'était intéressé à sa fortune et avait employé ses amis pour assurer à l'abbé, qui n'avait aucun patrimoine, une indépendance honorable. Par ses soins, l'abbé Sallier obtint deux bénéfices dont il mangea les revenus sans s'occuper de leur entretien. Grâce à l'entremise de Buffon, il eut en outre une place à la Bibliothèque du Roi et une chaire au Collège de France. L'abbé Sallier ne fut pas ingrat : il témoigna toute sa vie à Buffon une estime et une considération voisines du respect, et l'institua son légataire universel. L'abbé, absorbé dansses études , ne connaissait pas le chiffre exact de sa fortune, et se faisait illusion sur son importance. Les legs et les dettes payés, il resta peu de chose. Buffon n'avait point un seul instant songé à accepter l'héritage de l'académicien. Il fit rechercher quels étaient alors les représentants de la famille, et le peu qui lui revint de cette succession inattendue , il le donna , en y ajoutant même du sien , à un neveu de l'abbé Sallier, qu'il avait trouvé dans une position voisine du besoin. Mme de Monconseil fut pour l'abbé Sallier ce que Mme de La Sablière était pour La Fontaine.
Note 7, p. 79. — Anne Rioult de Curzay, mariée jeune à Guinot de Monconseil, lieutenant général, mort en 1782, fut célèbre par son esprit et par ses intrigues. Rioult de Curzay, son frère, aussi lieutenant général , commanda plusieurs années en Corse, d'où il fut rappelé sur la plainte des Génois.
Mme de Monconseil eut trois filles qui ont toutes trois marqué dans leur temps : Mme de La Tour-du-Pin-Gouvernet , par sa douceur et sa fidélité conjugale; la princesse d'Hénin, par la sottise de son mari; Mme de Blot, par la réputation d'originalité que lui avait faite le Palais-Royal.
Note 8, p. 79. — Françoise Castel de Saint-Pierre, première femme du président de Brosses, était fille de Louis, marquis de Crèvecceur, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, veuve du Régent , et de Marie-Cathcrine-Charlotte de Fargès, remariée depuis au comte de Lutzelbourg, lieutenant général des armées du Roi. Elle était en outre nièce de l'abbé de Saint-Pierre, dont Jean-Jacques, sur le conseil de Mme Dupin, mit en ordre les œuvres un peu confuses, et
proche parente du maréchal de Villars. Elle mourut à Dijon le 25 décembre 1761.
Note 9, p. 79. — Claude-Charles, comte de Tournay, grand bailli de Gex, capitaine au régiment de Nice, frère cadet du président de Brosses, entra au service en 1729, et se distingua en Allemagne dans les campagnes de 1733 et de 1742. En 1744, il se retira à Dijon, où il mourut le 21 janvier 1793, sans laisser de postérité.
Note 10, p. 79. — En 1758, Voltaire, qui revenait de Prusse, et qui avait longtemps hésité entre la Lorraine et la Bourgogne, alla s'établir à Ferney, dans le pays de Gex. Le 24 décembre 1758, il écrivait à Thiriot : « J'ai quatre pattes au lieu de deux , un pied à Lausanne, dans une très-belle maison pour l'hiver; un pied aux Délices, près de Genève, où la bonne compagnie vient me voir ; voilà pour les pieds de devant. Ceux de derrière sont à Ferney et dans le comté de Tournay, que j 'ai acheté par bail emphytéotique du président de Brosses. ...» Le président de Brosses n'eut pas à se louer de Voltaire, dont les réclamations injustes et les mauvais procédés le déterminèrent à lui écrire en termes sévères une lettre que Voltaire ne lui pardonna pas. Cette brouille eut pour conséquence de faire fermer au président de Brosses les portes de l'Académie, où le parti de Voltaire était alors toutpuissant.
Note 11, p. 79. — L'épître à Mme de Pompadour dont parle Buffon n'a pas été recueillie dans les œuvres de Voltaire. Sa Béponse à M. Déodati porte la date du 25 janvier 1761. L'ouvrage que ce dernier venait de faire paraître sur l'Excellence de la langue italienne, en fut l'occasion. Le 1er février Voltaire lui adressa de nouveau des stances commençant par ces vers :
Etalez moins votre abondance, Votre origine et vos honneurs ; Il ne sied pas aux grands seigneurs De se vanter de leur naissance.
La Nouvelle Héloïse avait paru l'année précédente; Voltaire critiqua sans ménagements le livre de Rousseau. Dans une lettre au comte d'Argental écrite le 26 janvier 1761, il lui dit : a Et le roman de Jean- Jacques ! A mon gré il est sot, bourgeois, impudent, ennuyeux : mais il y a un morceau admirable sur le suicide, qui donne appétit de mourir, x
Note 1, p. 80. — L'abbé Trublet venait d'être élu le mois précédent. Il succédait à l'abbé Sallier, mort le 9 janvier 1761. L'abbé Trublet avait au fauteuil académique les mêmes titres que l'abbé Le Blanc ; tous deux étaient depuis longtemps sur les rangs, et tous deux avaient été, jusqu'à ce jour, également malheureux. Cette élection , bien faite pour affliger l'abbé Le Blanc, lui causa un profond chagrin. Cette fois, au reste, ce qui rendait son échec plus pénible encore, c'est qu'il avait été sérieusement question de lui pour occuper la place vacante. Voltaire, qui appuyait la candidature de Marmontel et de Diderot, écrivait à d'Alembert : « Ne mettrez-vous pas Diderot dans l'Académie? Personne ne respecte l'abbé Le Blanc plus que moi. Mais je ne crois pas qu'avec tout son mérite, il doive passer avant Diderot. » Moins heureux que l'abbé Trublet, qui parvint, à force d'y prétendre, au fauteuil académique, l'abbé Le Blanc ne fut pas de l'Académie. D'autres fois encore il se mit sur les rangs, et chaque fois Buffon s'employait pour lui; mais jamais il n'eut autant d'espoir de réussir que lors de la mort de l'abbé Sallier. L'abbé Le Blanc chercha une consolation dans le sein d'Académies étrangères, qui l'accueillirent avec empressement. Il fut membre, et c'était justice, de l'Académie de Dijon, qui jouissait alors d'un certain crédit ; il fut membre aussi de l'Académie de la Crusca de Crotone et de celle des Arcades de Rome, delà société des Apatistes et du dessin de Florence: mais ces distinctions ne purent calmer ses regrets ni endormir ses espérances, et, jusqu'à sa mort, l'abbé Le Blanc fut un candidat persévérant et toujours malheureux au fauteuil académique.
Note 2, p. 80. — La seconde place vacante à l'Académie depuis le 25 février 1761, parla mort de du Resnel,. fut occupée par Saurin.
Note 1, p. 81. — Nicolas -Joseph de Marcassus, baron de Puymaurin, né à Toulouse en 1718, mort dans la même ville en 1791, était un homme distingué par son savoir et par son esprit. A la fois peintre et musicien, il se montra, à la suite d'un voyage qu'il fit en Italie, l'un des plus fervents défenseurs de la musique italienne. Auteur de plusieurs projets sur des matières d'économie politique, il a écrit pour
l'Académie des sciences de Toulouse, dont il fut un des membres les plus actifs , plusieurs mémoires estimés.
Note 2, p. 81. — Le pays de Gomminges est aujourd'hui représenté par une partie des départements de la Haute-Garonne, de l'Ariége et du Gers. Les comtes de Comminges s'étant éteints en 1548, le pays de Gomminges fut réuni à la Couronne.
Note 3, p. 82. — Gaston III , comte de Foix et vicomte de Béarn , naquit en 1331 et mourut au mois d'août 1391. La chasse fut toujours son occupation favorite et, à en croire Saint -Yon, il n'entretenait pas moins de seize cents chiens. 11 écrivit en prose un livre divisé en quatre-vingt-six chapitres, publié sous ce titre : Phœbus, des déduits de la chasse des bestes sauvaiges et des oy seaux de proye.
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Note 1, p. 83. — Louis-Bernard Guyton de Morveau, né le 4 janvier 1737, mort le 2 janvier 1816, faisait partie du parlement de Bourgogne depuis le 8 janvier 1762. Un procès que Buffon avait alors devant le Parlement devint la première origine d'une intimité que des études communes rendirent par la suite fort étroite. Tour à tour magistrat et homme politique, Guyton de Morveau a successivement occupé, durant la Révolution et sous l'Empire, des positions importantes. Mieux que les actes de sa vie publique, ses travaux en physique et en chimie ont assuré à son nom une renommée durable. Dans le temps où il s'occupait de son Histoire des minéraux, Buffon l'associa à ses études. Il avait démontré, longtemps avant que l'expérience fût venue confirmer son opinion, que le diamant pouvait se dissoudre par l'action du feu ; un jour que Guyton de Morveau lui demandait un creuset pour tenter l'expérience : a Le meilleur creuset, dit Buffon, c'est l'esprit ! j> Bernard d'Héry, dans sa Vie de Buffon , mise à la fin de l'édition complète de ses œuvres, cite divers fragments de la correspondance de Buffon avec Guyton de Morveau ; malgré d'activés recherches, je n'ai pu en découvrir la trace.
Note 2, p. 83. — Ces nouveaux règlements concernaient un impôt récemment établi. Le Parlement n'avait pas encore enregistré l'édit du Roi, dont il discutait l'opportunité, lorsqu'il apprit que Jacques Varenne, secrétaire des États, avait, au nom des élus, affermé le nouvel impôt. Les édits n'ayant force de loi qu'après l'enregistrement,
c'était contester aux Cours souveraines leur plus important privilège. Le Parlement s'émut et menaça de suspendre le cours de la justice. Ses remontrances furent portées à Versailles, et le marquis de Damas d'Anlezy, porteur des ordres de la Cour, vint au palais procéder à un enregistrement militaire. En 1762, Jacques Varenne fit paraître un Mémoire pour les élus généraux des élats du duché de Bourgogne; ce n'était que la seconde édition d'un premier mémoire produit devant le Conseil des Finances, pour soutenir les prétentions des élus, augmentée d'unepréface et de pièces justificatives. Le livre de Varenne fut dénoncé au Parlement, qui commença une instruction contre l'auteur.
Note 1, p. 83. — Le nombre des officiers attachés au Parlement peut donner une idée de son importance. Outre les huissiers et autres employés subalternes, on comptait les greffiers-commis, le trésorier des gages, le solliciteur général des affaires du Roi, le receveur des épices, le greffier en chef des requêtes du Palais, un greffier-commis, le greffier des présentations des demandeurs, appelants et anticipants, le greffier des actes d'affirmations des voyages, le receveur des amendes, le commissaire aux saisies réelles, le receveur des consignations , un commis-greffier à la garde des sacs et affirmations, un commis au contrôle , des clercs au greffe de la Cour, un commissaire aux saisies réelles des requêtes du Palais.
Note 2, p. 84. — Jacques-Philippe Fyot de La Marche, seigneur de Neuilly, fut pourvu delà charge de conseiller au Parlement et garde des sceaux en la chancellerie près de la même Cour, par lettres patentes du 20 novembre 1722. Il quitta la magistrature pour la diplomatie, et devint ambassadeur à Gênes. Il mourut à Dijon en 1774, après avoir refusé la place de premier président du parlement de Besançon, que sa mauvaise santé l'empêcha d'accepter.
Note 3, p. 84. — Claude-Philibert Fyot de la Marche, né le 12 août 1694, premier président du parlement de Bourgogne le 16 janvier 1745, céda sa charge à son fils, Jean-Philippe Fyot de La Marche, qui en fut pourvu le 29 janvier 1757. Claude-Philibert de La Marche mourut à Lyon le 3 juin 1768.
Note 4, p. 84. — Au mois de mars de l'année 1762, le parlement de Bourgogne était en feu. Pendant qu'il instruisait avec vigueur contre
le livre de Jacques Varenne, parut une brochure violente écrite en faveur du Parlement et ayant pour titre : le Parlement outragé. Les élus, attaqués à leur tour, portèrent plainte au ministre, et une lettre du chancelier ordonna au Parlement d'informer contre son défenseur anonyme. L'imprimeur fut poursuivi et mis en prison; on voulut même, pour l'instruction de ce nouveau procès, instituer une commission spéciale; mais l'intendant , M. Dufour de Villeneuve, auquel on en proposa la présidence , ayant refusé de se charger de cette mission, la connaissance de l'affaire fut laissée au Parlement. L'instruction n'avançait point, et tout permet de croire que la Cour y mettait peu d'empressement et de zèle, lorsque le 3 mars 1762, en présence des chambres assemblées, un des plus jeunes conseillers, Louis-Philibert-Joseph Joly de Bevy, membre du Parlement depuis sept années (18 janvier 1755), mais alors âgé seulement de vingt-six ans, se leva et, au grand étonnement de tous ses collègues qui avaient appris à l'estimer et à l'aimer, s'avoua l'auteur de la brochure dont on faisait le procès. Il parla ainsi : « Accablé sous le poids d'une faute dont je sens toute l'étendue, je viens vous en faire, messieurs, un aveu tardif, peu méritoire peut-être, mais que je crois devoir à la vérité. C'est moi seul qui ai composé le mémoire contre Varenne. Je ne chercherai point d'excuse dans ma jeunesse ; je ne me justifierai point par mes bonnes intentions, par mon dévouement au bien public, par ma sensibilité sur l'offense faite à votre honneur. Non, messieurs, en faisant distribuer un ouvrage anonyme, je reconnais que je me suis manqué à moi-même , que j'ai manqué à ma compagnie, dont j'ai blessé les intérêts par mon zèle imprudent. Mon âme, au-dessus de la crainte, n'est sensible qu'à ses remords, n'est pénétrée que de ce sentiment profond et douloureux. Trop fier pour solliciter aucune grâce , trop vrai pour ne pas m'en croire indigne, permettez, messieurs, que je méjuge moi-même; permettez que je prononce sur mon sort, et que, par la démission volontaire de mon office, j'épargne à votre juste sévérité un jugement qui coûterait peut-être à la bonté de vos cœurs. » C'est à la remarquable étude de M. Foisset sur le président de Brosses que nous avons emprunté ce beau morceau oratoire.
M. de Bevy fut mandé à Paris et envoyé à la Bastille. Il y demeura huit mois. Le 13 mai 1777, il obtint un office de Président au sein de la compagnie qu'il avait un instant compromise par son imprudente défense. Né à Dijon le 23 mars 1736, le président de Bevy y est mort le 21 février 1822, laissant plusieurs écrits estimés sur le droit, l'histoire et la littérature.
Notel, p. 85. — MmeNecker a dit, en parlant du style de Gueneau de Montbeillard : « M. Gueneau de Montbeillard avait une plume d'acier ; il n'a jamais pu imiter parfaitement les traits du doux pinceau de M. de Buffon ; il prononçait trop tout ce qu'il écrivait. » Buffon, de son côté, reprochait parfois à Montbeillard de ne point assez consulter son oreille en écrivant. Si Gueneau de Montbeillard mérite qu'on relève parfois dans son style un manque de souplesse et d'harmonie, dans certains passages il se rapproche à ce point du style de Buffon, qu'il en imite avec bonheur les plus précieuses qualités, dans cette phrase, par exemple : « Il semble que la nature ait pris plaisir à ne rassembler sur sa palette que des couleurs choisies, pour les répandre, avec autant de goût que de profusion, sur l'habit de fête qu'elle leur avait destina. » (Histoire des Cotingas.)
Note 2, p. 86. — Gueneau de Montbeillard venait de gagner un procès dans lequel de graves intérêts de fortune se trouvaient engagés.
Note 3, p. 86. — L'instruction commencée contre le livre de Jacques Varenne languissait; l'incident auquel donna lieu le zèle inconsidéré du conseiller de Bevy, et le châtiment qu'il s'était infligé à luimême, avaient calmé les esprits; tout permettait de penser que cette malheureuse affaire allait se terminer, lorsque la Cour des aides de Paris, alors présidée parMalesherbes, évoqua l'affaire. Dans le ressort de cette Cour rentraient les comtés de Mâcon, d'Auxerre et de Bar-sur-Seine, annexes de la province de Bourgogne ; d'ailleurs, le mémoire de Varenne attaquait sa juridiction; elle prit fait et cause pour le parlement de Dijon , et condamna au feu le mémoire du défenseur des droits de la province. Dès lors commença, entre le Conseil du Roi d'une part, la Cour des aides et le parlement de Bourgogne de l'autre, une lutte qui montre quelle importance le pouvoir royal attachait à avoir le dernier mot dans ce conflit. Les arrêts du Conseil cassent les arrêts du Parlement et les arrêts de la Cour des aides qui, à leur tour, refusent d'enregistrer les édits et rédigent des remontrances. Jacques Varenne, contre lequel un décret est lancé, se réfugie à Versailles, et la haute protection qui lui est accordée ne peut le mettre à l'abri des ressentiments du Parlement. Ses biens sont placés sous le séquestre judiciaire, sa charge de secrétaire en chef des États de Bourgogne est supprimée, et son fils aîné Varenne de Beost en perd la survivance ; sa famille est contrainte de fuir une ville où ses jours
sont menacés. Pour faire cesser une aussi violente persécution, on ne put trouver à Versailles d'autre moyen que d'accorder à Jacques Varenne des lettres de grâce. Elles furent enregistrées à la Cour des aides, le 29 août 1763. Obligé de se soumettre aux usages de la procédure, Jacques Varenne dut se constituer prisonnier et entendit à genoux ces paroles sévères que lui adressa le président Malesherbes: « Varenne, le Roi vous accorde des lettres de grâce, la Cour les entérine; retirez- vous, la peine vous est remise, mais le crime vous reste. »
Note 1, p. 86 — L'Académie de Dijon doit en effet beaucoup au président de Ruffey. Sa première origine remonte au président Bouhier, qui , goutteux et infirme, réunissait un jour de la semaine dans sa vaste bibliothèque les hommes qui recherchaient les plaisirs de l'intelligence et aimaient dans le vieux président l'homme qui savait le mieux les faire goûter et comprendre. Sa mort fit un grand vide dans cette société naissante. Richard de Ruffey, un des habitués des réunions de l'hôtel Bouhier, offrit le sien aux membres dispersés de cette société toute de choix, et dont l'habitude avait cimenté les liens. Il fit bâtir, à cet effet, une vaste galerie où il rassembla des antiquités, des médailles et des livres, tout ce qui encourage l'étude ou la satisfait. Le jour où Richard de Ruffey réunit chez lui les membres épars de la société familière du président Bouhier, elle subit un grand changement. Elle devint vraiment une société littéraire, eut des statuts, des membres non résidents et des associés étrangers. Buffon fut un des premiers élus. La séance d'installation se tint avec une certaine solennité à l'hôtel de Ruffey, le 19 avril 1752. A côté de la société Ruffey existait, depuis 1740, une Académie fondée par un doyen du Parlement, Hector-Bernard Pouffier; mais jusqu'à l'année 1754, époque à laquelle un prix décerné à un mémoire dont Jean- Jacques était l'auteur vint soudain la mettre en relief, elle ne fut ni aussi importante ni aussi nombreuse que la société Ruffey, sa rivale. Charles de Brosses avait la présidence de la société qui se réunissait dans la bibliothèque de Richard de Ruffey ; Michault, contrôleur des guerres, en était le secrétaire.
Le 3 avril 1761, le président de Brosses, ayant été élu par l'Académie de Dijon, chercha dès lors à réunir en une seule les deux sociétés littéraires dont il faisait simultanément partie. La tache lui fut, au reste, rendue facile; le président de Ruffey n'était point éloigné d'un rapprochement, et l'Académie, de son côté, sentait le besoin d'appe-
1er à elle de nouveaux membres et de s'assurer ainsi de nouveaux moyens d'amélioration et de succès. Cette réunion se fit en 1762, et, à compter de ce jour, le président deRuffey, malgré quelques froissements et quelques épreuves, toujours réservées aux hommes qui ont pris l'initiative d'une œuvre utile et bonne, se consacra à la prospérité de l'Académie, comme il s'était consacré au succès de la société littéraire qu'il avait fondée.
L'Académie de Dijon avait augmenté, depuis deux ans, le nombre de ses membres en créant quatre nouvelles classes d'académiciens, deux pour les académiciens résidents, sous le titre d'associés libres, et deux pour les académiciens étrangers, l'une d'académiciens honoraires et l'autre d'académiciens non résidents. En 1763, le prince de Condé en devint le protecteur, et les séances, qui avaient eu lieu jusqu'alors dans une des salles de l'hôtel de ville, se tinrent dans une salle de l'Université. En 1774, l'Académie quitta l'Université et vint prendre possession de l'hôtel du président Bouchin de Grandmont, dont elle avait fait l'acquisition.
En 1765, le président de Rufîey lui avait abandonné son riche médaillier; il y fonda, dans les années qui suivirent, différents prix, et lui donna, jusqu'à sa mort, d'incessants témoignages de sa sollicitude et de sa libéralité. Membre honoraire de l'Académie, le 16 février 1759, il en fut élu vice-chancelier le 2 mars 176^. Voltaire, rendant justice à son activité et à son zèle pour la prospérité de l'Académie, lui écrivait le k février 1769 : ce Mon cher Président, les marques de votre souvenir me sont toujours bien chères. Ne verrai-je point cette Académie dont je vous regarde comme le fondateur ? »
Note 1, p. 87. — Lebrun était un admirateur passionné et sincère du génie de Buffon , qui avait encouragé les premiers essais du poëte et qui lui pardonna peut-être de faire des vers, parce qu'il en était quelquefois l'objet. Lebrun, d'ailleurs, malgré l'indépendance naturelle de son caractère, connaissait l'art des flatteries délicates. Je trouve dans une lettre écrite à Buffon en 1778 ces quatre vers qui durent certainement toucher sensiblement le grand naturaliste :
L'art forma de sang-froid, sans l'aveu du génie,
Les Delilles, lesSaints-Lamberts.
Buffon, je l'avouerai, j'aime assez peu les vers ;
Mais j'adore la poésie.
Lebrun se montra toujours reconnaissant des encouragements que i 21
Buffon lui avait prodigués, et saisit fréquemment l'occasion de célébrer dans ses vers la prose harmonieuse du meilleur écrivain du dixhuitième siècle.
Note 1, p. 88. — M. Watelet venait d'envoyer à Buffon une nouvelle édition de son poëme de l'Art de peindre, qui, deux années auparavant, lui avait ouvert les portes de l'Académie. L'Art de peindre parut en 1760 ; il est dédié à l'Académie de peinture, dont M. Watelet était membre à titre d'associé libre, et se compose de quatre chants traitant du dessin, de la couleur, de l'invention pittoresque, et de l'invention poétique. L'ouvrage est précédé d'un discours préliminaire et suivi de réflexions en prose sur les proportions, l'ensemble, l'équilibre ou le repos des figures , leur mouvement, la beauté, la grâce, l'harmonie, l'effet des passions, etc. Le livre fut imprimé avec un grand luxe et donné au public en deux formats (in-4° et in-12), orné de vignettes gravées par Watelet, d'après les dessins de Pierre. « Si le poëme m'appartenait, disait Diderot, je couperais toutes les vignettes, je les mettrais sous des glaces, et je jetterais le reste au feu. »
Buffon en louant l'ouvrage, paraît oublier qu'il a dû le lire deux années auparavant, lorsqu'il reçut M. Watelet à l'Académie française. 11 lui disait alors . « Vous venez d'enrichir les arts et notre langue d'un ouvrage qui suppose, avec la perfection du goût, tant de connaissances différentes, que vous seul, peut-être, en possédez les rapports et l'ensemble; vous seul et le premier, avez osé tenter de représenter par des sons harmonieux les effets des couleurs; vous avez essayé de faire pour la peinture ce qu'Horace fit pour la poésie, un monument plus durable que le bronze. » (Voy. la note 4 de la lettre LXIII, p. 311.)
Note 1, p. 89. — Frédéric-Henri-Richard de Ruffey , né à Dijon le 29 mai 1750, fut pourvu, le 8 août 1768, d'une charge de conseiller au parlement de Bourgogne. Le 4 mars 1776, il devint président dans la même compagnie, et mourut à Dijon sur l'échafaud révolutionnaire, le 10 avril 1794.
Note 1, p. 90. — La naissance d'un iils, mentionnée sur les registres de la paroisse de Montbard de la manière suivante : « George-
Louis-Marie, fils de messire Georges-Louis Leclerc , chevalier, seigneur de Buffon, la Mairie et autres lieux, de l'Académie française, Trésorier de l'Académie royale des sciences, Intendant du Jardin du Roi, et.de dame Marie-Françoise de Saint-Belin-Mâlain, né de légitime mariage le 22 mai 1764, a été baptisé le même jour par nous, curé de Montbard soussigné, lequel, par un esprit de charité de la part des sieur et dame de Buffon, a eu pour parrain et marraine Guillaume Vigneron et Jeanne Sourdillet, veuve d'Antoine Lepate, deux pauvres de ma paroisse qui se sont soussignés. »
Note 2, p. 90. — Le premier secrétaire de l'Académie de Dijon fut Jean-Bernard Michault, précédemment secrétaire de la société littéraire fondée par le président de Ruffey. En 1764, il fut remplacé dans ce poste par le docteur Maret.
Note 3, p. 91. — M. Le Gouz-Morin, ou plutôt Le Gouz de Gerland, né le 17 septembre 1695, mort le 17 mars 1774, fut grand bailli d'épée du Dijonnais. Membre de l'Académie de Dijon, il abandonna à cette compagnie un riche cabinet d'histoire naturelle, et enrichit la salle de ses séances des bustes en marbre des grands hommes de la province; parmi eux figurait le buste de Buffon par Pajou. Le Gouz de Gerland fonda le jardin botanique dépendant de l'Académie, qui existe encore et qui forme une des plus agréables promenades publiques de la ville de Dijon. Il eut la plus grande part à l'établissement de l'École des beaux-arts; il laissa en outre quelques écrits estimés.
Note 4, p. 91. — En 1760, M. Duret, marquis du Terrail, et la dame de Crussol d'Uzès de Montausier, sa femme, qui devint depuis duchesse de Caylus, fondèrent un prix annuel de quatre cents livres à décerner par l'Académie de Dijon. « L'Académie de Dijon, disent les Mémoires de Bachaumont à la date du 29 octobre 1766, dans les annonces qu'elle avait faites du prix de 1767 sur les Antiseptiques, en avait fixé la valeur à la somme de trois cenîs livres; mais M. le marquis du Terrail, maréchal des camps et armées du Roi, académicien honoraire non résident, ayant fait, conjointement avec sa femme, une donation à l'Académie de Dijon de la somme de dix mille livres, pour fonder à perpétuité un prix de la valeur de quatre cents livres, par acte du 9 avril 1760, l'Académie de Dijon annonce en conséquence au public que son prix de 1767 et tous ceux qu'elle donnera dans la suite seront une médaille d'or de la valeur de quatre cents livres. » Le marquis du Terrail est l'auteur d'un roman assez curieux ayant pour titre : le Franciun ou VAnti-Whish.
Note 1, p. 92. — Le sujet du prix proposé par l'Académie de Dijon pour être décerné dans l'année 1766 était le suivant : « Donner un traité élémentaire de morale (à l'usage des collèges), dans lequel les devoirs de l'homme envers la société et les principes de l'honneur et de la vertu soient développés. » Le mémoire couronné fut celui de M. Rose, prêtre de Quingey en Franche-Comté.
Note 2, p. 92. — Au sujet des tomes X et XI de l'Histoire naturelle, qui parurent en 1764, Grimm s'exprime ainsi : ce On comptera parmi les ouvrages qui ont illustré le siècle de Louis XV, YHisloire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roi, entreprise par MM. de Buffon et Daubenlon, de l'Académie royale des sciences, et garde du Jardin du Roi et de son Cabinet d'histoire naturelle. Ces deux hommes célèbres, en réunissant leurs talents et leurs connaissances, ont fourni jusqu'à présent une vaste et belle carrière. M. de Buffon, après avoir exposé dans des discours généraux ses idées sur la formation, la constitution de l'univers, sur la nature et les révolutions de notre globe, sur l'homme, sur les animaux, s'est attaché à l'histoire particulière de chaque espèce; M. Daubenton y a ajouté la description anatomique et détaillée de chaque animal. Si le travail de M. de Buffon est plus brillant, s'il est reçu avec plus d'empressement de la part du plus grand nombre, qui ne cherche à avoir que des notions générales, il faut convenir que celui de M. Daubenton sera bien précieux à la postérité; car si jamais la science de la nature peut faire quelque progrès, ce sera par de tels travaux Vépétés, comparés et transmis de siècle en siècle.... On a reproché à M. de Buffon une trop grande facilité à créer des systèmes et à s'en engouer; on a dit qu'il voyait moins la nature dans ses opérations que dans sa tête; de savants naturalistes des pays étrangers, et surtout d'Allemagne, où cette science est particulièrement cultivée, ont relevé un grand nombre de ses erreurs. Malgré tout cela, M. de Buffon aura toujours la réputation d'un philosophe distingué; l'élévation de ses idées et de son style lui donnera toujours un droit incontestable à l'emploi difficile et glorieux d'historien de la nature. Si des gens d'un goût sévère lui reprochent un peu trop de poésie dans son style, il faut convenir que ce défaut se pardonne bien plus aisément que la sécheresse et la pauvreté qu'on remarque dans d'autres ouvrages philosophiques de notre temps.... En lisant les deux nouveaux
volumes que MM. de Buffon et Daubenton viennent de publier, et qui font le dixième et \e onzième de leur ouvrage, vous aurez occasion de vous confirmer dans toutes ces idées.... L'histoire de l'éléphant et celle du chameau sont les deux morceaux distingués; mais on admire dans tous les articles de M. de Buffon ce coup d'oeil philosophique, cette tête saine et sage, ce style noble, élevé, majestueux, qui enchante et agrandit pour ainsi dire le lecteur.... Dans son discours sur les animaux de l'ancien et du nouveau continent, M. de Buffon a exposé une assez belle et grande vue. Il prétend qu'on ne trouve dans l'Amérique que les animaux qui ont pu passer dans ce nouveau continent par le nord de l'ancien. Tous ceux à qui leur tempérament ne permet pas de subsister dans le Nord ne se trouvent pas dans le nouveau monde, parce qu'ils n'ont trouvé aucun passage praticable. Cette conjecture est belle et philosophique; mais il faut bien se garder de lui assigner un degré de certitude qu'elle ne saurait avoir, à cause de la disette des faits et des observations. 3>
Note 1, p. 92. — Daubenton avait des dettes et ne payait pas ses créanciers. Buffon était au nombre de ces derniers. Sur les comptes de son revenu, en entier écrits de sa main, je trouve, se rapportant à l'année 1784, la mention suivante : « Il m'est dû par M. Daubenton, maire de Montbard, une somme de deux mille sept cents livres au principal, aux arrérages de cent huit livres. » Et sur le livre tenu pour l'année 1787 : « Il m'est dû par la succession de M. Daubenton.... etc. »
Georges-Louis Daubenton, maire-châtelain et lieutenant général de police de la ville de Montbard , neveu du collaborateur de Buffon , naquit le 29 septembre 1739, et mourut au mois de février 1585. Il se mit à la tète d'une pépinière fort considérable que lui avait léguée son père, voulut l'étendre et, en y consacrant une grande partie de son bien, se ruina dans une spéculation dont les résultats ne répondirent pas à son attente. Il avait épousé en 1771 Mlle Boucheron.
Note 1, p. 93. — L'article de l'abbé Le Blanc se trouve dans le Mercure de septembre 1765. En voici le passage principal, celui dont Buffon a été le plus frappé :
« On ne sait lequel admirer le plus, le peintre ou le philosophe,
dans ces savants tableaux que la première et la seconde vue sur la nature font passer successivement à nos yeux. C'est le spectacle de l'univers entier dont cet illustre académicien expose et fait sentir partout la majesté. Où peut-on déployer en effet plus convenablement toutes les richesses de l'éloquence que dans l'explication de ces premières lois, qui annoncent la sagesse de 1 Être souverain qui en est l'auteur, et qui opèrent les merveilles dont le physicien doit rendre compte? L'admiration qu'elles inspirent ne peut manquer d'échauffer et d'étendre l'imagination de quiconque est capable de les bien concevoir : le style alors suit la pensée ; la grandeur des idées entraîne celle de l'expression. De là résulte dans le discours cette sublimité qui a mérité à Platon le titre de divin, et dont on trouve des traits si frappants dans ceux de M. de Buffon. Telle a toujours été la manière des anciens philosophes, lorsqu'ils ont agité ces grandes questions de physique qu'on ne peut expliquer sans remonter à la première cause. Ces maîtres dans l'art de penser n'excellaient pas moins dans celui de la parole. Cicéron, si excellent juge de l'un et de l'autre-, ne se borne pas à louer leur éloquence; quoique différente du celle du barreau, il avoue lui-même que, s'il est orateur, il en a moins l'obligation aux leçons des rhéteurs qu'aux exercices du Portique. Il s'appuie encore de l'autorité de Socrate, qui, dans le Phèdre de Platon, dit que Périclès n'a surpassé les orateurs de son temps que pour avoir souvent entendu discourir le physicien Anaxagoras. Il est même probable, ajoute Cicéron, que Démosthène n'est pas moins redevable de sa prééminence aux fréquents entretiens que, comme on l'apprend par ses lettres, il a eus avec Platon. Qu'il nous soit permis de remarquer, en faveur des jeunes gens qui aspirent à se distinguer dans l'art oratoire, que de tous les philosophes modernes, M. de Buffon est celui dont les ouvrages peuvent le plus contribuer à les y perfectionner. Indépendamment des grandes idées qu'ils pourront y puiser, ils y trouveront continuellement des exemples du genre d'éloquence dont il a donné des leçons dans son discours de réception à l'Académie française. Nous ne craignons pas de l'avancer, notre langue a , dans ses écrits, un degré de force et un ton de dignité que ne pouvaient soupçonner jusqu'ici ceux qui n'étaient pas faits pour y atteindre.... »
Note 2, p. 93. — Pierre-Antoine de La Place, né en 1707, mort au mois de mai 1793, obtint en 1762 le privilège du Mercure, comme récompense d'un service rendu à Mme de Pompadour. Sous sa direction, le Mercure ne fut pas prospère; les abonnements diminuèrent à ce point que le produit du journal devint insuffisant pour desservir
les pensions qui y étaient attachées; on dit à ce sujet que le Mercure était tombé sur la place.
Note 3, page 94. — Louis Phelyppeaux, comte de Saint-Florentin, fut ministre de la maison du Roi de 1749 à 1775. Louis XV montra toujours un grand attachement pour son ministre, malgré les réclamations sans nombre auxquelles donnaient lieu chaque Jour les abus qu'il tolérait dans son département. Le Roi lui dit, Un jour que son crédit paraissait menacé : *< Il ne faut pas que vous me quittiez; vous avez trop besoin de moi, et moi de vous. » A la suite d'un accident de chasse arrivé en 1765, le comte de Suint-Florentin perdit la main droite. « Vous n'avez perdu qu'une main, lui dit Louis XV à ce propos, et vous en trouverez toujours deux chez moi à votre service. » Dans le public on fit ainsi l'épitaphe de la main du ministre :
Ci-gît la main d'un grand ministre Qui ne signa que du sinistre.
Dieu nous garde du cachet
Qui met les gens au guichet !
On sait que dans les attributions du ministre de Paris rentrait l'expédition des lettres de cachet. Une comtesse de Langeac en fit, durant tout le ministère du comte de Saint-Florentin, un commerce public.
Note 4, p. 94. — Gabriel-Henri Gaillard, né le 26 mars 1726, mort le 13 février 1806.
Note 5, p. 94. — Antoine-Léonard Thomas, né le 1er octobre 1732, mort le 17 septembre 1785, s'est fait une réputation littéraire dans un genre à part, et dans lequel excellèrent à leur tour Condorcet et Vicq-d'Azir. dans le genre de l'éloge. Il débuta par un éloge du maréchal de Saxe, couronné par l'Académie française en 1759, et finit par l'éloge de Marc-Aurèle. Parmi ses meilleures productions en ce genre, on peut citer l'éloge du chancelier d'Aguesseau et l'éloge de Duguay-Trouin, tous deux couronnés par l'Académie française, le premier en 1760, le second en 17.61; l'éloge de Sully, qui lui valut le même honneur en 1763.
Note 6, p. 94. — En 1764, l'Académie française avait proposé pour prix d'éloquence 1 éloge de Descaries. Deux cents mémoires furent envoyés; quinze dans le nombre parurent dignes d'être conservés; deux enfin se partagèrent les suffrages. Le contrôleur général
Laverdy, pour tirer l'Académie d'embarras, offrit une somme de deux cents écus destinée à constituer un second prix ; l'Académie refusa l'offre du ministre, et la médaille d'or de six cents livres fut divisée en deux prix de trois cents livres; les deux lauréats furent Thomas et Gaillard.
Note 1, p. 94. — Claude-Sébastien de Brosses, fils du président de Brosses et de Françoise Castel de Saint-Pierre, mourut à Dijon, malgré les soins que lui prodigua le docteur Maret, le 29 mai 1765.
Note 1, p. 94. — Traité de la formation mécanique des langues et des principes physiques de l'étymologie. 2 vol. in-12. Paris, Vincent, 1765, et Terrelonge, an IX (1801). — Traduit en allemand, Leipzig, 1777,in-8°.
Le président de Brosses écrivait, en 1761, à M. de Fargès, maître des requêtes, oncle germain de Mme de Brosses, une lettre dans laquelle se trouve le passage suivant : « J'avais composé quelques mémoires sur la matière étymologique pour les séances académiques, où ils furent lus. Mais, trouvant moi-même la matière trop abstraite et plutôt philosophique que littéraire, je ne les donnai pas à l'Académie (des belles-lettres), et je les réduisis en forme de traité particulier sous ce titre : De la formation mécanique des langues et des principes physiques de Vètymologie, avec cette épigraphe de Quintilien :
a Ne quis igitur tam parva fastidiat elementa , » etc.
ou cette autre de Lucrèce :
« Sicque adopinamur de signis maxuma parvis. »
M. de Buffon, qui en avait ouï parler dans les conférences des deux Académies, souhaita de voir ce traité et fut saisi de satisfaction de voir ouvrir un vaste champ de métaphysique qu'il n'avait pas aperçu (par la seule raison qu'il n'avait pas jeté les yeux de ce côté-là, où i! l'aurait vu mieux que personne). 11 loua l'ouvrage au delà sans doute de ce qu'il valait, me pressa fort de le mettre en ordre et de le terminer.... »
{Le Président de Brosses, par Th. Foisset, p. 549.)
Note 2, p. 96. — Le passage relatif à l'histoire des lions marins, au sujet duquel le président de Brosses s'était plaint à Buffon de la façon dont il avait combattu son opinion, est ainsi conçu :
ce La plus grande espèce est celle du phoque à museau ridé,
que plusieurs voyageurs, et particulièrement le rédacteur du Voyage d'Anson, ont indiqué sous la dénomination de lion marin, mais mal à propos, puisque le vrai lion marin porte une crinière que celui-ci n'a pas, et qu'ils diffèrent encore entre eux par la taille et par la forme de plusieurs parties du corps L'on trouve dans le Recueil des navigations aux terres Australes, beaucoup de choses relatives à ces animaux , mais les descriptions et les faits ne nous paraissent pas exacts )> (Histoire du grand phoque à museau ridé.)
Dans la suite, chaque fois que Buffon eut occasion de citer l'ouvrage du président de Brosses, il le fît en lui donnant toujours les plus grands éloges.
Note 1, p. 97. — Nicolas-Louis-François de Neufchâteau , né le 17 octobre 1750, mort le 10 janvier 1828, fut tour à tour, et parfois en même temps, homme de lettres et homme politique. Sa carrière politique, qui devait le conduire aux premières charges de l'État, commença tard ; mais sa carrière littéraire, qui devait embrasser une si grande variété de sujets, commença de bonne heure : à douze ans, il écrivait en vers avec facilité et talent. En 1766, parut à Neufchâteau un recueil in-8° portant ce titre : Pièces fugitives de M. François de Neufchâleau en Lorraine, âgé de quatorze ans. C'est de ce livre, que lui avait envoyé le président de Ruffey, que Buffon dit, après l'avoir lu : a Dans ces vers il y a moins de feu et plus de maturité , de raistfn et de style que cet âge n'en comporte. » A quatorze ans, François de Neufchâteau fut académicien , les Académies de Lyon et de Marseille l'ayant successivement appelé dans leur sein. Il fut élu membre de l'Académie de Dijon, le 18 janvier 1765.
Note 2, p. 97. — Le président de Brosses venait de perdre son fils unique.
Note 3, p. 98. — Le premier peintre dont le souvenir ait été conservé au Jardin du Roi est le peintre Robert, chargé par Colbert do continuer la collection des fleurs et des plantes peintes sur vélin , commencée par Gaston d'Orléans, père do Louis XIII. Gaston d'Or-
léans avait créé dans son château de Blois un jardin botanique, longtemps dirigé par Morison ; il en fit dessiner les plantes les plus rares. Sa collection fut achetée par le Roi ; déposée d'abord à la Bibliothèque, elle fut remise ensuite au Cabinet d'histoire naturelle. Après Robert, mort en 1684, le peintre Aubriet qui, en 1698, avait accompagné Tournefort dans son voyage en Orient, enrichit cette précieuse collection de dessins nouveaux. MlleBasseporte, son élève, continua son œuvre. En 1774, Buffon avait donné sa survivance à un peintre déjà célèbre, Gérard Van Spaëndonck, qui, en 1780, par la mort de Mlle Basseporte, en devint titulaire. Dans la suite on créa pour lui la chaire d'iconographie, et en 1821, il mourut membre de l'Institut. Un nom, le plus célèbre de tous, clôt la liste des peintres qui ont travaillé à la riche et unique collection des vélins conservés au Muséum. Redouté fut appelé par van Spaëndonck pour l'aider dans son travail. En 1822 il succéda à son maître, et occupa à sa place la chaire d'iconographie. Les planches enluminées de l'édition de l'Histoire des oiseaux, dont parle Buffon dans sa lettre au président de Ruffey, furent faites avec beaucoup de précision et de soin. Chaque oiseau était dessiné d'après un modèle vivant ou empaillé, mais toujours d'après nature; on ne prit, pour se guider dans ce travail , ni dessins ni gravures. Pendant cinq ans cette entreprise occupa, Buffon l'a dit • lui-même dans l'avertissement placé en tête du premier volume des Oiseaux, plus de quatre-vingts artistes et ouvriers. Cette édition unique est aujourd'hui fort rare et très-recherchée. Buffon avait fait encadrer les premiers types de chaque espèce, et ces cadres, composés d'un filet d'or fort simple, suspendus les uns près des autres, de façon à ce que la tenture ne parût pas, garnissaient à Montbard plusieurs de ses appartements. On y voit encore aujourd'hui deux pièces ainsi décorées.
On connaît l'ordre avec lequel Buffon réglait les affaires de sa vie et ses intérêts domestiques ; les dettes lui semblaient une des plus funestes conséquences du désordre; parfois il disait familièrement, en faisant allusion aux affaires du temps : Cela va bien, on paye. Un jour, un souscripteur à l'Histoire naturelle des oiseaux, à qui Panekoucke en avait vainement réclamé le prix, rencontrant Buffon qui était de sa connaissance, l'aborda, et croyant flatter son amourpropre d'auteur, lui fit un grand éloge de la beauté de l'édition, vantant la bonne exécution des planches et l'exactitude des couleurs. « Avant de louer l'ouvrage, lui dit froidement Buffon, il faudrait le payer. » Et il le quitta.
Parmi le grand nombre de peintres et d'artistes employés par Buffon à cette œuvre importante, s'en trouvait un du nom de Touzet,
élève de l'Académie, mais en même temps doué d'un talent d'imitation qui, mieux que ses travaux en peinture, lui valut à la ville et à la cour, où on le fit souvent venir, une certaine célébrité. Buffon remmena quelquefois à Montbard , et c'était une véritable bonne fortune pouFceux qui venaientalors le visiter. Voici, au reste, ce que dit Grimm au sujet de ce rare talent : « Ce Touzet est célèbre à Paris depuis quelques années par le talent d'imiter et de contrefaire, qu'il possède au suprême degré. Non-seulement il contrefait toutes sortes de personnages et de caractères avec une perfection qui ne laisse rien à désirer, mais il imite encore à lui seul une collection de bruits et de phénomènes physiques. On le place au milieu d'un salon, derrière un paravent, et l'on entend tuut un essaim de religieuses qui vont à matines : on les entend se lever, se réunir, descendre des corridors dans l'église, chanter l'office, faire la procession, rentrer dans le couvent et se disperser dans les cellules. On distingue 1 âge, le caractère, l'humeur, les infirmités de chacune de ces nonnes; on se croit transporté au milieu d'un couvent. La matinée du village, le dimanche, est encore plus surprenante : on se trouve transporté dans un village rustique; on assiste au lever du ménager et de la ménagère, à leurs fonctions matinales : on les accompagne à l'écurie, à la basse-cour, dans la rue, à la messe ; on entend le sermon ; on les suit dans le presbytère; on devine le caractère du curé, de sa gouvernante, de son chien même, qui ne jappe pas comme un chien de paysan. Tout cela est d'une vérité surprenante. Ce Touzet observe les plus petites nuances avec une justesse qui confond. Tout le monde a voulu le voir, depuis nos princes jusqu'aux plus petits particuliers; il a même, je crois, représenté ses facéties chez Madame la Dauphine. »
Note 4, p. 98. — Claude-Denis-Marguerite Rigoley de Puligny, né à Dijon, le 5 mai 1742, mort le 2 septembre 1769, fut pourvu d'une charge de conseiller au parlement de Bourgogne, le 23 février 1763. En 1769, il succéda à son père dans sa charge de premier président de la Chambre des comptes de Dijon, et mourut peu de temps après avoir été installé dans sa nouvelle dignité.
Note 5, p. 98. — Thomas du Morey, ancien officier de cavalerie, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, ingénieur du Roi et ingénieur en chef de la province de Bourgogne, a souvent aidé Buffon de ses lumières et de ses conseils dans les nonibreu-es constructions qu'il entreprit à diverses époques, soit à Montbard, soit dans les forges de Buffon. Il fournit à Buffon plusieurs renseignements utiles , et lui adressa, sur les minéraux, divers mémoires dont quelques-uns se
trouvent insérés dans cette partie de l'Histoire naturelle. La Bourgogne lui est redevable d'un grand nombre de constructions importantes, et notamment de l'élégant château d'Arcelot, bâti sous sa direction, de 1762 à 1765. Thomas du Morey fut reçu membre de l'Académie de Dijon, le 26 juin 1772.
Note 6, p. 98. — M. Hébert était receveur général des fermes, et en même temps trésorier de l'extraordinaire des guerres. Il réunissait en lui deux qualités qui, en général, semblent s'exclure, le goût de la chasse et la patience de l'observation. Il fournit à Buffon un grand nombre de mémoires sur les oiseaux, et son nom est souvent cité dans les volumes de l'Histoire naturelle qui traitent de leur histoire. Dans une lettre que lui écrit Buffon, en 1778, et qui fait partie de ce recueil, il lui dit en l'engageant à venir le trouver à Montbard : «c Je décrirai des oiseaux et vous en chasserez. »
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Note 1, p. 98. — Charlotte-Louise de Fortia, mariée le 7 mars 1747 à Étienne-Marie, marquis de Scorailles, maréchal de camp en 1744 et lieutenant général en 1748. Le marquis de Scorailles fut élu de la noblesse aux états généraux de Bourgogne pour la triennalité de 1754, et choisi par le roi., en cette qualité, pour recevoir le prince de Condé.
Note 2, p. 98. — On aime chez Buffon cette grande confiance dans l'achèvement de son œuvre, ce robuste courage que ne lassent ni les lenteurs d'un semblable travail , ni les difficultés sans nombre qui viennent chaque jour en retarder l'achèvement. Sa santé devient mauvaise, ses souffrances redoublent, ses forces diminuent, il regrette les retards que la maladie apporte à ses travaux; mais il ne change en rien son programme et poursuit son but. Le jour où Buffon , s'étonnant lui-même de cette ardeur que rien ne lasse, se demandera pourquoi il fuit le repos; pourquoi, au lieu de jouir paisiblement de sa gloire, il affronte de nouvelles fatigues, il en trouvera la raison dans un penchant de son caractère qui devint sa plus utile vertu. V amour de V ordre, il en fera lui-même l'aveu à Mme Necker, aura été son guide, bien plus que l'ambition de la gloire; en lui obéissant, il se sera mis au-dessus des découragements inséparables de toute tâche laborieuse, et aura consacré sa vie entière à des travaux que la mort seule pourra interrompre.
Note 2, p. 101. — Georges-Louis Daubenton, dont il a déjà été question. (Voy. ci-dessus p. 325).
Note 1, p. 102. — En 1762, Mlle Buisson fut impliquée dans l'affaire Varenne. Elle avait été l'éditeur du trop fameux Mémoire pour les élus généraux des Etats du duché de Bourgogne, imprimé chez Desventes, le 26 mai 1762. Tandis que la Cour des aides de Paris lançait un décret de prise de corps contre Desventes, elle recevait une assignation pour être entendue dans celte longue affaire. Desventes fut contraint de quitter Dijon ; Mlle Buisson, plus heureuse, fut renvoyée de toute poursuite.
Note 2, p. 102. — Mme de Rochechouart, dame de la Croix-Étoilée, montra un goût très-vif pour l'élude de l'histoire naturelle, et consacra des sommes importantes à la fondation d'un cabinet dont elle enrichit, dans la suite, l'Académie de Dijon.
Note 3, p. 102. — Hugues Maret, né le 16 octobre 1726, mort le 11 juin 1785 , était docteur en médecine, membre du collège de médecine de Dijon, inspecteur des eaux minérales, médecin des épidémies de la généralité de Bourgogne, professeur de chimie, correspondant de l'Académie des sciences, et membre de la Société royale de médecine. Le 7 décembre 1764, il avait été élu secrétaire perpétuel de l'Académie de Dijon.
Hugues-Bernard Maret , duc de Bassano , ministre de l'Empereur, né le 2 mars 1763, mort le 16 mai 1839, est le fils du précédent. M. le duc de Bassano, aujourd'hui grand chambellan et sénateur, est son petit-fils.
Notel, p. 102. — Elisabeth Potot de Montbeillard se maria fort jeune à Gueneau de Montbeillard; aucun lien de parenté ne l'unissait à ce dernier, malgré la ressemblance des noms, qui provient sans doute d'une même seigneurie possédée à différentes époques par les
deux maisons. Mme de Montbeillard eut toutes les vertus modestes de son sexe : ce fut, de plus, une femme d'esprit, en môme temps que d'une instruction variée et étendue. Elle savait le latin, le grec, l'anglais et d'autres langues vivantes. S'intéressant aux travaux de son mari, elle l'aidait dans ses recherches, et traduisait pour lui les passages des naturalistes étrangers dont la connaissance lui était nécessaire. Dans le temps que Montbeillard, fatigué des oiseaux, s'occupait de l'histoire naturelle des insectes, elle apprit en trois mois, et en se cachant de son mari , l'allemand que lui-même ne savait pas, et lui apporta un soir la traduction de plusieurs passages de Rhœsel, qu'elle l'avait plusieurs fois entendu regretter de ne point comprendre.
Malgré ces occupations sévères de l'intelligence, on remarquait dans Mme de Montbeillard les qualités les plus aimables. A Semur, elle était devenue le lien d'une société toute de choix, dont quelques membres, à l'exemple du chevalier de Bonnard , allèrent plus tard porter ailleurs les charmantes traditions. A cette époque , il y avait encore en province une société dont on cherche vainement la trace aujourd'hui. Autour de Mme de Montbeillard, se groupait, à Semur, un cercle de femmes spirituelles et instruites, parmi lesquelles la marquise du Châtelet ne se trouvait point déplacée.
Quant aux qualités du coeur, Mme de Montbeillard les posséda toutes, et l'exquise sensibilité de son âme ne fut pas un des moindres attraits de cette nature d'élite. Familièrement et dans l'intimité on l'appelait le Mouton , tant sa douceur était grande, tant aussi son désir de s'effacer pour ne froisser l'ambur-propre de personne était vif et constant. Gueneau de Montbeillard a laissé d'elle ce bel éloge, qu'il ne lui connaissait qu'une seule passion, la passion du devoir. Elle fut bonne mère, et son fils unique, que Bufîon donnait souvent pour modèle au sien, lui dut les meilleures leçons, celles qui viennent de l'exemple. Elle survécut à son mari, et les soins assidus de sa tendresse maternelle cachaient mal à certaines heures les larmes et les regrets de la veuve. Mme de Montbeillard a laissé, un monument de sa tendresse conjugale; elle a écrit une histoire de la vie de son mari. Nous ne saurions mieux faire, pour mettre en lumière les rares qualités de l'un et l'autre, que de donner ici cttte biographie; elle est d'ailleurs tout à fait à sa place. En effet, les lettres qui suivent vont montrer Buffon nouant avec Gueneau de Montbeillard des relations que la mort seule pourra rompre. La notice de Mme Gueneau de Montbeillard fut rapidement écrite; quoi qu'il ensuit, elle intéresse vivement et renferme des traits d'une observation profonde, des aperçus d'une délicatesse charmante.
Gueneau de Montbeillard était membre de l'Académie de Dijon, et Guyton de Morveau fut désigné pour y prononcer son éloge; mais
il ne put, ou plutôt ne voulut pas se charger de ce travail, et l'abbé Bertrand, professeur de physique au collège des Godrans, membre aussi de l'Académie, le remplaça à l'improviste. Il écrivit à Mme de Monlbeillard une lettre qui nous a été conservée , et cette dernière répondit à sa demande par la biographie qui suit :
A MADAME GUENEAU DE MONTBEILLARD