CXXXVIII
Note 1, p. 159. — Jean-François Le Mulier de Bressey, né le 9 février 1714, mort le 26 septembre 1783, entra au parlement de Dijon, le 19 février 1737. Après vingt-quatre ans d'exercice, il obtint des lettres d'honneur, et résigna ses fonctions en faveur de Jean Le Mulier son fils, qui fut reçu le 3 mars 1761 avec dispense d'âge. M. Le Mulier, quoique ne faisant plus à cette époque partie du Parlement, y avait conservé un grand crédit, et avait laissé dans sa compagnie les plus honorables souvenirs.
Note 2, p. 159. — Une cause importante ne se plaidait pas au Parlement sans que, auparavant, les plaideurs eussent été visiter leurs juges. Les visites d'honneur se faisaient avec une certaine pompe; chaque partie était accompagnée de ses parents ou de ses amis. Saint- Simon parle ainsi de cette ancienne coutume, qui se maintint tant que subsistèrent les parlements: « L'intérêt, qui amène la bassesse, avoit introduit, depuis plusieurs années, la coutume de se faire accompagner aux jugements des grands procès. Nous parûmes donc de part et d'autre, à l'entrée des juges au Conseil , avec une nombreuse parenté. Je causois dans la pièce du Conseil avec quelques juges, tandis que M. de Brissac étoit à la porte à les voir entrer. Il lui échappa quelques bêtises sur Mme de Mailly, la dame d'atour, et tous les Bouillon qui étoient avec nous, et bavardoit avec les juges qui entroient, avec affectation, pour empêcher Mme de Saint-Simon de leur parler.... »
Note 3, p. 159. — Le docteur Barbuot, à qui Buffon accordait une grande confiance, habitait Semur et était originaire d'une famille de Flavigny, dont un membre, Jean Barbuot, docteur en médecine, mort en 1665, à l'âge de trente-cinq ans, a fait imprimer en 1661 une brochure, écrite en latin, sur les vertus des eaux minérales de Sainte- Reine.
Note k, p. 159. — Philippe Barbuot de Palaiseau, né le 16 mars
1730, mort le 1er mai 1815, fut conseiller au parlement de Bourgogne, le 18 juin 1751.
Note 5, p. 159. — Mme Daubenton, le charmant hanneton.
Note 6, p. 159. — Louis-Étienne Lorenchet de Melonde, né à Beaune, fut pourvu, le 12 janvier 1762, d'un office de conseiller laïque, sur la résignation de Jean-Claude Perreney de Grosbois, promu à la dignité de premier président du parlement de Besançon.
II mourut en 1797.
Note 7, p. 159. — Cet avertissement est ainsi conçu : « J'en étais au seizième volume in-4° de mon ouvrage sur l'histoire naturelle, lorsqu'une maladie grave et longue a interrompu pendant près de deux ans le cours de mes travaux. Cette abréviation de ma vie, déjà fort avancée, en produit une dans mes ouvrages. J'aurais pu donner, dans les deux ans que j'ai perdus, deux ou trois autres volumes de VHistoire des oiseaux, sans renoncer pour cela au projet de VHistoire des minéraux, dont je m'occupe depuis plusieurs années. Mais me trouvant aujourd'hui dans la nécessité d'opter entre ces deux objets, j'ai préféré le dernier comme m'étant plus familier, quoique plus difficile, et comme étant plus analogue à mon goût, par les belles découvertes et les grandes vues dont il est susceptible. Et pour ne pas priver le public de ce qu'il est en droit d'attendre au sujet des oiseaux, j'ai engagé l'un de mes meilleurs amis, M. Gueneau de Montbeillard, que je regarde comme l'homme du monde dont la façon de voir, de juger et d'écrire, a plus de rapport avec la mienne ; je l'ai engagé, dis-je, à se charger de la plus grande partie des oiseaux; je lui ai remis tous mes papiers à ce sujet.... Il a fait de ces matériaux informes un prompt et bon usage, qui justifie bien le témoignage que je viens de rendre à ses talents : car ayant voulu se faire juger du public sans se faire connaître, il a imprimé, sous mon nom, tous les chapitres de sa composition, depuis l'autruche jusqu'à la caille, sans que le public ait paru s'apercevoir du changement de main ; et parmi les morceaux de sa façon, il en est, tel que celui du paon, qui ont été vivement applaudis et par le public et par les juges les plus sévères.... »
A compter de ce jour, tous les articles fournis à l'Histoire naturelle par Gueneau de Montbeillard furent signés de son nom, malgré la résistance de ce dernier, qui prétendait ne fournir à son ami que de simples notes. Buiïon l'avait ainsi voulu.
Vivre, pour Buiïon, c'est travailler; une cruelle maladie, une longue
convalescence ne lui laissent d'autres regrets que d'avoir perdu du temps et négligé ses travaux. On va le voir de plus en plus s'isoler des ambitions et des intérêts qui s'agitent autour de lui, se retirer à la campagne et se consacrer à ses études favorites. II a regardé l'épreuve qu'il vient de subir comme un avertissement salutaire, et hâtera avec un courage nouveau l'achèvement d'une œuvre pour laquelle il craint que les forces ne viennent à lui manquer tout d'un coup.
Note 1, p. 160. — Buffon était en procès avec la ville de Montbard, dont les échevins, dirigés par Mandonnet, saisissaient avec empressement toutes les occasions de lui faire de l'opposition. Il s'agissait cette fois d'un terrain sur lequel Buffon avait fait construire un petit hôtel qu'il destinait à son frère le chevalier, et que les habitants de Montbard réclamaient comme propriété communale. La contestation fut portée devant le Parlement. L'avocat de la ville produisit au procès un mémoire qui lui valut les éloges de celui contre qui il était dirigé. Le jour où se plaida sa cause, Buffon assista à la séance du Parlement dans une lanterne grillée. Lorsque l'avocat de la ville prit la parole, il commença son plaidoyer par un pompeux hommage rendu au génie du grand homme contre lequel il se voyait contraint de plaider. « Sortons, dit Buffon à Gueneau de Montbeillard qui l'accompagnait; car si je juge de la fin par le commencement, je vais être bien arrangé ! » 11 perdit son procès; mais l'arrêt du Parlement ne fut point exécuté, et, l'année suivante, les habitants abandonnèrent de bonne grâce le terrain qu'ils avaient précédemment refusé.
Note 2, p. 160. — Mme Potot de Montbeillard.
Note 3, p. 160. — Mme Daubenton, qui était de son nom Bernarde Amyot.
Note 1, p. 161. — Charles-Claude de Flahaut, comte de La Billarderie d'Angeviller, directeur général des bâtiments du Roi, jardins, manufactures et académies, maréchal de camp, commandeur de l'ordre de Saint-Lazare, et membre de l'Académie des sciences, était un des gen-
tilshommes de la Manche, attachés à l'éducation des enfants de France. Mme d'Angeviller, née Laborde, est connue par plusieurs essais littéraires : lui-même montra toujours un goût prononcé pour les sciences et la littérature. Il avait formé à grands frais un cabinet de minéralogie, qu'il céda en 1780 au Cabinet d'histoire naturelle. Il écrivait à ce sujet à l'abbé Delille : « M. de Buffon a enlevé mon cabinet.... je n'y ai pas de regret et vous savez que je n'avais fait des sacrifices considérables que dans ce seul objet.... » Il lui recommande en même temps de ne point parler de cette cession, parce qu'il est inutile, dit-il, quelle soit connue. Le comte d'Angeviller eut la confiance de deux rois et fut le favori de deux règnes. Il est vrai de dire que sa charge de directeur des bâtiments le mettait dans le cas d'avoir avec le chef de l'État les rapports les plus fréquents et les plus agréables. Abusant parfois de la faveur dont il jouissait, non content des charges de toute nature dont il était revêtu, il sollicitait et obtenait encore la survivance des gens en place. Il s'était fait nommer comme survivancier à la charge de conseiller d'État d'épée, dont le comte de Vergennes était titulaire : il en fut revêtu à sa mort. Il s'était en outre fait donner la charge d'intendant du Jardin du Roi en survivance de Buffon; mais, lorsque la place devint vacante, il n'osa en prendre possession et la fit transporter sur la tête de son frère. Les arts lui durent une protection éclairée, et les artistes des faveurs accordées avec discernement, distribuées avec choix. Quelques sages mesures furent prises sous son administration. Ce fut lui qui obtint de Louis XV que chaque année une somme importante serait consacrée à des tableaux d'histoire, genre alors en décadence dans l'école française , et que devait illustrer bientôt le peintre David. En 1777, il fit transporter aux Invalides les plans en relief des places fortes de France, exposés dans la grande galerie du Louvre, qu'il destinait à recevoir les richesses sans nombre en statues et en tableaux qui se trouvaient dispersées sans soins et sans goût dans les différentes résidences royales. Il voulait en outre y exposer les ouvrages des artistes vivants commandés ou achetés par le Roi, et former ainsi une galerie consacrée à 1 École française moderne. Ces deux idées se sont réalisées depuis le comte d'Angeviller; mais il est bon de se souvenir qu'il en eut la première pensée. Il en eut une moins heureuse, qui s'est reproduite de nos jours avec plus de succès, et qu'il put réaliser alors, parce que sa mise à exécution ne demandait pas un grande dépense. Il couvrit de gazons les principales places de la ville. Il en mit sur la place Louis XV, qui, appelée jusqu'à ce jour la plaine Louis XV, fut alors trouvée trop étroite et incommode dans le temps de la foire Saint-Ovide, qui s'y tenait chaque année. Il en mit dans la cour du Louvre, jusque devant
la porte de l'Académie française, ce qui donna lieu à cette mauvaise
plaisanterie :
Des favoris de la muse française
D'Angeviller a le sort assuré :
Devant leur porte il a fait croître un pré, Pour que chacun y pût paître à son aise.
Après avoir joui d'une grande faveur et avoir, pendant deux règnes, présidé en maître à l'administration des beaux-arts, le favori de deux rois vit un jour venir l'orage. Il fut surpris à l'improviste, et s'enfuit sans avoir pu assurer son avenir. Il s'arrêta en Russie. Pour lui l'exil fut rigoureux; entièrement ruiné par la Révolution, il n'avait pour vivre qu'une fort modeste pension que lui fit Catherine II; il mourut en 1810, presque dans la misère. Il y a de lui, parmi les miniatures du Louvre, un portrait qui dut être ressemblant : c'est bien l'homme de cour qui sent son crédit assuré, de la plus fine tournure et de la meilleure mine, portant haut la tête, et fort cavalièrement un fr.ic à la mode. Ce n'est plus le seigneur évaporé du temps du feu roi; c'est le favori de Louis XVI ; ce n'est point encore l'émigré malheureux de Saint-Pétersbourg.
Bien que Buffon eût eu fort à se plaindre de M. d'Angeviller, il entretint cependant avec lui, en apparence du moins, les meilleurs rapports. Le comte d'Angeviller lui écrivit, lors du mariage de son fils, la lettre suivante :
«Versailles, le 5 janvier 1781.
« Mon cher et respectable ami, j'ai reçu la lettre par laquelle vous me faites part du mariage de M. votre fils, et je m'empresse de vous marquer la part que Mme d'Angeviller et moi y prenons. Nous vous sommes attachés par un sentiment trop profond l'un et l'autre, pour ne pas former les vœux les plus sincères pour le bonheur de votre enfant; c'est en faire en même temps pour le vôtre. Je n'ai pas mis le pied à Paris depuis un siècle; vous croyez bien que, si j'y avais été, un de mes premiers soins aurait été d'aller vous chercher. Je n'ai appris cependant qu'il y a peu de jours que vous y étiez et que vous y étiez en bonne santé, et sans aucun ressentiment du mal qui vous a tant fait souffrir. Si je puis y aller passer quelques jours, un de mes premiers soins sera d'aller vous porter l'hommage de Mme d'Angeviller et celui de la vénération profonde, de l'attachement tendre, profond et inaltérable que je vous ai consacré, et dont j'ai l'honneur de vous assurer pour la vie, mon cher et respectable ami. »
(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buffon.)
Note 2, p. 161. — ■ Ce fut M. d'Angeviller qui mit Buffon en rapport avec M. et Mme Necker. La lecture de l'Histoire naturelle , dont Mme Necker aimait le beau langage, lui avait inspiré pour son auteur une profonde admiration; elle désira vivement le connaître, et M. d'Angeviller fut chargé de lui en ménager les moyens. On verra, par la suite, quelle place importante cette liaison tint dans la vie de Buffon, et, en reconnaissant combien elle eut pour lui de douceur et quel charme elle répandit sur ses dernières années, on saura peut-être quelque gré à M. d'Angeviller, qui lui causa un si vif chagrin en privant son fils de la survivance de l'intendance du Jardin, d'avoir ainsi indirectement réparé les suites de cette intrigue de cour.
Note 3, p. 161. — L'ouvrage dont il est ici question est Y Éloge de Colberl , par Necker, qui obtint, le 25 août 1773, le prix d'éloquence décerné par l'Académie française. Cet ouvrage, le premier de Necker, qui était alors ministre de la République de Genève à Paris, eut un grand retentissement. En même temps qu'il annonçait un écrivain ingénieux, il signalait à l'attention publique un homme profondément versé dans les questions de finance et de crédit. «L'Éloge de Colbert, dit Grimm, fait dans ce moment la plus grande sensation, et la postérité en parlera sans doute encore avec admiration , longtemps après qu'on aura oublié les clameurs que l'envie et l'esprit de parti excitent aujourd'hui contre lui.... L'Éloge de Colbert est suivi de notes. Ces notes ne sont pas des recherches isolées sur quelques circonstances de la vie de Colbert ou sur quelqu'une de ses opinions particulières ; elles forment un système d'administration politique plein de vues utiles et, quoique fort court, plus complet peut-être que tout ce que nous avons vu dans ce genre. »
Note 1, p. 162. — Jacques Necker, dont le nom se rattache à l'époque la plus orageuse des derniers jours de la monarchie, naquit en 1732, et mourut le 9 avril 1804 , dans la retraite, après avoir connu tout ce que la popularité a de plus enivrant et tout ce que la haine publique a de plus amer.
Note 2, p. 162. — Buffon n'était pas partisan du libre échange; on en verra plus loin un nouvel exemple. Son jugement sur la secte économiste peut paraître sévère; en l'appuyant du témoignage d'hommes
qui l'ont vue à l'œuvre, il ne sera plus que juste. On lit dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 20 décembre 1767 :
ce II s'est formé à Paris une nouvelle secte, appelée les Économistes ; ce sont des philosophes politiques, qui ont écrit sur les matières agraires ou d'administration intérieure, qui se sont réunis et prétendent faire un corps de système qui doit renverser tous les principes reçus en fait de gouvernement et élever un nouvel ordre de choses. Ces. messieurs avaient d'abord voulu entrer en rivalité contre les Encyclopédistes et former autel contre autel; ils se sont rapprochés insensiblement : plusieurs de leurs adversaires se sont réunis à eux, et les deux sectes parurent confondues dans une. Quesnay, ancien médecin de Mme la marquise de Pompadour, est le coryphée de la bande; il a fait, entre autres ouvrages, la Philosophie rurale. M. de Mirabeau, l'auteur de l'Ami des hommes et de la Théorie de l'impôt, est le sous-directeur. Les assemblées se tiennent chez lui tous les mardis, et il donne à dînera ces messieurs. Viennent ensuite M. l'abbé Baudot, qui est à la tête des Éphémérides du citoyen; M. Mercier de La Rivière, qui est allé donner des lois dans le Nord et mettre en pratique en Russie les spéculations sublimes et inintelligibles de son livre de l'Ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques; M. Turgot, intendant de Limoges, philosophe pratique et grand faiseur d'expériences , et plusieurs autres, au nombre de dix-neuf à vingt. Ces sages modestes prétendent gouverner les hommes de leur cabinet par leur influence sur l'opinion, reine du monde. »
« Une secte s'est élevée, disait dans le môme temps l'avocat Linguet, qui s'est piquée surtout de diriger les princes et de maîtriser la subsistance des peuples; secte qui compte pour rien la vie des hommes, et qui a osé, pour fondement de sa croyance, établir que les denrées seules pouvaient être comptées pour quelque chose par la politique ; secte qui a toujours le mot d'économie à la bouche et qui favorise , sinon directement par ses principes, au moins certainement par ses conséquences, la plus effroyable dissipation; secte d'autant plus dangereuse, qu'elle s'attache à exciter le fanatisme; qu'elle séduit de belles âmes par l'apparence et la noblesse imposante de ses mystiques spéculations; qu'en affectant de la fierté elle s'insinue avec adresse dans le cabinet des grands; que ses adeptes parviennent à l'opulence en parlant beaucoup de la misère des autres : monstrueux mélange, enfin, de la frivolité française et de la pédante, de l'inhumaine inconséquence des Anglais.... »
Enfin Grimm , à la date du 1er janvier 1770, juge ainsi cette secte nouvelle : « Il s'est élevé depuis quelque temps, dans le sein de cette capitale , une secte d'abord aussi humble que la poussière dont
elle s'est formée, aussi pauvre que sa doctrine, aussi obscure que son style, mais bientôt impérieuse et arrogante ; ceux qui la composent ont pris le nom de Philosophes économistes. On les a appelés' les Capucins de l'Encyclopédie, en réminiscence de ce que ces bons pères étaient jadis réputés les valets des autres. » Le docteur Quesnay était le chef du parti économiste. Les premières réunions des membres de la nouvelle société se tinrent dans le petit entre-sol que le docteur occupait au-dessous de l'appartement de Mme de Pompadour, dont il était le médecin. L'abbé Baudot, secrétaire de la société, rédigeait un journal, les Éphémérides du citoyen, destiné à répandre et propager ses maximes.
GXLII
Note 1, p. 162. — François-Pierre-Marie Gueneau deMussy, avocat au Parlement, devint maire de Montbard. Avant d'entrer en fonctions , il demanda à Buffon la réforme de certaines mesures qu'il regardait comme contraires aux intérêts de la ville. Il eut trois fils, dont l'un fut Phihbert Gueneau de Mussy, membre de l'ancien conseil royal de l'instruction publique. Fontanes l'avait, dès 1808, appelé près de lui, et profita de ses conseils pour organiser l'Université impériale. L'autre, François Gueneau de Mussy, fut longtemps chargé delà direction de l'École normale supérieure. Il était en même temps médecin de l'Hôtel-Dieu et du roi Charles X; son fils Henri est attaché comme médecjn à la famille d'Orléans. Buffon cite dans divers passages de l'Histoire naturelle le nom de M. de Mussy, major d'artillerie au service de la Hollande; je n'ai pu savoir s'il appartenait à la famille Gueneau de Mussy.
Note 2, p. 162. — Chaque fois qu'il est parlé du docteur, il s'agit de Jean-Marie Daubenton, garde démonstrateur du Cabinet du Roi.
Note 1, p. 163. — Antoine-Jean Amelot de Chaillou entra jeune dans une carrière qui tôt ou tard conduisait au Conseil, la carrière des intendances. Intendant de la province de Bourgogne, de 176k à 1774, il eut, en cette qualité, lors de la suppression du parlement de Dijon, en 1771, à signifier à cette cour les ordres du Roi. Lorsque, quelques années plus tard, Amelot fut appelé au Conseil, il obtint le dépari 29
tement de Paris, dans les attributions duquel rentrait la direction do l'Opéra. Un règlement nouveau, qu'il y voulut introduire , causa une grande fermentation dans l'Académie royale de musique, et Sophie Arnoux lui dit un jour à ce sujet : « Vous devez cependant savoir, Monseigneur, qu'il est plus facile de composer un parlement qu'un opéra. »
Note 2, p. 163. — La famille Daubenton avait à cette époque de nombreux représentants. Le chef de la maison avait eu douze enfants.
Louis-Jean-Marie Daubenlon, de l'Académie des sciences, et garde démonstrateur du Cabinet d'histoire naturelle, le collaborateur de Bufîon, avait épousé, le 21 octobre 1754, Marguerite Daubenton, sa cousine germaine, ainsi qu'on l'a dit précédemment (note 3 de la lettre lix, p. 303). Il n'avait point d'enfants.
Edme-Louis Daubenton , son cousin, garde et sous-démonstrateur du Cabinet, membre de l'Académie de Nancy, habitait avec son parent le Jardin du Roi. De son mariage a,vec Mlle Adélaïde deBouttevilain de LaFerté, il avait eu une fille unique, Zélie Daubenton. Si au Jardin du Roi on s'occupait de sciences, on y écrivait aussi des romans, et bien mieux, on trouvait le moyen d'en faire. Marguerite Daubenton était une femme d'une intelligence distinguée et d'un cœur excellent, mais d'une imagination romanesque et d'un esprit exalté , comme le témoigne son roman de Zélie dans le désert (Voy. la note ci-dessus rappelée). Zélie Daubenton, privée de bonne heure des soins de sa mère morte fort jeune, fut élevée par sa tante. L'éducation d'une jeune fille et les soins qu'elle exige convenaient peu à sa nature; aussi, pendant que la tante écrivait des romans, la nièce faisait-elle le sien.
Antoine Petit, qui occupait une chaire d'anatomie au Cabinet d'histoire naturelle, avait introduit au Jardin du Roi, pour le suppléer dans ses cours, un jeune homme récemment arrivé de Valognes à Paris. Vicq-d'Azir, quoique fort jeune, avait publié sur l'anatomie et la médecine des mémoires qui le firent remarquer. Antoine Petit lui destinait sa succession; mais Bufîon en avait disposé à l'avance en faveur d'Antoine Portai, membre de l'Académie des sciences, et Vicq-d'Azir, qui avait perdu l'espoir de voir réussir son projet, dut quitter le Jardin du Roi. Ce premier échec ne le troubla pas cependant ; il professa, à l'École de médecine, un cours â'Anatomie humaine comparée avec celle des animaux. Ses leçons attirèrent un nombreux auditoire, succès qu'on ne vit pas sans envie ; la jalousie fit bientôt fermer au jeune professeur 1rs portes de la Faculté. Sans se laisser décourager, Vicq-d'Azir ouvrit à ses élèves son propre domicile. Il demeurait alors rue des Fossés-Saint- Victor, tout près du Jardin du Roi.
Pendant son court séjour au Muséum, Daubenton l'avait introduit dans sa famille, et Mlle Zélie Daubenton n'avait point oublié le jeune homme à qui son oncle prédisait un brillant avenir. Un soir d'été, passant avec sa tante devant la maison de Vicq-d'Azir, elle fut prise d'un évanouissement subit. Vicq-d'Azir, on le sait, était médecin ; il fut appelé pour lui porter secours. Mlle Daubenton fut transportée dans sa maison, et quelques mois après, en 1773, elle devint Mme Vicq-d'Azir. Ce mariage porta bonheur au jeune savant : en 1774, il entra à l'Académie des sciences, et en 1788, à la mort de Buffon, il lui succéda à l'Académie française. Depuis plusieurs années il était le candidat de l'Académie. On lit à ce sujet dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 7 janvier 1787 : -
« On n'a pas manqué de lancer des brocards contre l'Académie française, depuis qu'elle paraît décidée à écouter les sollicitations du docteur Vicq-d'Azir, pour remplacer l'abbé de Boismont *; voici surtout une épigramme qui court et amuse les oisifs de la nation :
Sait-on pourquoi l'Académie, A trente concurrents divers Du bel esprit, en prose, en vers, Ayant la brillante manie, Préfère un certain médecin, Exercé dans l'anatomie, Connaisseur en épidémie, Le fameux Vicq-d'Azir enfin?
Elle craint l'épizootie **. »
Note 3, p. 164. — Buffon fait allusion au lieutenant général civil et criminel au bailliage de Charolles, qui était alors Etienne Déprez, seigneur de Crassier, chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis.
CXLY
Note 1, p. 165. — Les cadeaux de porcelaine étaient alors à la mode. La porcelaine de Sèvres, quoique dans sa nouveauté, avait déjà atteint un degré de perfection inouï. Ce fut le 24 juillet 1748, qu'une ordonnance royale, rendue sous l'influence de la marquise de Pompadour, établit au château de Vincennes une manufacture pour la fabrication de porcelaines, dans le genre de celles de Saxe. Peu de
* Rulhières, protégé par Monsieur, près duquel il remplissait les fonctions de secrétaire de ses commandements, l'emporta cette fois sur Vicq-d'Azir.
** Épizootie veut dire épidémie sur les bêtes à cornes; les cures de Vicqd'Azir dans ce genre de maladie ont fait en grande partie sa réputation de médecin.
temps après sa fondation, la nouvelle manufacture fut transportée à Sèvres> et ses produits en prirent le nom. L'entretien de Sèvres exigeait de grandes dépenses, et, pour engager les courtisans à acheter de ses produits, on exposait chaque année dans la galerie de Versailles ce qui avait été fabriqué de plus parfait. Louis XV dit un jour à l'abbé de Vernon, conseiller au Parlement, en lui montrant un service marqué à un prix fort élevé : « Achetez cela, l'abbé, c'est fort beau. — Sire, répondit l'abbé, je ne suis ni assez riche, ni assez grand seigneur. — Prenez toujours, reprit le Roi, une abbaye payera votre marché. » Bufîon avait reçu de nombreux cadeaux de ce genre; la main qui les avait donnés ajoutait encore à leur valeur. Il avait fait construire à Montbard, en face de sa maison , sur la première terrasse de ses jardins, un cabinet destiné à recevoir cette précieuse collection. C'était une construction d'un genre alors nouveau, une sorte de kiosque, aujourd'hui démoli. On la nommait le dôme. Au-dessus d'une grotte de stuc, dont l'intérieur était décoré de coquilles groupées avec art et incrustées dans l'enduit, s'élevait un pavillon à deux étages. Des rampes de pierre habilement ménagées et ornées de vases de marbre et de statues conduisaient de la grotte aux étages supérieurs ; des volières et des massifs de fleurs en décoraient les abords. Le dernier étage était appelé le Cabinet des porcelaines. Sur des rayons en bois des îles, qui garnissaient entièrement les murs, étaient rangés les divers et nombreux cadeaux que Bufîon avait reçus des souverains et des princes français ou étrangers, soit en œuvres d'art, soit en porcelaines de prix. Ce cabinet renfermait un grand nombre de pièces. Après la fin tragique du fils de Buffon, le mobilier de Montbard fut vendu au profit de la nation; les richesses que renfermait le dôme furent estimées comme de la faïence commune et achetées à vil prix.
Un inventaire fort exact, dressé à Montbard, lors de la mort de Bufîon, nous a conservé la liste de ces objets précieux. Buffon, qui était fier de ses porcelaines, faisait toujours servir le café dans le dôme, lequel n'était qu'à quelques pas du château.
A la page 127 de l'inventaire, se trouvent les détails suivants qui nous ont paru dignes d'être sauvés de l'oubli, et qui donneront une idée des richesses de cette collection, dont le prix serait aujourd'hui très-élevé :